Science & santé

«Ma meilleure amie va se marier, j’ai peur que son mari lui fasse mal»

Lucile Bellan, mis à jour le 24.09.2014 à 14 h 03

Voici notre nouveau courrier du coeur et du corps.

Une victime de violence domestique à Caracas le 16 mars 2011.  REUTERS/Jorge Silva

Une victime de violence domestique à Caracas le 16 mars 2011. REUTERS/Jorge Silva

Sur le modèle de notre grand frère américain Slate.com, qui propose chaque semaine dans sa chronique «Dear Prudence» des conseils aux lecteurs sur le sexe, les relations, la vie en général, nous avons décidé de lancer «C'est compliqué», une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous raconterez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répondra. 

Ce type de rubrique, appelé advice column en anglais, est très fréquent aux Etats-Unis. La chronique de Dear Prudence est publiée dans quantité de journaux en plus de Slate.com. L'éditorialiste Dan Savage publie de la même manière, depuis 1991, une chronique reprise dans des dizaines de journaux dans laquelle il donne des conseils amoureux. Sous une autre forme –pas de conseils, seulement le récit amoureux–, le New York Times propose la rubrique Modern Love, dans laquelle des lecteurs racontent leurs histoires. 

Ce type de format est beaucoup moins fréquent dans la presse française, mais nous estimons qu'il nous ressemble, en tant que site français à l'héritage américain. Qu'il raconte notre époque et notre société: comment c'est de tomber amoureux aujourd'hui, de faire l'amour, d'avoir des problèmes de couple, d'amitié, de famille...

La personne qui répondra à ce courrier particulier est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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J’ai peur qu’il lui fasse mal à nouveau

Ma meilleure amie va se marier. Mais ce qui devrait être un moment joyeux et festif pour elle et pour tous ceux qui l’aiment est assombri par une angoisse. C’est un secret qu’elle m’a confié, un soir. Alors qu’elle et celui qui va devenir son mari avaient une violente dispute à propos d’un truc sans importance, il l’a giflée à deux reprises violemment. Ça n’a pas été plus loin et il s’est excusé par la suite mais c’était trop tard et, techniquement il a levé la main sur elle. Elle s’est posé pas mal de questions et j’ai toujours été là pour elle, pour la soutenir quelle que soit sa décision. Au final, c’est cet homme qu’elle épouse dans quelques mois. J’imagine qu’elle lui a pardonné ou qu’elle estime que cela ne se reproduira plus. Mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur pour elle et de craindre que le mariage ne l’enchaîne définitivement avec un homme qui ne sait pas se contrôler. Je suis invitée à ce mariage, mais je ne suis pas sûre d’être aussi heureuse que je le devrais. Et maintenant je n’ose plus lui dire qu’elle fait peut-être une erreur.

Une amie qui doute.

Chère amie qui doute,

Je comprends vos doutes et vos peurs par rapport à cette épineuse situation. C’est compliqué de se réjouir d’une union qui nous semble pouvoir être douloureuse. Votre amie a été violentée par son futur mari dans le cadre d’une dispute. J’ai le regret de vous dire que je suis foncièrement convaincue qu’il est capable de recommencer. La question est: comment faire en sorte qu'il ne recommence pas? Comme l'explique notamment le psychiatre Roland Coutenceau, spécialiste de la violence conjugale, il est possible de remédier à la situation, en fonction du profil du futur mari de votre ami, et de son degré de pathologie. Mais il faut une prise en charge: que lui-même puisse être confronté à sa violence, aux racines de ses névroses, qu'il puisse découvrir s'il est paranoïaque, pervers-narcissique...

Ce que vous pouvez faire pour elle c'est déclencher une conversation où vous allez exprimer vos doutes et lui expliquer ce que je viens de vous énoncer. Peut-être peut-elle en discuter avec son compagnon? Lui suggérer de consulter un spécialiste? Peut-être qu’il serait bon de l’orienter elle aussi vers un thérapeute pour parler de la façon dont elle a vécu l’agression. Quoi qu'il en soit, si vous lui confiez gentiment vos inquiétudes, il sera plus facile pour elle de les entendre aujourd'hui que quand elle sera installée dans son couple depuis des années, voire qu'ils auront eu des enfants, et qu'elle refusera éventuellement de voir qu'elle a passé des années avec un homme violent, et préfèrera poursuivre son erreur plutôt que de se l'avouer, un peu à la manière de l'héroïne du dernier roman d'Eric Reinhardt, L'Amour et les forêts.

La suite regarde son couple. En tant qu’amie, vous devez lui faire confiance. Et le jour de son mariage, s’il a bien lieu, soyez heureuse avec elle. N’oubliez pas d’être toujours présente pour elle, sans jugement. Vous serez alors la première personne à qui elle se confiera en cas de problème. Et à ce moment précis, vous pourrez toujours chercher ensemble les coordonnées d’un bon avocat. 

***

Je suis hétéro et amoureuse de ma meilleure amie

Je suis toujours sortie avec des garçons. La question de ma sexualité ne s’est jamais posée, c’est une simple évidence, je suis hétérosexuelle. Et pourtant, je doute depuis quelques semaines. J’ai passé beaucoup de temps avec ma meilleure amie pour l’aider à supporter au mieux une rupture douloureuse. Et j’ai commencé à remarquer de petits détails comme la chaleur de sa peau, une mèche de ses cheveux que j’ai envie de repasser derrière son oreille. J’ai eu envie de l’embrasser, aussi, tellement de fois. Je crois que je suis tombée amoureuse d’elle sans trop savoir pourquoi et que cet amour n’est pas platonique du tout. Je me demande donc quoi faire et ce que ça veut dire sur moi. Est-ce que je suis lesbienne, finalement?

Bad Best Friend

Chère Bad Best Friend,

Vous n’êtes pas une mauvaise meilleure amie puisque vous êtes présente pour elle alors qu’elle a besoin de vous. Les sentiments que vous semblez avoir nourris sont basés sur le respect et la confiance que vous avez pour elle. Vous n’êtes pas responsable de cette évolution de sentiments. Par contre, vous devriez lui en parler. Vous pourriez être surprise par la réciprocité des sentiments ou par l’opportunité de mettre en pratique vos fantasmes, au moins une fois. Vous n’avez pas à avoir peur d’être «devenue» lesbienne après des années de pratiques hétérosexuelles satisfaisantes. Vous êtes juste adaptable et plus sensible aux personnes qu’à leurs sexes. Peut-être êtes-vous bisexuelle. Être amoureuse d'une femme ne veut pas dire que vos amours passées avec des hommes étaient des mensonges et que vous êtes lesbienne. Vous êtes manifestement capables des deux. Vous n’avez pas à en avoir honte. 

Vos relations avec votre meilleure amie vont certainement encore changer mais il vaut toujours mieux tenter sa chance que de supporter des années de relation déséquilibrée et toxique. Vous aurez peut-être mal. Ou peut-être pas. Sachez qu’en tout cas votre désir n’est pas sale et que votre amie devrait au moins en être flattée. Et si vous ne savez pas comment amener le sujet sur la table, proposez lui une soirée cinéma avec les films When night is falling (de Patricia Rozema), Imagine me and you (d’Ol Parker) ou encore Fucking Amal (Lukas Moodysson), il n’est pas impossible que ça lui donne des idées… 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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