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Le téléphone pleure: les smartphones pourraient servir à identifier la dépression

Repéré par Léa Bucci, mis à jour le 23.09.2014 à 15 h 54

Repéré sur Motherboard, MIT Technology Review

Caroline via Flickr CC License by

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En 1981, Alain Souchon chantait Allô maman bobo. Une bonne trentaine d’années après, il ne sera peut-être plus nécessaire de téléphoner à sa mère pour exprimer son mal-être. Votre smartphone pourrait le dire pour vous, avance le magazine Technology Review, édité par le Massachussets Institute of Technology.

Des informaticiens et des psychologues du comportement de l’Université de Dartmouth ont présenté cette semaine une nouvelle application qui permettrait de détecter les symptômes de la dépression. Elle se base sur la collecte des données enregistrées par les téléphones mobiles.

Baptisée StudentLife, elle a été installée sur les smartphones Android de 48 étudiants volontaires. Pendant dix semaines, l’application a recueilli des informations sur les déplacements et la localisation du téléphone, la fréquence et la durée des appels et des SMS. Elle pouvait aussi enclencher le microphone pour savoir si une conversation avait lieu à proximité du mobile.

Toutes les données ont ensuite été analysées pour déduire l’activité physique des étudiants, leurs habitudes de communication et de sommeil, leurs visites, et combien de temps ils avaient discuté en face-à-face avec une autre personne. En parallèle, ces derniers devaient répondre régulièrement à une enquête sur leur état mental. Ils ont été soumis à des examens cliniques classiques avant et après les dix semaines de test. Les chercheurs se sont enfin intéressés aux notes obtenues par les étudiants pendant l’expérience.

Avec tous ces paramètres, ils ont constaté une corrélation entre les données du smartphone, et les moments où les étudiants souffraient du stress, de la dépression ou de la solitude. Par exemple, la diminution des conversations en face-à-face était souvent un indicateur de dépression. Le reste des conclusions n’est pas vraiment surprenant: avec plus de sommeil et d’interactions sociales, on éloigne la déprime.

Le principe de l’application pourrait s’étendre à toute la société, comme l’explique Andrew Campbell, le professeur à la tête de l’équipe de recherche:

«Dans le futur, les données du téléphone d’une personne pourraient fournir une photographie plus précise, pour compléter un examen exceptionnel quand cette personne cherche de l’aide [...]»

En entreprise, elle pourrait servir à réduire le niveau de stress, surveiller la productivité au travail et lancer l’alerte en cas de comportement inquiétant, d’après le site Cnet. Un complément au médecin, et non une manière de lui échapper, comme le rappelle Wired:

«[L’application] n’est pas présentée comme un remplacement des méthodes traditionnelles d’évaluation du comportement, ni comme un moyen infaillible de fournir un diagnostic.»

D’autant que l’application pose aussi la question de la confidentialité des données cliniques aux Etats-Unis. Si la collecte de données avait été réalisée via des examens de santé mentale classiques, les résultats sensibles seraient protégés par la loi HIPAA de 1996. Dans le cas de StudentLife, ces limites ont été repoussées: les chercheurs ont pu pomper librement les smartphones des étudiants, sans que ceux-ci n’aient besoin d’être actifs sur leurs machines ni ne voient ces données invisibles se diffuser.

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