Les 20 questions auxquelles Sarkozy n'a pas répondu

Nicolas Sarkozy, le 21 septembre 2014 sur le plateau de France 2. AFP PHOTO /FRANCE 2

Nicolas Sarkozy, le 21 septembre 2014 sur le plateau de France 2. AFP PHOTO /FRANCE 2

Avec un orateur du talent de Nicolas Sarkozy, il ne faut pas s'attarder que sur les réponses, il faut aussi regarder toutes les questions auxquelles il ne répond pas. Entre deux humiliations de Laurent Delahousse.

A défaut de dérouler un programme qui semble encore bien flou, Nicolas Sarkozy a fait dimanche 21 septembre une promesse solennelle devant Laurent Delahousse:

«Je vais répondre à toutes vos questions.»


 

Cette première promesse de la campagne a été immédiatement trahie.

J’ai fait le décompte: sur les 45 questions (ou relances) posées par Laurent Delahousse, Nicolas Sarkozy n'a répondu qu'à 25 questions. Ce qui laissent 20 questions sans réponse.

Ayant balayé par avance la question d’un éventuel Alzheimer précoce («Est-ce que vous me prêtez deux neurones dans ma tête?»), l’ancien Président était donc conscient de ce qu’il faisait. Voici, dans l’ordre, les 20 questions laissées sans réponse par Nicolas Sarkozy.

Quelles erreurs avez-vous fait [pendant votre quinquennat]?

Vous vous êtes posé la question de savoir si les Français avaient envie de vous voir au coeur de la vie politique?

Est-ce que les Français vous attendent? Ils ont des doutes. Vous regardez les sondages?

• Peut-être les Français ne croient-ils plus en vous?

Vous ne vous incorporez pas dans cette colère des Français?

• Est-ce que vous pensez que d'autres affaires vont sortir dans les prochains mois?

Quand vous écrivez "un spectacle désespérant" [dans votre post sur Facebook], vous parlez du bilan de François Hollande?

Est-ce que vous assumez une part de responsabilité [quant à l'état du pays]? Est-ce que vous avez obtenu les résultats que vous souhaitiez?

[Vous évoquez un demi-million de chômeurs en plus sous le mandat de François Hollande] A la fin de votre quinquennat, il y avait 750.000 chômeurs de plus...

Votre politique aujourd'hui serait-elle vraiment différente de celle de Manuel Valls? N'a-t-il pas fait un pas vers une forme de social-libéralisme qui vous convient aussi peut-être?

Vous me parlez de violence, de colère. Concrètement, vous craignez quoi? On est dans un climat pré-insurrectionnel aujourd'hui?

Ce qui pourrait conduire à quoi? La France est dans un climat aujourd'hui qui pourrait basculer dans la violence?

Si vous êtes là aujourd'hui, c'est que peut-être dans les mois qui viennent, l'idée de devenir un jour à nouveau candidat à la présidentielle est en vous?

Ce n'est pas un leader Alain Juppé? Il ne pourrait pas incarner l'UMP?

Vous vous êtes parlé entre hommes avec Jean-François Copé?

Vous pouvez rassurer Alain Juppé, il y aura des primaires?

Est-ce que Marine Le Pen serait aux portes du pouvoir? Est-ce qu'elle représente un danger pour la France?

Sur quelle ligne [faites-vous votre retour]? Le sarkozysme d'aujourd'hui, c'est celui de 2007 ou de 2012? C'est un temps révolu la période Patrick Buisson?

Vous pensez que les Français sont convaincus par vos propos?

Est-ce que si un jour vous revenez au pouvoir, vous reviendrez sur le mariage pour tous?

36 mois, ça va être long?

Sarkozy refuse de participer à «Un jour, un destin»

Dès le début de l’interview, en refusant obstinément de répondre aux questions, Nicolas Sarkozy a perturbé le Un jour, un destin psychologisant que lui proposait Laurent Delahousse, axé autour de la blessure de 2012 et des Français qui l’auraient lâché.

Les «Est-ce que les Français vous attendent?», «Les Français ne croient-ils plus en vous?» et «Vous ne vous incorporez pas dans cette colère des Français?» sont restés lettre morte, et ce, malgré les bras croisés et le regard pénétrant du journaliste de France 2.

Laurent Delahousse revenant à des sujets plus politiques, Nicolas Sarkozy ne répondra pas davantage à des questions essentielles que posent son retour: sa politique économique sera-t-elle différente de celle de Manuel Valls? Va-t-il tourner le dos à la ligne Buisson? Y aura-t-il bien des primaires à droite? Abrogera-t-il le mariage pour tous s’il revient au pouvoir?

Aussi à l'aise que sur Facebook

Avec un peu d’habileté rhétoricienne, un plateau de télévision finit par ressembler à un post Facebook. Nicolas Sarkozy esquive une question sur deux, et continue tranquillement son discours, à peine perturbé par le «troll» Laurent Delahousse. La contradiction n’apparaît que si on la souligne.

Comme sur Facebook, on peut parfaitement ignorer les trolls, mais c’est toujours plus marrant de les humilier. Nicolas Sarkozy s’est bien amusé avec Laurent Delahousse, préférant disserter sur les qualités journalistiques de son interlocuteur plutôt que sur son bilan.

Par deux fois, pour ne pas répondre, l’ancien Président a reproché à Laurent Delahousse la longueur de sa question (technique dite du «tl;dr» pour les initiés):

«Il y a au moins 5 questions dans votre question. Choisissez en une, j'y répondrais bien volontiers.» (Il y avait en fait 2 questions)

«Encore 5 questions dans une, mais bon...» (Il y avait cette fois-ci 3 questions)

Je ne suis pas votre élève et vous n'êtes pas mon professeur, M. Delahousse

Nicolas Sarkozy a également reproché à Laurent Delahousse de poser des questions fermées, quand il lui a demandé si, oui ou non, il reviendrait sur le mariage pour tous:

«Alors vous me dites comme ça "il faut répondre oui ou non"? On est à l'école?»

Il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy n’est pas illégitime pour juger une interview, lui qui pose sans cesse des questions aux journalistes, comme sur France Inter, lors de la campagne présidentielle en 2012:

«Est-ce que OUI OU NON j'ai toujours défendu le rôle de la BCE pour soutenir la croissance, y compris dans la crise de l'euro? Bernard Guetta, vous êtes un homme honnête, est-ce que ça a été une position constante de la France, OUI OU NON?»

Autre technique bien connue pour désamorçer le troll: remettre en cause une partie de sa question. Quand Laurent Delahousse lui demande s’il a eu une discussion «entre hommes avec Jean-François Copé», Nicolas Sarkozy se montre outré par le machisme de son interlocuteur:

«Mais qu'est ce que ça veut dire "entre hommes?”, cette virilité entre hommes?»

Ça fait beaucoup marrer Laurent Delahousse, même s'il n’obtient pas sa réponse.

Sauvé par Juppé et Fillon

Technique plus subtile: s’arrêter sur un nom cité dans le préambule d’une question pour dire tout le bien qu'il pense de cette personne, en oubliant au passage de répondre à la question.

Nicolas Sarkozy l'utilise une première fois avec Bernadette Chirac. Puis le tente, avec encore plus de mauvaise foi, avec ses deux principaux rivaux. A la question de Laurent Delahousse:

«Vous n’allez pas revenir pour adouber les primaires et donner la possibilité à Alain Juppé ou à François Fillon d’être candidat. Si vous êtes là aujourd'hui, c'est que peut-être dans les mois qui viennent, l'idée de devenir un jour à nouveau candidat à la présidentielle est en vous?»

Nicolas Sarkozy répond:

«D’abord vous citez deux noms: Alain Juppé et François Fillon. Alain Juppé, je l’ai connu quand j’avais 20 ans. C’est un partenaire, c’est un ami, c’est un compagnon.»

Stratagème réussi: Delahousse en oublie sa question et relance sur Alain Juppé. Pas de chance: Nicolas Sarkozy ne veut pas répondre non plus à la question sur la candidature du maire de Bordeaux. Alors il enchaîne tranquillement:

«Quant à François Fillon, il a été Premier ministre pendant 5 ans, nous avons travaillé ensemble 5 ans. On a travaillé sans aucun nuage.»

Du grand art. Nicolas Sarkozy a décidément plus de deux neurones dans la tête.

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