France

La gauche a perdu le Sénat. Est-ce vraiment une mauvaise nouvelle pour elle?

Temps de lecture : 2 min

L'urne servant à élire le président du Sénat. REUTERS/Gonzalo Fuentes.
L'urne servant à élire le président du Sénat. REUTERS/Gonzalo Fuentes.
Cet article a été actualisé le dimanche 28 septembre à 20h15 après le résultat des sénatoriales.

Sans surprise, la gauche a perdu le contrôle du Sénat lors du renouvellement partiel organisé ce dimanche 28 septembre. Sur son blog iPolitique, le journaliste politique de La Croix Laurent de Boissieu estimait avant le scrutin que, paradoxalement, la perte du Sénat pourrait être «une bonne nouvelle pour... Hollande et Valls!»:

«Il pourrait être désormais moins dommageable pour un exécutif de gauche, en termes d'image, d'être mis en minorité au sein d'un Sénat de droite qu'au sein d'un Sénat de gauche!»

En effet, si la gauche dans son ensemble était majoritaire au Sénat (178 sièges sur 348), la gauche de gouvernement était loin de l'être: à eux deux, le groupe PS et le groupe PRG ne comptaient que 147 sièges. Même du temps où les écologistes (10 sièges) étaient au gouvernement, ce dernier n'avait pas la majorité au Sénat sans les 21 sénateurs du groupe communiste. Qui n'ont pas manqué de le faire savoir, tandis que les radicaux eux-mêmes se montraient parfois remuants, comme le rappelle l'éditorialiste du Monde Michel Noblecourt:

«Sur tous les projets importants, la majorité a fait défaut. A de nombreuses reprises, les communistes n'ont pas hésité à mêler leurs voix à la droite pour rejeter des textes aussi emblématiques de l'appartenance à une majorité que la ratification du traité européen, les réformes des retraites et du marché du travail, les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale, etc. Les radicaux ont déployé leur énergie pour faire capoter le non-cumul de mandats ou la réforme territoriale.»

L'idée que la perte du Sénat ne constitue pas une catastrophe pour la gauche est partagée par le chercheur Olivier Rozenberg, interrogé par le quotidien:

«Hollande sera plus à l'aise avec un Sénat à droite car cela aura au moins le mérite de la clarté: les ministres sauront d'avance à quoi s'en tenir en venant défendre un texte, et les médias ne gloseront plus sur l'incapacité du gouvernement à tenir sa majorité.»

Cette idée est déjà dans l'air depuis plusieurs mois –une bonne manière de digérer une défaite annoncée. En juillet, déjà dans Le Monde, la sénatrice PCF Eliane Assassi jugeait qu'«un Sénat avec une majorité de gauche qui n'est pas une majorité gouvernementale est un caillou dans la chaussure du gouvernement. Si le Sénat passait à droite, la situation serait plus facile car ils n'auraient plus à justifier l'absence de discussion avec la majorité de gauche». «J'espère qu'on va le perdre, on ne se demandera plus comment faire voter ce machin, et on ne nous parlera plus de camouflet infligé par notre propre majorité», expliquait de son côté «un pilier de la rue de Solférino». Une «grosse faute d'analyse politique», selon le chef de file des socialistes au Sénat, Didier Guillaume.

Le gouvernement peut faire passer ses textes sans contrôler le Sénat, puisque l'Assemblée a le dernier mot en cas de désaccord –leur examen sera seulement plus lent. En revanche, le passage du Sénat à droite a quelques conséquences constitutionnelles très concrètes: en cas de vacance de la présidence de la République, l'intérim sera assuré par un élu de droite, et non de gauche; début 2013, la gauche ne pourra nommer que deux des trois nouveaux membres du Conseil constitutionnel, l'un d'entre eux étant nommé par le président du Sénat; enfin, le Sénat peut bloquer toute révision constitutionnelle, puisque le projet de loi doit être voté dans les mêmes termes par les deux assemblées.

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