Tech & internetCulture

L'artiste Richard Prince saisit Internet en trollant merveilleusement Instagram

Repéré par Fanny Arlandis, mis à jour le 24.09.2014 à 14 h 20

Repéré sur Vulture, Artlyst

© Richard Prince. Courtesy Gagosian Gallery. Photographie par Robert McKeever.

© Richard Prince. Courtesy Gagosian Gallery. Photographie par Robert McKeever.

La photographie a désormais envahi tous les espaces de sociabilité. En permanence, des images prises dans n'importe quelle situation se retrouvent transférées immédiatement sur Internet. Instagram, par exemple, est devenu une plateforme majeure de publication d'images impliquant une interaction et permettant une conversation. Haut lieu du narcissisme, la photographie connectée n'existe pourtant pas sans destinataire. Richard Prince s'en est donc fait le réceptacle en s'appropriant ces images et un langage d'Internet, le trolling.

Ce peintre et photographe américain a passé des heures sur Instagram traquant des images provoquantes, raconte Vulture. Sa sélection a ensuite été recadrée puis imprimée sur des canevas d'1 mètre 20 sur presque 2 mètres exposés à la galerie Gagosian de New York. Des toilettes à la table du gynéco, certains portraits sont ceux de ses amis, d'autres ceux de stars, comme Pamela Anderson, mais la majorité représente de parfaits inconnus. 

Pour le journaliste de Vulture, ce qui rend ce travail brillant, c'est qu'il part de la source (comment les gens se présentent et se mettent en scène sur les réseaux sociaux) pour aller au-delà des images. 

«Il plonge aussi profond que jamais dans la vie privée, le droit à l'image, l'appropriation et les images sinueuses afin qu'elles semblent subir une sorte de transsubstantiation malade psychique et artistique qui n'appartient plus à leurs auteurs.» 

Sous chaque image, Richard Prince commente, avec son vrai nom, pour créer une relation avec les sujets. Lorsqu'une fille pose en mini-short sur une moto, il écrit: «Je m'en souviens si bien», il insère un émoticône de tente et continue «heureusement que nous avions la tente»

Mais les images sont toutes trop grandes, presque floues. Richard Prince explore ainsi les espaces irréels et réels dans lesquels nous évoluons en mêlant dans un espace réel le physique et le numérique. Le journaliste de Vulture poursuit:

«En utilisant Instagram et en puisant dans [des] sous-groupes qui se révèlent et se documentent eux-mêmes, [Richard] Prince a éliminé l'intermédiaire qui sert de médiateur au photographe professionnel ou de mode, le publicitaire, l'agent. Avec ce niveau d'artifice éliminé, le travail est plus intime –et, pour certains, plus effrayant. En outre, en ajoutant ses commentaires, il ne laisse pas seulement des traces de preuves, il réintègre la langue dans son travail.» 

En provoquant la critique pour l'utilisation pécuniaire qu'il fait d'images provoquantes exploitées sans permission, l'auteur cherche sûrement à ce que la conversation qu'il a engagé avec les images ne se limite pas aux murs de la galerie.

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