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Henry Kissinger était prêt à lancer des frappes contre Cuba en 1976

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 01.10.2014 à 17 h 48

Repéré sur The New York Times, NPR, The Nation, BBC

Henry Kissinger et Gerald Ford, le 7 septembre 1977. National Archives and Records Administration, via Wikimedia Commons.

Henry Kissinger et Gerald Ford, le 7 septembre 1977. National Archives and Records Administration, via Wikimedia Commons.

Le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger avait élaboré, en 1976, un plan secret pour lancer des frappes aériennes contre La Havane et «écraser Cuba».

En cause, selon le New York Times, qui se fonde sur des documents récemment déclassifiés par la Bibliothèque présidentielle Gerald-Ford, l’incursion de quelque 36.000 militaires cubains en Angola pour aider ce pays nouvellement indépendant, déstabilisé par son voisin sud-africain et des guérillas. Au cas où Cuba aurait décidé d'accroître encore davantage sa présence sur le continent, Kissinger avait prévu, quinze ans après la désastreuse invasion de la Baie des cochons, des frappes sur des ports et des installations militaires ainsi que le déploiement de bataillons de Marines à Guantanamo pour «cogner».

«Je pense que tôt ou tard, nous devrons briser les Cubains», a-t-il lancé à Gerald Ford dans le Bureau ovale, selon les mêmes documents. «Il ne pourra y avoir de demi-mesure –si nous usons de la force avec modération, nous ne serons pas récompensés. Si nous nous décidons pour un blocus, il devra être sans pitié, rapide et efficace», a-t-il également affirmé lors d'une réunion. Le plan aurait finalement été remisé sur une étagère après la défaite de Ford lors de la présidentielle de novembre 1976 face au démocrate Jimmy Carter. 

Détail d'un des documents déclassifiés (cliquer ici pour consulter le document complet)

La National Public Radio a interviewé Peter Kornbluh et William LeoGrande, deux auteurs qui ont utilisé les documents en question pour écrire un livre, Back Channel to Cuba. The Hidden History of Negotiations Between Washington and Havana. Selon le premier nommé, ces plans ont paradoxalement fait suite à une période où «Kissinger a vraiment œuvré pour créer une fenêtre de tir en vue de normaliser les relations avec les Cubains», avec des négociations secrètes. «Il a dit à ses émissaires qu’il avait recours, pour approcher les Cubains, au même modus operandi qu’il avait utilisé avec Zhou Enlai en Chine.» Kissinger s’est donc senti trahi par l'ingérence cubaine en Afrique, d’autant que, rappellent les deux auteurs dans un article publié par The Nation, il ne s’était pas opposé à la levée, l’année précédente, des sanctions de l’Organisation des Etats américains contre Cuba.

Le site de la BBC rappelle que ces révélations viennent s’ajouter à l’héritage historique déjà controversé de Kissinger, 91 ans:

«Ses partisans disent qu’il a joué un grand rôle dans la politique étrangère américaine sous les présidents Nixon et Ford, durant la Guerre froide, pointant que c’est lui qui a déclenché la détente avec l’URSS, pavé la voie pour la visite historique de Nixon en Chine et, selon eux, contrecarré la menace communiste en Amérique latine. Ils affirment aussi qu’il a joué un rôle décisif dans la conclusion d’accords de paix au Moyen-Orient et au Vietnam.

Ses détracteurs disent qu’il a orchestré des bombardements meurtriers du Cambodge neutre durant la guerre du Vietnam et a aidé le Pakistan, la Grèce, l’Indonésie et le Chili à mener des actes de répression.»

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