Monde

Un parti d'extrême droite britannique détourne la photo d'une Afghane pour militer contre la burqa

Repéré par Fanny Arlandis, mis à jour le 22.09.2014 à 14 h 34

Repéré sur The Independent, The Guardian, The Guardian

Capture d'écran du post Facebook du Britain First utilisant la photographie de Lana Slezic.

Capture d'écran du post Facebook du Britain First utilisant la photographie de Lana Slezic.

Le Britain First, parti d'extrême droite britannique, est en campagne contre la burqa. Pour mener à bien son combat, il a publié sur Facebook une image montrant une Afghane en burqa tenant devant elle un pistolet. A gauche de l'image, on peut lire «Niveau d'attaque de la terreur: élevé –une attaque est hautement probable. Pour des raisons de sécurité, il est maintenant temps de bannir la burqa». Cette image, utilisée sans consentement de son auteur, a été relayée des dizaines de milliers de fois par des internautes, mais aussi par la sénatrice australienne Jacqui Lambie. 

Mais au-delà du message infecte accolé à l'image, son utilisation dans ce contexte est éminemment problématique. Ce cliché a été pris par la photographe canadienne d’origine croate Lana Slezic en 2005. La femme sur la photographie, Malalai Kakar, fut la première policière de Kandahar après le renversement du régime taliban en 2001. Elle s'était battue pour les droits des femmes et contre l'extrémisme et le terrorisme, rappelle The Independent. Elle a été assassinée par les talibans en 2008. 

«Elle est morte devant son fils, tuée devant sa maison sur la route de son travail, a expliqué Lana Slezic à Associated Press. Tout ce contre quoi elle s'élévait, tout ce pourquoi elle a combattu, pour elle, pour sa famille, pour ses filles et pour le futur de son pays a été discrédité par l'utilisation que Jacqui Lambie et le Britain First ont eu de cette photographie.»

Lana Slezic a demandé à ce que l'image soit retirée et le contexte expliqué. Jacqui Lambie a pour sa part dénoncé une «grossière réaction disproportionnée»

En 2013, Slate avait demandé à 9 femmes photojournalistes de choisir la photographie qui symbolisait leur carrière et de raconter son histoire. Lana Slezic avait précisément choisi cette photographie, prise dans le bureau de Malalai Kakar, en Afghanistan. Sur une période de deux ans, la photojournaliste avait documenté la vie de cette femme.

«J’ai eu le privilège de faire connaissance avec sa famille et de rester à son domicile,  y compris au petit matin du jour où elle a organisé le rassemblement pour de nombreuses femmes de la ville, racontait-elle en 2013. C’était la première fois que je voyais des femmes afghanes s’amuser vraiment, dans l’intimité d’une cour fermée. Elles ont chanté, dansé, dîné ensemble. Il y avait un sentiment magnifique d’unité et de force cette nuit-là. Mais j’ai toujours eu peur pour la vie de Malalai. Elle recevait constamment des menaces de mort à cause du travail qu’elle faisait: aider les femmes à Kandahar et accomplir les devoirs d’une profession traditionnellement masculine.»

Malalai était toujours armée sous sa burka. «Elle était exceptionnelle dans son travail, elle n’a jamais faibli. Elle était puissante et unique», racontait la photographe. En septembre 2008, Lana Slezic apprend que Malalai a été assassinée par les talibans devant sa maison.

«Je me suis effondrée. J’ai pleuré comme si quelqu’un avait tué un membre de ma famille. Sa photographie est suspendue au-dessus de mon bureau, comme un rappel constant de ce qu’elle était et ce qu’elle représentait. Sa force et sa résilience me donne de l’espoir dans un monde qui ne pourrait que bénéficier avoir davantage de femmes comme elle.»

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