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Avec Victor Dubuisson, le golf français a tiré un drôle de numéro 1

Yannick Cochennec, mis à jour le 25.09.2014 à 15 h 49

Pour la troisième fois, un Français participe à la Ryder Cup alors que se profile l’édition 2018 au Golf National, près de Paris. Le singulier Victor Dubuisson peut-il changer la donne pour le golf tricolore?

Victor Dubuisson, le 23 septembre 2014. REUTERS/Toby Melville

Victor Dubuisson, le 23 septembre 2014. REUTERS/Toby Melville

La 40e édition de la Ryder Cup, qui se déroule à Gleneagles, en Ecosse, du 26 au 28 septembre, a une double résonance pour le golf français. Pour la troisième fois de l’histoire, après Jean Van de Velde en 1999 et Thomas Levet en 2004, un joueur tricolore, Victor Dubuisson, s’est qualifié pour ce rendez-vous biennal qui oppose les Etats-Unis à l’Europe représentés chacun par 12 compétiteurs et un capitaine. Et cette bonne nouvelle tombe à pic au moment où le compte à rebours est lancé dans la perspective de la Ryder Cup 2018 qui sera disputée au Golf National, à Saint-Quentin-en Yvelines. En effet, Gleneagles correspond à la dernière Ryder Cup organisée en Europe avant l’édition française qui succèdera à celle de Chaska, dans le Minnesota, en 2016.

Présente en Ecosse par le biais d’un large pavillon, la Fédération française de golf est désormais, en quelque sorte, face à son destin. Depuis qu’elle s’est vu confier les rênes de d’édition 2018, en mai 2011, elle ne cache plus ses ambitions en espérant devenir à terme la première fédération de sport individuel en nombre de licenciés grâce au levier de la Ryder Cup. Avec quelque 420.000 licenciés, et alors que les statistiques piétinent actuellement, elle est encore très loin du but et de son homologue du tennis stabilisé autour de 1,1 million depuis environ 20 ans. A l’horizon 2022, et à la faveur également du retour du golf aux Jeux olympiques en 2016, elle vise ainsi un total de 600.000 licenciés (un chiffre revu à la baisse, puisque le précédent objectif était de 700.000).

La Ryder Cup 2018 peut-elle être ce moment qui changera tout pour le golf en France alors que les récents mondiaux d’équitation, organisés en Normandie, n’ont pas vraiment réussi leur percée médiatique au-delà des (très nombreux) initiés? Sport toujours connoté en France, le golf lutte encore contre des préjugés qu’il a, il est vrai, contribué à créer en dépit de ses efforts pour se «démocratiser». Le chemin est encore long et il n’est pas certain que la Ryder Cup, en 2018, l’abrègera de beaucoup…

Lors de ce moment de vérité, le golf français s’est trouvé, comme par miracle, un fer de lance en la personne de Victor Dubuisson, 24 ans, actuellement 23e mondial, qui pourrait être le champion tant attendu, celui capable de devenir le premier tricolore vainqueur d’un tournoi majeur depuis le succès d’Arnaud Massy au British Open en 1907.

En l’espace d’un an, le Cannois, catapulté vers les sommets grâce à son succès en novembre à l’Open de Turquie aux dépens notamment de Tiger Woods, a confirmé l’épaisseur de son étoffe. En début d’année, dans l’Arizona, il a été au bord de s’imposer pour la première fois sur le PGA Tour, le circuit américain, dans un tournoi où il a terminé 2e au prix de quelques prodiges techniques ayant imprimé sa marque aux Etats-Unis. 

Au British Open, il s’est offert une 9e place encore pleine de promesses avant de faire mieux (7e) au PGA Championship, dernier tournoi du Grand Chelem de la saison.

En raison de sa capacité à taper très loin et droit et de sa faculté à produire des coups souvent extraordinaires en lisière des greens grâce à des mains véritablement magiques, Victor Dubuisson semble destiné à remporter un jour un titre majeur selon de nombreux observateurs bluffés par ce talent si particulier. Mais le golf est un sport plus aléatoire que tous les autres et les dons peuvent ne pas suffire. De manière presque inexplicable, l’Ecossais Colin Montgomerie n’est jamais parvenu, par exemple, à enlever un majeur.

Comme Yannick Noah triomphant à Roland-Garros, un succès de Victor Dubuisson (ou d’un autre joueur) dans une épreuve du Grand Chelem pourrait, plus que la Ryder Cup 2018, installer le golf parmi les sports qui comptent en France, sauf que le tennis a la chance d’accueillir chaque année l’un des quatre tournois de référence de la saison, ce qui n’est pas le cas du golf.

Autre petit problème: loin de Yannick Noah, personnage largement ouvert aux medias, Victor Dubuisson a établi une frontière presque hostile entre lui et les journalistes français qu’il «maltraite» selon son bon vouloir et sa mauvaise humeur. Au dernier British Open, il s’est ainsi avancé vers la presse française avec ces mots engageants:

«Allez-y, posez-les vos questions nulles!»

Ce n’était pas son premier écart en la matière et ce ne sera pas le dernier, même si un reporter du groupe L’Equipe, au bout de l’exaspération, a fini par taper du crayon sur la table en mettant en lumière le malaise Dubuisson. Sans réelle conséquence sur l’intéressé qui s’était tout de même excusé à la fin du British Open, mais n’a pas vraiment modifié depuis son elliptique mode de communication.

A tort, Dubuisson semble considérer que son métier s’arrête au moment où il enquille son dernier putt au 18e trou. La suite ne l’intéresse guère. En la matière, il ferait bien de jeter un œil sur les pratiques éminemment professionnelles de Tiger Woods, avec qui la presse anglo-saxonne n’a pas toujours été tendre (doux euphémisme), mais qui assure et assume sans ciller la très grande majorité de ses obligations médiatiques.

Allez-y, posez-les vos questions nulles!

Victor Dubuisson, aux journalistes

Pour le moment, chacun doit s’adapter au «style Dubuisson» en sachant que le n°1 français devra s’adapter à son tour à son statut qui, au fil de son évolution vers le haut, l’obligera à assouplir son comportement actuel de petit sauvageon.

Il sera d’ailleurs intéressant de l’observer dans le contexte de cette Ryder Cup 2014, épreuve devenue avec le temps l’événement le plus couru de la planète golfique. Au contact rapproché de très grands champions comme son coéquipier Rory McIlroy, n°1 mondial à la communication si facile, et face à la masse des journalistes internationaux, il tirera peut-être quelques enseignements salutaires pour l’avenir. Enfin, espérons-le… Paul McGinley, le capitaine irlandais de l’équipe européenne à Gleneagles, a bien compris à qui il avait affaire et n’a surtout pas l’intention de chercher à le brider et donc de le braquer. Le solitaire et timide Victor gardera une certaine autonomie personnelle au sein du groupe.

Mais heureusement, tout cela n’est pas non plus tragique, même si le golf français peut se croire maudit d’être tombé sur une personnalité aussi «écorchée» en guise de messie éventuel.

Après tout, au-delà des micros qu’il repousse, Dubuisson est là avant tout pour laisser parler ses clubs et sa singularité a au moins l’avantage de faire figure d’objet de fascination dans l’univers souvent lisse du sport professionnel.

Avec une curiosité à la hauteur de notre attente, savourons déjà le plaisir de le voir à l’œuvre ce week-end sur le parcours écossais de Gleneagles. Que va-t-il encore nous réserver sachant que Jean Van de Velde, en 1999, et Thomas Levet, en 2004, n’avaient pas véritablement pesé sur les événements lors de leur participation en Ryder Cup?

Lorsque vous tapez «Victor Dubuisson» sur Google, le mot «mystère» (ou mystery) apparaît souvent comme par enchantement. 

Venu des entrailles du Net, il nous livre une sorte de première vérité. Oui, qui est Victor Dubuisson?

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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