Partout, les employés pensent que les grands patrons sont trop payés (et pourtant, ils sous-estiment fortement leurs salaires)

REUTERS/Kai Pfaffenbach.

REUTERS/Kai Pfaffenbach.

Quel est l'écart de salaire idéal entre un grand patron et un employé? En utilisant des données de l'International Social Survey Programme de décembre 2012, deux chercheurs de Harvard et de la Chulalongkorn University en Thaïlande ont comparé la façon dont les citoyens de quarante pays envisageaient cet écart idéal. 

En France, les gens pensent que le salaire d'un grand patron devrait être 6,7 fois plus élevé que celui du salarié en bas de l'échelle, alors que dans les faits, la rémunération du chef d'entreprise en question est en moyenne 104 fois plus élevée que celle de l'employé de base (rappelons que le salaire moyen d'un patron du CAC 40 est de 2,25 millions d'euros par an).

Moins habitués aux inégalités, les Danois et les Suédois pensent qu'idéalement, le patron devrait juste gagner deux fois plus que le salarié non qualifié. Comme les Français, les Américains pensent qu'un salaire 6,7 fois plus élevé est souhaitable pour les patrons. Mais le différentiel aux Etats-Unis est trois fois plus grand qu'en France: le PDG moyen de grande entreprise y est payé 350 fois plus que l'employé.

A partir de ces données, les journalistes de la Harvard Business Review ont calculé ce que les salariés devraient gagner selon leur conception de l'écart juste entre patrons et employés (et en partant du principe que les premiers gardent leur salaire...). En France, les salariés devraient avoir un salaire de 38.000 euros par mois, et aux Etats-Unis, si le salaire moyen des patrons était vraiment 6,7 fois plus élevé que celui des employés, ceux si gagneraient 116.000 euros par mois!

«Malgré d'énormes différences de culture, de revenu, de religion et d'autres facteurs, les personnes sondées dans chaque pays souhaitaient toutes que les écarts de salaires entre riches et pauvres soient plus petits qu'ils ne le sont actuellement dans leur pays», explique Michael Norton, professeur à la Harvard Business School.

L'autre élément intéressant de cette étude, qui sera prochainement publiée dans la revue Perspectives on Psychological Science, c'est que les salariés sous-estiment fortement les salaires des PDG de leur pays. En France, les personnes sondées estiment que les patrons gagnent 25 fois plus que les salariés de base, alors qu'en réalité, ils gagnent 104 fois plus.

Aux Etats-Unis, les personnes sondées pensent que les chefs d'entreprise gagnent en moyenne trente fois plus que les employés non qualifiés, alors qu'en réalité ils gagnent 354 fois plus. «Le manque de connaissance de l'écart de revenus entre chefs d'entreprise et salariés non qualifiés... réduit probablement la volonté des citoyens de prendre des mesures pour faire diminuer cet écart», explique Norton.

Partager cet article