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Le Whisky Live, la Fashion Week du malt

Christine Lambert, mis à jour le 20.09.2014 à 14 h 19

Les 27 et 28 septembre, les plus belles collections du whisky défilent à Paris et se laissent déguster dans cet évènement dont Slate.fr est partenaire. Petit guide des nouveautés et avant-premières à aller courtiser d’urgence.

Le Whisky Live 2013 (DR).

Le Whisky Live 2013 (DR).

Laissons tomber les chiffres, les 950 références proposées à la dégustation, les 71 stands de whisky, les 41 masterclasses, les 5.500 visiteurs de l’an passé, etc. Laissons tomber les chiffres dont on se fiche et que vous lirez partout. Car si la foule se presse, plus nombreuse chaque année, au Whisky Live Paris, ce n’est pas pour y dégommer des records de foire mais pour vivre une expérience unique et sophistiquée de dégustations, pour retrouver les racines du whisky et y entrevoir son avenir.

Le Whisky Live Paris –dont Slate.fr est partenaire cette année encore–, c’est la Fashion Week des amateurs de malt. Un défilé haute couture où les plus belles bouteilles d’Ecosse et d’ailleurs remplacent les top models ukrainiennes anorexiques sur les catwalks. On y apprécie aussi bien l’imprimé tartan que le minimalisme fluide japonais, l’avant-garde des micro-distilleries que le luxe Chanel du négoce, le prêt-à-porter chic que le vintage bobo. Et on vient y découvrir la mode de demain.


«Trois tendances se dessinent clairement, récapitule Thierry Benitah, l’homme derrière le Whisky Live et La Maison du Whisky. D’abord, les jeunes whiskies sans compte d’âge, qui s’imposent massivement. Le phénomène touche surtout les grandes marques, pas le négoce. 2014 est une année de transition. Il reste encore des bouteilles qui affichent leur âge, mais… Ensuite, le phénomène des micro-distilleries, la mode du craft, qui balaie tout, notamment aux Etats-Unis, et renouvelle la curiosité. Enfin, l’engouement pour les raretés, pour les bouteilles exceptionnelles et pour les flacons compris entre 80 et 150 euros. Ceux-là disparaissent à peine mis en vente, et il faut se battre pour les avoir en boutique tant les allocations sont serrées.»

Cette année, le Salon se recentre sur son âme, sa vocation première: la dégustation. Autrement dit, les spiritueux vieillis, au premier rang desquels le whisky et, dans une moindre mesure, le rhum, le cognac, l’armagnac, le calvados. Les alcools blancs (gin, vodka, tequila, mezcal…), qui s’apprécient plutôt en cocktails, ont été excentrés dans divers lieux parisiens sur le circuit off Spirit in the City.

Prêt à prendre place sur le front row? Les conseils distillés l’année dernière pour survivre au Whisky Live sans flancher sont révisables ici et les bonnes raisons de ne surtout pas rater l’événement sont là –mais ça, en principe, vous n’en avez plus besoin. Que le show commence.

1.La haute couture écossaise

L’imprimé tartan est plus que jamais tendance, avec une multitude de nouvelles bouteilles à admirer (façon de parler, on ne se contentera pas de les regarder). En vedette cette année, Craigellachie, le bad boy du Speyside. Peu d’entre vous ont eu l’occasion de le goûter, et pour cause: ses embouteillages sont rares. Mais Bacardi sort enfin de l’ombre –et en grande pompe– cette distillerie cachée en présentant quatre nouveaux single malts, tous présents sur le stand. Foncez sur le sulfureux 13 ans.

Deux distilleries des îles font leur retour sur les podiums de la Mutualité: Highland Park la divine, avec un malt des Orcades marqué par les fûts de sherry, le très attendu Dark Origins, qui défile en costume noir. Et la turbulente Bruichladdich, qui fera déguster en avant-première son Port Charlotte Islay Barley. Si vous êtes sage et très, très gentil avec Donald MacKenzie (en kilt et polo de la distillerie: impossible de vous tromper, passez-lui le bonjour), vous pourrez peut-être le convaincre de sortir de derrière les fagots l’Octomore Islay Barley 6.3 qui arrive (au goutte à goutte) en novembre. Gardez cette requête pour la fin du Salon, et apprêtez-vous à cracher de la fumée comme un poêle à tourbe pendant trois jours.

Glenfiddich dévoile son nouveau Excellence 26 ans –un top model en robe dorée et manteau pourpre, exclusivement vieilli en fûts de bourbon, et qui porte bien son nom. Toujours chez William Grant, venez découvrir les whiskies de grain de Girvan, l’occasion se présente suffisamment rarement pour être appréciée (nous avons évoqué cette tendance ici).

Arran relance son 10 ans, et présente plusieurs créations: un Bere Barley (une orge rustique et ancienne qui séduit les défricheurs), un Machrie Moor (l’expression tourbée d’Arran) brut de fût et une série limitée, le Devil’s Punchbowl. Et Diageo lève un coin de nappe sur le premier volume liquide (sur quatre) de son John Walker Private Collection, un blend de luxe légèrement tourbé en série limitée.

2.Le raffinement japonais

Nikka fête cette année ses 80 ans avec une débauche de créations inédites: deux nouveaux Taketsuru 21 ans (un madeira finish et un non chill filtered), quatre single casks (un Yoichi 1991 Heavily Peated, un Coffey Grain 1999, un Coffey Malt 2003 et un Miyagikyo 1996 Lightly Peated), un blend de 12 ans dans une chouette petite bouteille (attendu en 2015) et le Nikka From the Barrel dans son énorme bouteille de 3 litres. Bien que ce ne soit pas du whisky, citons le Rita 30 ans, un apple brandy (un calva, quoi) en série limitée. Et enfin, le clou de la collection, The Nikka Blend 40 ans, intégrant notamment un fût du plus vieux Yoichi, datant de 1945. Sous vos applaudissements.

3.Les créateurs du «Nouveau Monde»

Sur les podiums de l’espace Nouveau Monde – selon l’improbable géographie du whisky–, honneur à Armorik, qui dévoile la troisième édition de son 12 ans Millésime 2002, un single cask brut de fût (sherry oloroso) qui souffle à 55,7%. Mais chez les Bretons, on encapsule davantage que du whisky: on glisse aussi son palpitant dans les bouteilles. Goûtez donc l’édition limitée Maître de chai (1.000 bouteilles), son coup de cœur, qui a siesté deux ans en fûts de bourbon avant d’en passer quatre de plus en fûts de sherry oloroso de premier remplissage.

Le Taïwanais Kavalan fait le voyage avec un whisky légèrement tourbé… sans tourbe –il s’est posé dans des fûts ayant contenu, eux, de l’eau de vie tourbée. L’Indien Amrut se pavane en tutu avec les plumes arrachées aux ailes des anges voraces qui survolent ses fûts en escadrille pour présenter son nouveau Greedy Angels de 10 ans d’âge. Le précédent, 8 ans seulement, avait vu 76% de ses barriques s’évaporer sous la fournaise de Bangalore –rappelez-vous, c’est avec ce drôle de flacon que Slate inaugurait cette rubrique. Au bout de dix ans, m’étonnerait pas qu’on l’ait embouteillé à la cuillère à café en raclant les douelles.

Un saut vite fait dans le Pacifique, où la distillerie de Tasmanie Hellyers Road apporte son premier single malt de 12 ans, le plus vieux whisky australien, donc, ainsi qu’un finish Port Pipe. En Nouvelle-Zélande, les stocks de la distillerie disparue Willowbank commencent à s’assécher, et le 25 ans nous parvient en flacons de 50 cl pour faire durer le plaisir.

4.Les agitateurs des micro-distilleries

2014 marque le triomphe des micro-distilleries, phénomène qui secoue les catwalks mieux qu’un DJ trépané penché sur ses platines. «Il s’en crée une toutes les cinq minutes. A ce rythme, l’année prochaine, on organisera le Salon autour d’elles seules!», plaisante Thierry Benitah.

En mode hobo chic, 1512 Spirits (Sonoma) apporte son rye californien, Dad’s Hat son rye pennsylvanien, New York Distillering vient en… gin (le whisky a failli être prêt à temps!)… En mode éthique cool, les eaux de vie alpines du Domaine des Hautes-Glaces. En mode western farmer, signalons Ransom, une très sérieuse boutique de l’Oregon qui, depuis quelques annéesn fabrique whiskies et bourbons (des vrais, qui ont vieilli suffisamment et ont le droit de le proclamer sur l’étiquette de la bouteille…), mais aussi alcools blancs…

5.Le sur-mesure des négociants

Tous les petits négociants, les derniers détenteurs de pépites, ont soigné leur apparition. The Whisky Agency (Allemagne), The Nectar (Belgique), Wilson & Morgan, Silver Seal et Samaroli (Italie), Mitchers (USA, pour les bourbon & rye geeks), The Whisky Exchange et Master of Malt (Grande-Bretagne), ce dernier concoctant les superbes «LOL whiskies» The Boutique-y Whisky Company dont nous vous avons parlé ici.

Le blender Compass Box apporte 3 nouveautés dans sa musette: le Great King Street Glasgow, un blend des deux précédents GKS sortis il y a tout juste un an (plus besoin de choisir); la deuxième version de Juveniles, plus de dix ans après la première; et The Lost Blend, la dernière série limitée, assemblage de deux Highlands et d’un Islay. Savourez l’instant, vous êtes au cœur du cousu main, du sur mesure, du malt taillé et assemblé à petits points soigneux pour ne produire que des pièces uniques.

6.Le luxe feutré griffé VIP

Le Whisky Live ne serait pas cette fashion week exceptionnelle sans son carré VIP, accessible avec le pass ad hoc. Les amateurs s’y pressent pour déguster des flacons rares et des embouteillages d’exception. Parmi la cinquantaine de top models alignés, citons un GlenGrant 1955 sherry cask, deux Chichibu single cask, des Yoichi single casks également. Beaucoup d’Islay: Laphroaig 1997, Caol Ila 1983, Port Askaig 15 ans, plusieurs Bunna, la série des Elements of Islay…

Et deux Karuizawa. La mythique distillerie japonaise disparue ne sera bientôt plus qu’un souvenir sur les lèvres de ceux qui auront eu la chance de lui donner un baiser. Il ne reste plus que deux ou trois fûts à embouteiller – le dernier fera l’objet un événement spécial au Whisky Live… 2015.

7.Le défilé des rock stars du malt

Allez échanger avec David Stewart, l’immense maître de chai de Balvenie, plus de 50 ans de carrière –si vous parvenez à passer outre son accent écossais roulé sous une voix timide. Discutez avec Tadashi Sakuma, le master blender de Nikka, qui parle très bien anglais. Avec Stephen Marshall, le punk azimuté qui règne sur les whiskies Dewar et à qui l’on doit les tout nouveaux Craigellachie. Avec le gentlemen Charles MacLean, indispensable historien écrivain du malt. Avec Luca Gargano, l’Indiana Jones du rhum. Avec l’hérétique Dave Broom, la plus belle plume du whisky. Et n’oubliez pas d’aller féliciter maître Serge Valentin pour sa 10.000e dégustation!

8.Les pièces uniques et la mode vintage

Si le Whisky Live griffé «Paris» est unique au monde, c’est en raison de ces détails soignés, de cette touche de sophistication couture qui magnifient les spiritueux et en premier lieu du whisky. Ici, on ne se contente pas de poser les bouteilles sur un stand: le visiteur se voit offrir bien plus, tel un invité de marque (un invité qui aurait payé sa place, ne nous égarons pas…).

La richesse des masterclasses-dégustations (payantes) et des intervenants le prouve cette année encore (programme et inscriptions sur le site). On visitera l’espace du négociant Berry Bros ou le Taketsuru Bar. On picorera sur les stands food & spirits. On musardera dans le Cabinet des curiosités pour découvrir piscos, umeshus, bitters, vermouths… tous ces ingrédients qui font vivre les cocktails mais dont on se demande toujours: qu’est-ce que c’est que ce truc?

Et, au terme d’une liste de stops non exhaustive, on finira au bar des collectors, qui proposera une cinquantaine de whiskies et une quarantaine de rhums rares moyennant 5 à 30 euros le verre –autrement dit, à prix coûtant. L’occasion unique pour les super connaisseurs et les malt geeks de tendre leurs lèvres à un Ardbeg 30 ans 1967 dark oloroso, un Black Bowmore 30 ans 1964, un Talisker 1955 Gordon & Macphail, un Hanyu Joker Monochrome… Nom. De. Dieu.

Et puis, il sera l’heure de se quitter, le week-end aura filé comme de l’orge sur les doigts, et, dans un soupir, on s’apprêtera à patienter encore 364 jours avant le prochain Whisky Live Paris. Pffff…

Whisky Live Paris

27 et 28 septembre de 13h30 (12h30 pour les Pass VIP) à 19h30. Maison de la Mutualité, 24, rue Saint-Victor, 75005 Paris.

Pass Découverte : 50€ la journée, 85€ le week-end. Pass VIP : 90€ la journée, 150€ le week-end.

Renseignements, programme, réservations masterclasses, achat de billets : whiskylive.fr

La journée de samedi affiche complet sur le site mais – entre nous – si vous vous pointez le jour J à la billetterie sur place, on vous laissera entrer sans problème !

 

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Christine Lambert
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