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Les élèves français n'ont pas besoin d'une tablette à l'école, mais de véritables cours d'informatique

Dans une école de Nice, le 3 septembre 2013. REUTERS/Eric Gaillard.

Dans une école de Nice, le 3 septembre 2013. REUTERS/Eric Gaillard.

Il y a de meilleurs moyens de dépenser les fonds alloués au «grand plan numérique» promis par François Hollande.

Le 2 septembre dernier, le président de la République lançait un «grand plan numérique» pour l’Éducation nationale. On peut imaginer qu'un «grand plan», sur un enjeu aussi crucial que celui de préparer l'entrée de la jeunesse dans le monde de demain, sera accompagné d'un budget conséquent, sans doute plusieurs milliards d'euros.

Se pose alors la question de la meilleure manière d'employer cet argent pour préparer les élèves à devenir demain des citoyens éclairés et à trouver un travail. Or, lors du Petit Journal du 25 septembre, la ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a notamment promis que les collégiens bénéficieraient d'une tablette afin d'alléger un cartable trop lourd:

«À partir de la rentrée 2016, tous les collégiens [3,2 millions d'élèves environ, ndlr] –en l'occurrence, on commencera par les classes de 5e– auront et travailleront sur des tablettes numériques.»

Pourtant, les élèves n'ont pas besoin d'une tablette supplémentaire mais d'un véritable enseignement de l'informatique, qui leur donne les clés pour comprendre le monde dans lequel ils vivent et vivront, comme celui que suivent, depuis plusieurs années déjà, leurs camarades bavarois, estoniens, israéliens, suisses, lituaniens, néerlandais, etc. C’est également ce que vont suivre leurs camarades anglais, finlandais ou coréens. C'est ce que recommande l'Académie des sciences, c'est ce que recommande la Société informatique de France, c'est ce que recommande le Conseil supérieur des programmes, c'est ce que recommande le Conseil national du numérique.

S’il faut choisir entre dépenser l’argent pour l’équipement de tablettes ludiques ou pour former les enseignants et développer les outils logiciels nécessaires, une comparaison s’impose. La première proposition n’a été proposée par aucun analyste sérieux: dans les différents endroits où pareille mesure a été expérimentée, aucune évaluation documentée n’a jamais montré que son impact était positif autrement que pour l’économie des pays producteurs de ces équipements (groupe dans lequel il est difficile d'inclure la France, même si la ministre a affirmé sur Canal+ que le gouvernement aimerait «faire travailler des Français»).

Pour offrir aux élèves un enseignement de qualité, la décision-clé est bien plutôt celle de former les enseignants dans le primaire et de recruter des enseignants dans le secondaire. 1 milliard d'euros par an, par exemple, c'est 25.000 professeurs d'informatique. C’est aussi dix millions d'heures de cours de formation continue et donc la possibilité de former à la fois les professeurs de primaire, ceux de collège, de lycée et même des classes préparatoires! C'est beaucoup plus qu'il n'en faut pour offrir un enseignement de qualité dans toutes les écoles, tous les collèges et tous les lycées français.

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