Premier cas d'Ebola aux États-Unis: surtout, pas de panique!

REUTERS/Cynthia Goldsmith/CDC/Handout.

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Les États-Unis mènent pour l'instant une gestion modèle de cette situation de crise.

C’était immanquable, mais personne ne pensait que cela se produirait. Surtout pas aux Etats-Unis.

Un homme a, pour la première fois, été découvert, mardi 30 septembre, contaminé par le virus Ebola en dehors du continent africain. Il a été admis au Texas Health Presbyterian Hospital de Dallas, où il a été placé à l'isolement. Son nom et sa nationalité n’ont pas encore été rendus publics.

Les Etats-Unis avaient déjà été confrontés au retour sur leur sol de deux soignants contaminés au Liberia, puis rapatriés et pris en charge à Atlanta. Ils découvrent cette fois que des personnes peuvent, après avoir été contaminées en Afrique, développer la maladie après leur arrivée sur le sol américain. Ce scénario n’a rien de spécifiquement américain. La même situation peut survenir à tout moment dans l’ensemble du monde.

La découverte d’un tel cas est aussi un test de la capacité d’un système sanitaire à réagir à la menace de diffusion de cette infection virale. C’est surtout un test de sa capacité à informer sa population et à prévenir d’éventuels mouvements de panique. De ce point de vue, la maîtrise de la réaction des autorités sanitaires américaines est remarquable. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont ainsi, dès mardi, donné de manière factuelle et sans émotions les informations essentielles sur ce cas, la politique mise en œuvre et la conduite à tenir.  C’est là une forme de modèle de gestion de situation de crise, que détaillent par exemple la BBC , le Washington Post ou encore Vox.

Lors d’une conférence de presse, le Dr Tom Frieden, directeur des CDC, a indiqué que le malade avait voyagé au Libéria avant de venir au Texas. Il y est arrivé le 20 septembre, ne présentant aucun des symptômes de l’infection par le virus. Ceux-ci sont apparus le 24 septembre et le malade a fait appel à un médecin quarante-huit heures plus tard.  Il a été hospitalisé le 28 à Dallas, où il a aussitôt été mis en quarantaine. L'infection par le virus Ebola a été confirmée par des analyses biologiques pratiquées dans deux laboratoires spécialisés, dont un des CDC.

Le Dr Frieden a assuré qu’il n’y avait aucun risque que cette personne ait pu infecter des passagers à bord de l'avion qui l'amenait au Texas, dans la mesure où il ne présentait pas les symptômes de l’infection. Il a rappelé que le virus (à la différence de ceux de la grippe ou du Sras) ne se transmettait pas par l’air. Rappelé aussi que les personnes infectées par le virus Ebola n’étaient contagieuses que lorsqu’elles commençaient à manifester les symptômes de la maladie. Rappelé, enfin, que la période d’incubation peut au maximum atteindre trois semaines, la contamination ne pouvant alors se faire que via un contact avec des fluides corporels porteurs du virus.

Le malade hospitalisé à Dallas ne travaillait pas en contact avec des malades d'Ebola au Liberia et était venu au Texas pour rendre visite à de la famille. Le Dr Frieden a fait un compte-rendu au président Barack Obama sur la situation ainsi créée et sur les mesures de mise en quarantaine du patient, et a jugé «possible que des membres de l'entourage du malade contractent Ebola dans les prochaines semaines».

Les autorités sanitaires américaines sont ici confrontées à une difficulté particulière. Elles vont devoir mener une enquête épidémiologique assez complexe. Il leur faut en effet parvenir au plus vite à identifier puis à localiser l’ensemble des personnes avec qui le malade a été en contact, puis celles qui ont été en contact avec ces dernières, etc. Et ce tout en tenant compte de la période d’incubation de vingt-et-un jours.

«Je n'ai aucun doute sur le fait que nous contrôlerons l'importation de ce cas d'Ebola pour l'empêcher de se propager largement dans le pays», a assuré le Dr Frieden lors d’une conférence de presse. Le même jour, Bruce Aylward, directeur général adjoint de l'OMS, annonçait qu'Ebola «n'est pas une crise africaine mais une crise mondiale». Comme en écho à ce que disait, dans un entretien à Slate.fr, le professeur Peter Piot, co-découvreur du virus, selon qui l'épidémie ne sera pas vaincue avec une seule stratégie médicale mais devra être traitée «comme une crise humanitaire majeure».

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