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Le surfeur Gabriel Medina au sommet de la nouvelle vague

Yannick Cochennec, mis à jour le 28.09.2014 à 12 h 54

A 20 ans, il est en passe de devenir le premier Brésilien champion du monde de surf.

Gabriel Medina, en mai 2012. REUTERS/Sergio Moraes.

Gabriel Medina, en mai 2012. REUTERS/Sergio Moraes.

Avec 6.500 points d’avance sur son poursuivant immédiat, et alors qu’il ne reste plus que trois compétitions au calendrier international, Gabriel Medina devrait, en principe, devenir champion du monde de surf en 2014 –une première pour un Brésilien. Mais Kelly Slater, 42 ans, deuxième de la hiérarchie et icône de la discipline pour l’éternité, n’a pas encore complètement renoncé à l’idée de s’arroger une douzième couronne mondiale.

Ces jours-ci, les deux hommes se retrouvent en terrain connu, lors de l’étape française de l’ASP World Tour, le circuit professionnel de surf, qui se termine ce dimanche 28 septembre. En effet, le Quiksilver Pro France, disputé à Hossegor, dans les Landes, est cher à leur cœur: c’est dans ces lieux que tous les deux ont conquis leur première grande victoire au plus haut niveau. Pour Slater, c’était dans une «autre vie», en 1992, avant deux autres succès en 1996 et 2012. Pour Medina, c’était en 2011, à l’âge de 17 ans, lors d’une édition où le jeune Brésilien avait justement dominé Slater en série.

Depuis ce coup d’éclat d’octobre 2011, Gabriel Medina, qui pourrait devenir champion du monde à seulement 20 ans comme Slater en 1992, s’est installé au firmament de sa discipline. En 2011, quelques semaines seulement après s’être révélé dans les Landes, il avait récidivé à San Francisco en prenant encore la mesure de la légende américaine du surf, pourtant sacrée pour la onzième fois champion du monde cette semaine-là et qui n’avait pu qu’admettre le talent phénoménal de son nouveau rival:

«Il est en train de placer la barre très haut et ce sera encore le cas lors des dix ou vingt prochaines années.»

En 2014, après une année 2013 perturbée par quelques blessures, Medina est enfin résolument passé à la vitesse supérieure en s’imposant dans trois des huit premiers rendez-vous de la saison, à Coolangata, en Australie, aux Fidji et à Tahiti. Lors de cette dernière étape, qui fera date dans la mémoire des observateurs en raison de la qualité phénoménale des vagues et du combat acharné livré à Teahupo’o, il a disposé (encore) de Slater lors d’une finale très serrée.

De toute façon, l’avènement du surfeur de Maresias, suivi à la trace par son beau-père, Charlie, était écrit depuis qu’il avait triomphé en 2009 lors du «King of the Groms», le circuit international des moins de 16 ans, à Seignosse, dans les Landes, par la grâce d’un 20 sur 20 en finale qui avait stupéfié tous les suiveurs. «Les vagues étaient magnifiques et je suis très heureux d’avoir eu un score de 20 points, s’était-il contenté de déclarer avec cette réserve qui lui est coutumière, même si sa personnalité s’est affirmée depuis en perfectionnant son anglais. Pendant la finale, j’ai beaucoup pensé à ma mère, qui priait pour moi de l’autre côté de l’océan.»

«Lorsqu’il est apparu, il nous a fait d’emblée l’effet d’un surdoué, admet Franck Lacaze, ancien surfeur de compétition, blogueur pour Surf Session et consultant pour Ma Chaîne Sport Extrême, qui retransmet l’ASP World Tour tout au long de l’année. Il était notamment éblouissant dans le domaine du surf aérien. Sur le moment, toutefois, on pouvait lui reprocher de délaisser un peu la vague. Mais il a su faire évoluer son surf et ses dons, immenses, ont fait la différence.»

Après une petite période de doutes, due notamment au fait que le jugement a subitement moins favorisé le surf aérien dans son système de notation, cette saison 2014 a donc définitivement cristallisé ses progrès sur la vague. Aux Fidji, sur des vagues de 1,50m, ses envolées ont été moins nombreuses alors que ses trajectoires ont elles été parfaites. C’est à Tahiti, dans des tubes d’eau historiques, qu’il a peut-être fini par convaincre certains de ses derniers détracteurs.

«Il n’est pas tombé une fois dans des tubes pourtant extrêmement profonds, remarque Franck Lacaze. Jusqu’à sa chute en finale contre Kelly Slater, qu’il a battu d’extrême justesse et où il s’est peut-être fait un peu peur. Mais c’est passé.» Alain Riou, directeur de la compétition lors de ce Quiksilver Pro, dit de lui qu’«il sait tout faire, même si ce n’est pas un style forcément apprécié des esthètes. Il est dans l’efficacité et s’adapte à toutes les conditions, ce qui n’est pas traditionnellement le cas des Brésiliens».


Parmi les quelques reproches qui sont adressés à Gabriel Medina dans un milieu où peut exister une fracture entre les Anglo-saxons et les «autres», il y a celui qui concernerait sa trop grande agressivité lorsqu’il est prioritaire sur la vague. «Il n’hésite pas à monter sur les autres, confirme Franck Lacaze. Non, ce n’est pas le surfeur le plus classe.» Alain Riou, qui l’a affronté en compétition il y a six ans, n’en garde pas un bon souvenir. «Un sale gosse, s’amuse-t-il. Il n’a pas été très réglo avec moi ce jour-là. Il veut gagner à tout prix, un point c’est tout. Et c’est pour cela qu’il n’est pas non plus très populaire sur le circuit. Slater ne lui a jamais fait peur alors que nombre de jeunes surfeurs se montrent trop respectueux face à celui qu’ils voient comme un Dieu. Medina n’a jamais eu froid aux yeux.»

Au Brésil, pays à la longue tradition surfeuse, son sacre est particulièrement attendu, encore plus lors d’une année frappée du sceau de la désillusion avec le fiasco de l’équipe nationale de football en demi-finales de la Coupe du monde. «Certaines des chaînes principales de télévision au Brésil n’hésitent pas à faire passer des messages "Allez Medina!" à des heures de grande écoute, confirme Renato Hickel, Brésilien qui fait partie de l’organisation de l’ASP World Tour depuis près de trente ans. S’il devient champion du monde, ce sera probablement un événement considérable avec des répercussions espérons-le nombreuses pour ce sport au Brésil.»

Tandis que le surf est touché de plein fouet par la crise économique au point que certains compétiteurs professionnels peinent à trouver des contrats de sponsoring, l’apparition de ce nouveau visage est déjà une bonne nouvelle pour l’industrie. «Les marques qui communiquent depuis des années sur les mêmes, que ce soient Kelly Slater ou Mick Fanning, ont besoin de se renouveler commercialement, constate Alain Riou. Au niveau des produits proposés, cela peut rebattre les cartes.»

Si elle avait lieu, sa consécration marquerait vraisemblablement un tournant dans l’histoire récente du surf, même s'il faut rester prudent en la matière. En effet, depuis 2005, tous les titres mondiaux ont été accaparés par les mêmes hommes venus désormais d’un «autre âge»: l’Américain Kelly Slater (42 ans), les Australiens Mick Fanning (33 ans) et Joel Parkinson (33 ans). Avec Gabriel Medina, il y aurait même un saut de génération sachant que John John Florence, Hawaïen de presque 22 ans, et Kolohe Andino, Californien de 20 ans, entendent bien, eux aussi, jouer les premiers rôles dans les années à venir.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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