Monde

L'Etat Islamique devance de plus en plus al-Qaida

Fanny Arlandis, mis à jour le 23.09.2014 à 19 h 09

L'implantation en Algérie en est le dernier signe en date.

Un militant de l'Etat islamique, dans la ville syrienne de Tabqa, le 24 août 2014. REUTERS

Un militant de l'Etat islamique, dans la ville syrienne de Tabqa, le 24 août 2014. REUTERS

Le 22 septembre, Junud al-khilafa [soldats du califat] enlevait Hervé Gourdel, guide de haute montagne français. Rattaché à l'organisation Etat Islamique depuis moins de deux semaines, ce groupe faisait auparavant partie d'Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). Sa défection, puis l'opération qu'il vient de mener, constituent deux coups durs pour Al-Qaida, et l'affaiblissent encore face à l'Etat Islamique.

Le chef des Junud al-khilafa, Abdelmalek El-Gouri (alias Khaled Abou Souleiman), recherché par les services de sécurité algériens et condamné par contumace en 2012 à la peine capitale, avait justifié sa défection en affirmant qu'Al-Qaida avait «dévié du droit chemin». Il a ensuite prêté allégeance à Abou Bakr Al-Baghdadi, leader de l'organisation Etat Islamique, avant de déclarer à son intention: «Vous avez au Maghreb islamique des hommes qui obéiront à vos ordres». Cette déclaration est intervenue juste après qu'un autre cadre algérien, Abou Abdallah Othmane el-Acimi, avait déjà quitté al-Qaida pour l'autre organisation.

Quelques jours avant l'enlèvement, des documents publiés dans la presse affirmaient que l'Etat Islamique souhaitait s'implanter dans le sud-est algérien, à la frontière avec la Libye. Si d'autres leaders d'AQMI, comme Abdelmalek Droukdel, ont refusé de reconnaitre l'Etat Islamique, les défections au sein de différentes branches d'al-Qaida commencent à inquiéter l'organisation. 

Après avoir désavoué l'Etat Islamique, Al-Qaida a perdu beaucoup d'influence. Depuis cet été, de nombreux cadres et combattants font défection. «Et ce problème deviendra probablement encore plus important alors qu'ISIS [l'organisation de l'Etat Islamique] continue à accumuler les victoires», confiait en août un représentant américain au Washington Post.  Pour Asiem el-Difraoui, politologue et chercheur expert sur la propagande des actions islamistes, c'est le résultat de différents élements qui se complètent et s'additionnent:

«Avec le très peu charismatique al-Zawahiri, al-Qaida est en clandestinité en Afghanistan, au Pakistan. De plus, aujourd'hui, l'Etat Islamique contrôle un territoire contre des ennemis et obtient des succès militaires, tout en étant très actif dans la guerre de propagande. Les recrues, souvent des personnes en situation de faiblesse, vont donc vers le plus fort, l'équipe qui gagne, celle qui fait la plus parler d'elle, c’est classique.» 

 

Aujourd'hui, l'influence de l'organisation Etat Islamique ne fait qu'amplifier les divergences entre les différentes branches d'al-Qaida. Mais pour Asiem el-Difraoui, il est normal qu'il existe des clivages entre différents groupes qui partagent une idéologie: 

«Si on regarde le djihadisme comme une idéologie, on peut le comparer avec d’autres idéologies comme le communisme, où il y avait par exemple de grands conflits entre staliniens, trotskistes, anarcho-communistes, etc.» 

Reste que l'arrivée du nouveau leader Abou Bakr el-Baghdadi fait de l'ombre à Ayman al-Zawahiri. «Al-Qaida et l’Etat Islamique sont en compétition ouverte et cela passe par les médias et par des annonces fracassantes», explique Asiem el-Difraoui. C'est notamment pour cette raison qu'al-Zawahiri a annoncé dans une vidéo diffusée le 3 septembre qu'il allait créer une nouvelle branche de l'organisation terroriste en Asie du Sud. 

Certaines branches d'al-Qaida ont cependant refusé la lutte ouverte. Le 16 septembre, les branches maghrébine (AQMI) et yéménite (AQPA) d’al-Qaida ont appelé les djihadistes en Irak et en Syrie à s’unir contre la coalition hostile au groupe Etat islamique. Ils ont demandé à leur «frères moudjahidines en Irak et au Levant de cesser de s’entretuer et de s’unir contre la campagne de l’Amérique et de sa coalition diabolique qui nous guette tous», avant d'appeler à faire «de votre rejet de la mécréance un facteur d’unité».

Mais le message ne semble pas entendu et les militants déçus continuent à grossir les rangs de l'organisation Etat Islamique, y voyant l'héritier plus puissant d'al-Qaida. Mais l'Algérie n'est qu'un exemple, le phénomène risque également de toucher ses voisins, comme la Libye qui s'enfonce pourtant chaque jour un peu plus dans une crise politique qui pourrait profiter aux groupes islamistes. 

Fanny Arlandis
Fanny Arlandis (271 articles)
Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.
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