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Un allemand sur trois souffrirait aujourd'hui d'un traumatisme lié à la Seconde guerre mondiale

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 28.09.2014 à 9 h 51

Repéré sur Die Welt, FAZ, Die Zeit

Un visiteur au mémorial de la résistance allemande, à Berlin. REUTERS/Thomas Peter

Un visiteur au mémorial de la résistance allemande, à Berlin. REUTERS/Thomas Peter

Angoisses noctures, peurs irrationnelles, sentiment d'insécurité... Près de 70 ans après la fin de la guerre de 39-45, des millions d'Allemands restent hantés par le spectre de la Seconde guerre mondiale. D'après la journaliste allemande Sabine Bode, auteure de nombreux ouvrages consacrés aux souffrances psychologiques des enfants de la guerre, ce traumatisme serait également partagé par les générations suivantes. Un allemand sur trois souffrirait aujourd'hui d'un traumatisme lié à la Seconde guerre mondiale, comme elle l'explique dans un entretien au quotidien Die Welt:

«Une partie de la génération des petits-enfants de la guerre –c'est-à-dire ceux qui sont nés dans les années 1960 et 1970– souffre d'angoisses inexpliquées et d'un sentiment d'insécurité qui ne puise pas sa source dans leur propre vie. Même lorsqu'ils veulent entreprendre quelque chose de nouveau, ils sont étrangement bloqués –avec un pied sur l'accélérateur et l'autre sur le frein.»

Lorsque ces derniers sont interrogés sur leur relation à leurs parents, ils se plaignent souvent d'avoir manqué d'affection, poursuit Sabine Bode:

«Ils disent qu'ils ne parviennent pas à avoir une proximité émotionnelle avec leurs parents et que ceux-ci ne s'intéressaient pas à eux; les discussions étaient sans profondeur. [...] [Les parents] ont certes fait tout leur possible pour leurs enfants, mais les relations sont glaciales.»

Les parents qui ont connu la guerre et en gardent un traumatisme profond auraient en effet souvent eu des difficultés à réagir avec empathie aux émotions manifestées par leurs jeunes enfants, comme lorsque ceux-ci se mettent à pleurer:

«La détresse et la dépendance de l'enfance les renvoie à leur propre sentiment enfoui de détresse et de dénuement. Ils interrompent le contact sur un plan émotionnel, laissent l'enfant seul et vont poursuivre leur travail ménager.»

Il est d'ailleurs fréquent que les Allemands qui ont vu l'horreur de la guerre de leurs propres yeux ne subissent les conséquences psychologiques de leur traumatisme que dans leurs vieux jours, souvent sous la forme de cauchemars dans lesquels ils revivent des épisodes traumatiques de leur vie durant la guerre: bombardements, viols, incarcérations, perte de proches... D'après une étude rendue publique en 2011 par l'Université de médecine de Leipzig, 12% des Allemands âgés de plus de 60 ans souffriraient d'un syndrome post-traumatique, rapportait alors le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Ces derniers souffrent plus que la moyenne de dépressions, de troubles du sommeil, de difficultés de concentration ou de communication et sont également plus vulnérables face à la maladie:

«Les maladies du coeur, les bronchites et les AVC surviennent chez eux trois fois plus souvent que chez les personnes de la même catégorie d'âge qui ne souffrent pas d'un traumatisme.»

Heureusement, plusieurs thérapies spécialisées existent aujourd'hui en Allemagne, rapporte l'hebdomadaire Die Zeit, tout comme un réseau d'associations qui viennent en aide aux enfants de la guerre.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (342 articles)
Journaliste
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