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Emergent.info: le site qui surveille le cycle de vie des rumeurs sur Internet

Repéré par Andréa Fradin, mis à jour le 01.10.2014 à 11 h 47

Repéré sur Emergent, l'outil d'analyse des rumeurs, New York Times, New York Mag, The Atlantic, Mic

Capture d'écran du site Emergent.info

Capture d'écran du site Emergent.info

 Internet, là où germe et rampe la rumeur. La formule est connue, et répétée à l'envi par les détracteurs du réseau, à l'instar d'une Nadine Morano en 2008.

Exagérée et réductrice, la petite phrase oublie aussi qu'Internet n'est que le catalyseur de notre affection pour les histoires invraisemblables invérifiées. Et que les humains n'ont pas attendu Internet pour adorer les fables croustillantes -et ce n'est pas moi, qui possède une dizaine de bouquins sur le monstre du Loch Ness et les maisons hantées, qui vais jeter la première pierre. Et qu'Internet permet de dégonfler aussi vite une histoire qu'il a contribué à la faire décoller.

Néanmoins, le réseau, avec des sites comme Facebook ou Twitter, sans oublier les fameuses chaînes de mails à base de présentations Powerpoint, sert aujourd'hui, au moins dans un premier temps, de caisse de résonnance aux histoires non vérifiées mais si agréables à relayer. Car comme le relève justement le New York Times, «qui veut partager des choses ennuyeuses?» Ajoutez à cela un cycle médiatique à la recherche de clics et de partages, et l'on obtient la circulation de faits dont il est difficile d'être certain de la véracité.

Pour y remedier, Craig Silverman, un journaliste également membre du Tow Center for Digital Journalism de l'université de Columbia, a développé un outil «qui piste la dissémination des rumeurs en ligne, explique le New York Times, de sujets allant d'une acquisition de Microsoft (qui est vraie, selon monsieur Silverman) à un préservatif aromatisé à la citrouille créé par Durex (faux, selon Silverman).»


Sur Emergent.info, il est ainsi possible de suivre certains sujets dont il est aujourd'hui question dans la presse et sur Internet. Etiquetés «non vérifiés», «confirmés vrais» ou «confirmés faux», ces thèmes vont des nombreuses rumeurs sur le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, si difficile à vérifier du fait de l'opacité du régime, à cette récente histoire de femme à trois seins. Et sont associés au nombre de partages qu'ils ont suscités sur Internet.

Craig Silverman expliquait il y a quelques jours au site The Atlantic que le site est «une combinaison de processus humains et algorithmiques»: à l'aide d'un assistant, le journaliste collecte d'abord les histoires qui émergent dans certains titres, avant d'être reprises par d'autres.

Il tente aussi de déterminer si les articles en question relaient l'histoire comme une rumeur, ou à l'inverse comme quelque chose de certain ou de complètement foireux -une tâche rarement simple.

L'algorithme prend ensuite le relai: il regarde si les articles en question ont été modifiés par la suite et «vérifie le nombre de partages des histoires dans l'écosystème des médias sociaux», poursuit The Atlantic.

Sans surprise, ce procédé confirme que nous aimons bien partager les anecdotes un peu bizarres sur Internet. Le cas de cette femme censée avoir trois seins –alors qu'il semblerait que ce ne soit qu'une prothèse– est à ce titre parlant: les internautes ont davantage partagé les articles présumant ce fait comme réel, que ceux le contredisant (voir image ci-dessous). Néanmoins, on peut se demander si l'outil prend en compte les partages ironiques de telles infos: le sarcasme fleurit aussi très bien sur Internet, et donne bien souvent du fil à retordre aux analystes en tout genre, comme nous l'expliquions sur Owni en 2012.

A charge donc des fact-checkeurs, et autres sites consacrés au désamorçage de ces «hoax» –et ils sont nombreux– de «rendre les faits plus fun à partager que les mythes qui prétendent les remplacer», conclut de son côté le New York Times. Car ils ne bénéficient pas en effet de ce «boost d'émotion qui aide les rumeurs à décoller sur Internet», poursuit le New York Mag.

Autre apport intéressant d'Emergent.info: il permet de réaliser comment les médias se comportent face à une info non vérifiée qu'ils relaient, et qui s'avère par la suite fausse. Corrigent-ils leur article? En font-ils un autre pour désamorcer le tout?

Vous savez désormais où aller sur Internet, en cas de doute face à une histoire qui semble aussi drôle, partageable et bizarre, que peu crédible. 

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