Monde

Trois idées reçues sur Poutine, Obama et la Chine

Moisés Naím, traduit par Micha Cziffra, mis à jour le 28.09.2014 à 9 h 09

De nos jours, il est facile de se tromper. Les turbulences géopolitiques, les crises économiques et les troubles sociaux se succèdent à une telle vitesse qu'on n'a plus le temps de prendre du recul sur les événements internationaux. Dans cette atmosphère d'instabilité, certaines idées se sont fortement enracinées parmi les experts, mais aussi au sein de l'opinion publique internationale. Malgré leur popularité, un certain nombre d'entre elles son erronées, à l'image des trois idées reçues que je vous présente ici.

REUTERS/Michael Dalder

REUTERS/Michael Dalder

1.Vladimir Poutine est le leader le plus puissant au monde

Pour l'heure, disons. Mais l'énorme pouvoir dont il jouit aujourd'hui est-il durable? Pas vraiment. L'économie russe, dont la santé était fragile avant même le conflit avec l'Ukraine, s'est encore affaiblie en raison de la sévérité des sanctions imposées par les Etats-Unis et l'Europe.

La valeur du rouble est tombée au plus bas niveau jamais atteint, la fuite des capitaux est considérable (74 milliards de dollars rien qu'au premier semestre), les investissements sont au point mort et l'activité économique tourne au ralenti. Le Kremlin a dû faire main basse sur les fonds de pension pour maintenir à flot de grandes entreprises qui étaient au bord de la faillite après avoir perdu leur accès aux marchés financiers internationaux.

La production pétrolière a baissé et les nouveaux investissements dont dépend la future production ont cessé.

Sur un autre plan, le machisme belliqueux de Poutine a remis sur le devant de la scène une organisation qui était en passe de disparaître et que le dirigeant russe a en horreur: l'Otan. L'échec de la tentative du leader russe d'arrêter le rapprochement entre l'Ukraine et l'Union européenne s'est confirmé, le Parlement de Kiev et le Parlement européen ayant ratifié un accord d'association

Poutine restera certes un responsable politique de premier plan dont l'action aura des conséquences internationales. Après tout, il préside de manière autocratique l'un des plus grand pays du monde et son nationalisme lui vaut d'être plébiscité par la population russe. Seulement voilà, sa stratégie sur le plan économique, ses relations diplomatiques et sa politique intérieure sont intenables.

2.Obama a échoué

La cote de popularité de Barack Obama est deux fois inférieure à celle de Vladimir Poutine. La renonciation du président américain à intervenir militairement, de manière bien plus agressive en Syrie, lui a attiré de vives critiques. Devant son incapacité à obtenir le soutien du Congrès pour l'adoption de lois indispensables, des affirmations se sont répandues: Obama est un novice qui ne sait pas gérer le pouvoir; les Etats-Unis ne sont plus une superpuissance ou, en tout état de cause, ne savent plus agir en tant que telle.

On a tendance à surestimer le pouvoir des Etats-Unis, et c'est ce qui explique ces affirmations.

On a tort de croire que la Maison Blanche n'a qu'à décider d'intervenir pour que les problèmes se règlent ou s'atténuent. Cela n'a jamais été vrai, même si les prédécesseurs d'Obama (les précédents présidents américains) bénéficiaient d'une plus grande marge de manœuvre qu'aujourd'hui. Le monde a changé et le pouvoir n'est plus ce qu'il était. Or, de ce point de vue, Obama s'en sort beaucoup mieux que ce que veulent bien admettre ceux qui pensent que sa fonction lui donne pratiquement des pouvoirs de superhéros.

3.La Chine est la prochaine superpuissance mondiale

Inévitablement, l'économie chinoise sera dans quelques années la plus grande du monde. Les forces armées de la Chine croissent elles aussi très rapidement, ainsi que son autorité sur la scène internationale. Elle exerce une influence indéniable en Afrique, en Amérique latine et chez ses voisins asiatiques. La capacité du gouvernement chinois à mener à bien de grands travaux d'infrastructures est aussi incontestable que ses incroyables succès sur les plans économique et social.

Voilà pourquoi beaucoup d'observateurs pensent que la Chine sera la nouvelle puissance hégémonique du XXIe siècle. Je ne partage pas ce point de vue.

La Chine a deux facettes: l'une est industrialisée et moderne avec ses gratte-ciels, sa mondialisation et son dynamisme économique; l'autre affiche une grande pauvreté, d'immenses besoins non satisfaits en matière de logement, de santé, d'éducation, d'eau, d'électricité, etc. Les revenus des 48% de la population qui vivent dans cette Chine pauvre et rurale représentent le tiers de ceux de leurs compatriotes urbains.

On peut en outre être surpris par le fait que, en dépit d'un bon bilan économique, le gouvernement chinois laisse apparaître un certain sentiment d'insécurité. A titre d'exemple, le budget qu'il alloue à la sécurité intérieure est supérieur à celui de la défense. Le Tibet et la province du Xinjiang, soit un tiers du territoire chinois, connaissent une tension politique ponctuée de soulèvements qui sont, à chaque fois, violemment réprimés par les forces militaires de Pékin.

Par ailleurs, le gouvernement chinois est devenu un champion du contrôle de l'information, de la censure d'Internet et de l'entrave au libre échange des idées. Un tel contexte empêche l'innovation, ingrédient indispensable à la prospérité d'une nation. Il ne fait pas de doute que le poids économique et politique de la Chine au niveau international ira en augmentant. Mais de là à devenir la puissance dominante, il y a un pas qu’elle ne franchira vraisemblablement pas.

C'est bien simple, au XXIe siècle, aucun pays ne pourra jouer ce rôle.

Moisés Naím
Moisés Naím (203 articles)
Editorialiste
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