Economie

Crise financière: retour sur le week-end qui aurait pu tout changer

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 01.10.2014 à 11 h 24

Repéré sur The New York Times, The Economist, Time

Henry Paulson, Ben Bernanke et Timothy Geithner. REUTERS/Hyungwon Kang/Files.

Henry Paulson, Ben Bernanke et Timothy Geithner. REUTERS/Hyungwon Kang/Files.

Six ans après le début de la crise financière, le New York Times consacre un long article au week-end qui a peut-être tout changé: celui des 13 et 14 septembre 2008, quand a été prise la décision de laisser tomber la banque d’affaires Lehman Brothers.

Le quotidien américain a interviewé d'actuels et d'anciens cadres de la Fed, la banque centrale américaine. Leur vision des choses diffère de celle des hommes au pouvoir à l’époque: le président de la Fed Ben Bernanke, le secrétaire au Trésor de George W. Bush Henry Paulson et le président de la Fed de New York Timothy Geithner, qui allait succéder à Paulson auprès de Barack Obama.

Selon ces cadres cités anonymement, Lehman Brothers se serait retrouvée «solvable, de justesse» (contrairement à ce qu’affirmaient, notamment, ses concurrentes de Wall Street) en cas de plan de sauvetage. Ils auraient effectué une analyse financière en ce sens, montrant que la banque disposait alors encore d’actifs considérables qu’il était possible de valoriser en échange d'une aide publique, et qu’elle faisait essentiellement face à un phénomène de panique bancaire. Mais ils n’auraient pas eu la possibilité de délivrer directement leurs conclusions à Timothy Geithner, déjà préoccupé par le cas de l’assureur AIG, que la Fed allait sauver quelques jours plus tard. Alors que les pouvoirs publics américains étaient déjà venus en aide à plusieurs institutions financières, Henry Paulson aurait lui déclaré à ses collègues qu'il ne souhaitait pas devenir «M. Sauvetage».

L’éditorialiste de The Economist relève un des points les plus «intéressants» de l’article, la façon dont les dirigeants concernés ont ensuite affirmé qu'ils n'avaient légalement pas le droit de sauver Lehman Brothers:

«Les jours qui ont immédiatement suivi la faillite de Lehman, les principaux dirigeants impliqués dans la décision n’ont pas mentionné d’éventuelles contraintes légales pesant sur leurs actions. C’est seulement ensuite, alors que la tempête financière croissante a amené leur choix à être vus de manière de plus en plus négative, que Hank Paulson, Tim Geithner et Ben Bernanke ont commencé à affirmer qu’ils avaient les mains liées.»

Sur le site du magazine Time, le journaliste Michael Grunwald (qui rappelle qu'il a assisté Timothy Geithner dans la rédaction de son livre sur la crise, Stress Test) défend les choix des dirigeants en question:

«La seule banque désireuse de racheter Lehman et ses actifs toxiques pendant ce weekend chaotique était la britannique Barclays –et les régulateurs britanniques ont reculé avant que l’affaire puisse être conclue. Cela laissait la Fed sans option. […] À l’époque, Ben Bernanke et Hank Paulson ont laissé entendre qu’ils avaient publiquement choisi de laisser tomber Lehman parce qu’ils ne voulaient pas accélérer la panique en laissant entendre que le gouvernement était impuissant. Mais dans les faits, il l'était. Ils savaient que les conséquences d’une faillite seraient désastreuses. Ils se seraient réjouis de trouver une solution pour sauver Lehman. »

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte