Monde / Société

Comment les monuments de Berlin racontent l'histoire de la ville

Temps de lecture : 2 min

La statue de Frédéric II de Prusse sur Unter den Linden. REUTERS/Fabrizio Bensch.
La statue de Frédéric II de Prusse sur Unter den Linden. REUTERS/Fabrizio Bensch.

Déboulonnés, reboulonnés, enterrés, déterrés, rasés, reconstruits... Les monuments berlinois ont souvent été victimes des revirements qu'a connu la capitale allemande par le passé. La polémique qui a enflé ces dernières semaines autour de la tête d'une statue géante à l'effigie de Lénine en est un des exemples les plus récents, rapporte le quotidien Berliner Zeitung.

Cette statue haute de 19 mètres, commandée par la RDA à l'artiste russe Nikolai Tomski, qui ornait autrefois la Leninplatz à Berlin-Est, a été déboulonnée en 1991 sur ordre de la mairie du quartier, découpée en plus d'une centaine de morceaux puis enterrée dans une forêt à l'est de Berlin, dans un lieu tenu secret. La place elle-même a été rebaptisée «place des Nations-Unies»:

«Lénine n'était politiquement plus supportable. L'exhortation de nombreux acteurs culturels de laisser dans un premier temps le bloc de granit rouge se recouvrir de lierre, de confier la décision aux générations futures, a été ignorée par ceux qui étaient pour sa démolition.»

La statue était presque tombée dans l'oubli au fil des ans, jusqu'à ce qu'un musée demande au Sénat de Berlin l'autorisation de déterrer la tête de la statue du père de la révolution russe. Comme le rappelle le quotidien Der Tagesspiegel, l'équipe de la citadelle de Spandau aura dû attendre cinq ans pour que le Sénat donne finalement son accord la semaine dernière, ce dernier ayant longtemps prétexté que les travaux d'excavation seraient trop coûteux.

Autre monument berlinois qui a eu à subir les foudres d'un changement brutal d'idéologie par le passé: la statue équestre du roi Frédéric II de Prusse, qui, en grand admirateur de Louis XIV, exigeait qu'on ne parla que français une fois passée la porte de son palais. Elle se dresse aujourd'hui fièrement sur Unten der Linden après avoir été remisée des décennies durant:

«Après la Seconde Guerre mondiale et la dissolution de la Prusse, la cote de popularité de Frédéric II était proche de zéro; l'empereur Guillaume et les nazis l'avaient utilisé sans scrupules à des fins idéologiques. Le monument […] fut désapprouvé par les autorités de l'État communiste, il était "réactionnaire"; il ne devait pas rester. Du moins jusqu'à que les pontes de la RDA redécouvrent l'histoire de la Prusse et qu'à partir de 1987, le vieux Fritz [c'est ainsi que le surnomment affectueusement les Berlinois, ndlr] puisse à nouveau galoper en direction de l'Est sur Unter der Linden.»

Un autre monument symbolise à lui seul les nombreuses tentatives qui ont été faites pour effacer voire réécrire le passé en s'attaquant aux témoins d'un passé devenu soudain gênant: le château de Berlin, siège de la dynastie de Hohenzollern. Bombardé en 1945, il est rasé quelques années plus par les autorités de la RDA et remplacé par le «Palais de la République», un édifice de verre et de béton à la gloire de la dictature communiste. Bourré d'amiante, ce dernier sera fermé à la Réunification puis finalement rasé à son tour dans les années 2000. Après une longue campagne de collecte de fonds et de nombreuses protestations au sein de la population, le château de Berlin est désormais en train d'être reconstruit à l'identique –mais en béton. Quand on dit que l'Histoire se répète...

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