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À l'Oktoberfest, on enregistre une plainte pour viol par jour

À l'Oktoberfest, le 28 septembre 2014. REUTERS/Michaela Rehle.

À l'Oktoberfest, le 28 septembre 2014. REUTERS/Michaela Rehle.

Chaque année, plus de 6 millions de visiteurs se rendent à l'Oktoberfest et y ingurgitent environ 7 millions de litres de bière. Mis bout à bout, les centaines d'urinoirs à disposition sur le site mesureraient 878 mètres de long.

Les organisateurs de la Fête de la Bière de Munich aiment raconter en chiffres ces deux semaines de démesure qui attirent des visiteurs du monde entier dans la capitale de la Bavière. D'autres statistiques viennent pourtant faire de l'ombre à ce tableau festif: des centaines de visiteurs ivres morts transportés d'urgence à l'hôpital, des dizaines de bagarres (dont une trentaine à coup de chopes de bière en verre d'un litre)... Et une autre régularité statistique insoutenable: chaque année, une plainte pour viol par jour est enregistrée en moyenne dans l'enceinte de l'Oktoberfest, rapporte le Berliner Zeitung, qui a eu accès à plusieurs procès-verbaux établis par la police munichoise.

Le quotidien berlinois rapporte comme suit le récit d'une victime, utilisant visiblement le «tu» au lieu du «je» pour mieux impliquer le lecteur:

«Tu es seule, étendue sur l'herbe, lorsque tu te réveilles et tourne la tête. Autour de toi dorment des corps remplis de bière en train de dissiper leur ivresse. Tu étais à l'instant en train de faire la fête sous le chapiteau, tu voulais prendre l'air un court instant, loin de la foule, du bruit et de la bière. Respirer. Tu t'es étendue sur la pelouse. Et ensuite? Endormie? Ta tête est douloureuse. Ta Dirndl est sale, tes seins s'échappent de ton chemisier ouvert, ton tablier est deux mètres plus loin, dans la boue. Tes genoux te brûlent, éraflés. Quelle heure est-il? Que diable s'est-il passé les quatre dernières heures?»

Les femmes ne sont désormais plus les seules à être victimes de ces viols en marge de la beuverie: le week-end dernier, un touriste britannique de 24 ans a été violé par deux hommes alors qu'il s'était éloigné d'un des chapiteaux pour uriner près d'un bosquet.

Les viols ont également souvent lieu sur le chemin du retour. La semaine dernière, un viol a été évité de justesse aux abords du site de l'Oktoberfest grâce aux cris poussés par la victime, qui ont alerté le voisinage, alors qu'un jeune de 16 ans essayait de lui arracher son costume folklorique, rapporte le tabloïd Bild. Il y a deux ans, une jeune femme avait même été violée en pleine ville et en plein jour, un samedi après-midi.

Pour tenter de limiter les agressions sexuelles sur le site de l'Oktoberfest, un «Security Point» destiné aux femmes est présent chaque année sur place. Les femmes qui se sentent menacées peuvent s'y réfugier, y trouver une écoute et même être raccompagnées chez elles. Comme l'explique une des bénévoles au micro de Deutschland Radio, de nombreux viols échappent pourtant aux statistiques de l'Oktoberfest:

«On fait la fête, on porte une courte Dirndl, on flirte aussi, peut-être. Et à un moment, il y en a un qui va trop loin, et peut-être que celui-ci n'accepte plus de "non", et beaucoup de femmes se font ensuite des reproches à elles-mêmes, comme quoi elles seraient les coupables. Ce qui, bien entendu, est faux: seul le criminel est fautif. La femme a toujours la possibilité de dire: "Maintenant ça suffit, cela ne me plaît plus."»

Face à ces viols répétés, une app pour smartphones a même été créée à destination des femmes qui se rendent à l'Oktoberfest. «WiesnProtect» compile des conseils de conduite à tenir pour rester en sécurité ainsi que des plans des lieux et des numéros utiles en cas d'agression. La police bavaroise publie également chaque année une liste de recommandations sur son site, parmi lesquelles «Ayez recours à des accessoires judicieux comme un sifflet, un trousseau de clefs, un sac à main ou un parapluie» et «Suivez le précepte "Ensemble à l'aller, ensemble au retour!"».

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