Culture

«Les Simpson» vs «Family Guy»: la private joke jusqu'à plus soif

Alexandre Hervaud, mis à jour le 29.09.2014 à 18 h 31

Quand la famille Griffin débarque à Springfield le temps d'un épisode spécial, le fan service est assuré par une avalanche de références souvent hilarantes, mais parfois bien obscures.

Peter vs Homer, gros clash

Peter vs Homer, gros clash

Dimanche soir, peu après le premier épisode de la 26e saison des Simpson, la chaîne Fox diffusait le très attendu season premiere de Family Guy (alias Les Griffin en français, diffusée notamment depuis peu sur la chaîne AB1), série d'animation créée en 1999 par Seth MacFarlane.

Si l'épisode était à ce point espéré –ou craint, c'est selon–, ce n'est bien sûr pas grâce au dernier effort cinématographique de MacFarlane (la comédie western Albert à l'Ouest, plutôt faiblarde après l'hystérique Ted). L'événement tient de sa nature exceptionnelle de crossover (un mélange de deux univers différents) puisque ce 232e épisode de Family Guy, intitulé The Simpsons Guy, propulse ses héros à Springfield, terre de Homer, Marge, Barth et autre Krusty le Clown.

Voici un aperçu de la chose via cette bande annonce au format XXL (en réalité, plus une suite d'extraits) mise en ligne cet été dans la foulée du Comic Con de San Diego:

 

Après avoir vu l'intégralité de ce double épisode de 44 minutes, difficile de contredire le site The Wrap, qui l'évoque par un titre simple mais incontestable:

«Le crossover Simpsons/Family Guy est tout ce que les fans des deux séries adorent.»

On aurait pu proposer un titre alternatif à la signification identique:

«Le crossover Simpsons/Family Guy rebutera les spectateurs ignorant tout de ces séries.»

D'accord, ça sonne moins bien.

Qu'un double épisode mixant deux séries aussi iconiques et rivales –une opposition évoquée à diverses reprises dans l'épisode, notamment via une hilarante scène à base d'Emmy Awards qui a bien faillie être censurée– soit blindé de références, personne ne s'en étonnera. Reste que le niveau de private jokes atteint ici un niveau quasi inédit: si certaine scènes en sont délicatement saupoudrées sans pour autant reposer uniquement dessus, d'autres voient leur impact humoristique obligatoirement lié à la connaissance préalable d'éléments extérieurs parfois obscurs.

La scène de la bataille aérienne visible dans la bande annonce postée plus tôt en est un exemple concret puisqu'elle enchaîne deux vannes purement incompréhensibles pour les non initiés, à base de références sur les aléas de diffusions de deux séries animées diffusées par la FOX (Bob's Burger et un autre show de MacFarlane, The Cleveland Show, annulé puis remplacé par la première).

J'avoue sans honte qu'il m'a fallu lire le site du Washington Post pour comprendre la première. Transposé à l'univers du stand-up, c'est un peu comme si les spectateurs d'un one man show étaient obligés de connaître la biographie du comique sur scène pour saisir la drôlerie de ses vannes.

Cette avalanche de private jokes (à ne pas confondre avec l'humour meta, notamment symbolisé par l'ouverture de l'épisode qui n'hésite pas à se moquer... des épisodes crossover) rappelle l'interrogation évoquée cet été par un article de Vodkaster en marge de la sortie du film 22 Jump Street. L'auteur se posait la question suivante:

«Références à d’autres films, à la vie privée des acteurs, clins d’œil obscurs: la private joke se nourrit de tout, surtout de l'avidité des fameux initiés qui se sentent ainsi encore plus complices de leurs stars, mais peut-elle être l’unique raison d’être d’un long-métrage?»

Cette notion «d'avidité des fameux initiés» est intéressante: elle évoque l'appétence des spectateurs pour les références; on ne compte d'ailleurs plus les articles en ligne taillés pour le buzz du type «10 clins d'oeil que vous aviez ratés dans Star Wars/Game of Thrones/Scènes de Ménage/etc».

Elle permet de voir ce déballage incessant de références sous un autre angle: celui du jeu. A l'image des blind tests, où il faut être le premier à reconnaître un morceau diffusé (et où les joueurs ignorant tout d'un certain style musical peuvent rapidement être largués en cas de partie «thématique»), certaines séries se parent désormais d'un aspect ludique qu'on croyait réservé aux émissions de Julien Lepers.

Encore faut-il pouvoir être admis dans la partie. L'un des plus grands pourvoyeurs actuels de private jokes à la télévision (et bientôt uniquement en ligne) reste sans doute la série Community, dont la modestie des audiences n'a d'égale que l'enthousiasme de sa fanbase. La série de Dan Harmon «a créé une communauté et c’est à elle qu’elle s’adresse, pas aux autres, car chacune a ses rites», rappelle ainsi l'article cité précédemment de Vodkaster. La réussite de ce procédé d'exclusion plus ou moins volontaire repose au final dans son dosage.

A petite dose, le spectateur accepte d'être largué, quitte à ne l'être que momentanément, une recherche via smartphone ne prenant guère de temps. A outrance, il évoquera plutôt ce malaise ressenti en soirée lorsqu'une discussion dégénère en déballage de citations de La Classe Américaine –le genre de moment qui fait souvent dire aux incultes, s'il se prolonge trop longtemps, quelque chose du genre «je préfère partir plutôt que d'entendre ça plutôt que d'être sourd».

Concernant le crosssover événement Family Guy/The Simpsons, on notera que l'une des scènes les plus hilarantes de l'épisode est paradoxalement celle dénuée de toute private joke. On fait ici référence à la séquence délirante (teasée par ici) du lavage de voiture par Homer et Peter en petite tenue faisant parfaitement ressortir leurs carrures dodues.

Purement visuelle, sans dialogue et sur fond de Pour some sugar on me de Def Leppard, ce concentré d'absurde et de slapstick qui s'étale sur plus d'une minute est sans conteste le passage le plus fédérateur de l'épisode. Aucune information précieuse n'est requise pour apprécier ce duo de gras du bide enchaînant les poses homo-érotiques et les gaffes. Enfin a priori. Hum. Voilà maintenant que j'ai un doute. Si ça se trouve, au moins une demi-douzaine de références bien cachées sont intégrées dans la scène en question, à mon insu. Et vous savez quoi? C'est pas grave.

Alexandre Hervaud
Alexandre Hervaud (231 articles)
Journaliste
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