Double XParents & enfants

Il est plus facile d'allaiter publiquement en Turquie qu'en France

Repéré par Nadia Daam, mis à jour le 26.09.2014 à 12 h 48

Repéré sur Wall Street journal, Lansinoh

Une étude qui analyse la perception de l'allaitement en fonction des pays soulève beaucoup d'interrogations.

Lors d'une compétition d'allaitement à Lima le 20 août 2014. REUTERS/Enrique Castro-Mendivil

Lors d'une compétition d'allaitement à Lima le 20 août 2014. REUTERS/Enrique Castro-Mendivil

C'est probablement l'une des thématiques liée à la parentalité la plus clivante. L'allaitement, qu'il soit de courte ou longue durée, en public ou dans l'intimité, choisi ou imposé, soulève à chaque fois des polémiques qui ne facilitent en rien la vie des mères et leur liberté de choix.

Même si la France est l'un des pays européens où les femmes allaitent le moins, on constate toutefois une nette progession de l'allaitement: de 30 % dans les années 70, il était à 50 % au milieu des années 90 et culmine maintenant à 62 %.

Cette évolution peut s'expliquer de différentes manières. Le retour au naturalisme et la tendance du maternage proximal jouent très probablement un rôle par effet de mimétisme. Peut-être aussi que les femmes se sentent mieux informées, mieux accompagnées dans cette démarche (il existe aujourd'hui de nombreux sites internet dédiés, sortes de hotline de l'accompagnement). Ce chiffre en hausse peut aussi s'expliquer par un diktat de l'allaitement maternel persistant et qui prend les formes que Slate avait développées ici.

Les mères qui font le choix de ne pas allaiter et qui, de fait, refusent de se plier aux injonctions émanant tout à la fois de la publicité, du corps médical ou de la voisine de palier sont souvent mal jugées, taxées d'égoisme ou de paresse. Ce qui signifie que, quel que soit le choix fait par une mère (allaiter ou non), elle sera systématiquement jugée.

Et c'est un paradoxe assez incompréhensible. L'allaitement au sein est beaucoup (et même trop) présenté comme la seule manière possible de nourrir son enfant: et les mères qui allaitent en public ou sur une durée jugée trop longue sont elles aussi pointées du doigt. Il y aurait donc dans l'imaginaire collectif une bonne et une mauvaise manière d'allaiter.  Et gare à toi si tu ne rentres pas dans les bonnes cases.

Cette ambivalence n'est évidemment pas une spécificité française. Aux Etats-Unis, des campagnes choc (ce qui, bien souvent, signifie «culpabilisantes») sont menées pour inciter les femmes à donner le sein.

Comme ça:

ou ça: 

Pourtant, quand une jeune femme poste sur les réseaux sociaux une photo d'elle en train d'allaiter son bébé, elle se fait littéralement insulter. On connait aussi la lutte qu'il a fallu mener pour que les femmes puissent poster sur Facebook des photos de leur allaitement.

Les mères allaitantes de bien des pays sont donc elles aussi victimes d'injonctions contradictoires. Mais une étude commandée par une marque de produits pour allaitement (crème cicatrisante etc) révèle que la France est bien l'un des pays ou le regard porté sur l'allaitement est le plus ambivalent.

Des femmes de 18-40 ans, enceintes, ou déjà mères d'un enfant de moins de deux ans, ont été interrogées sur la manière dont elles perçoivent l'allaitement et certains de ces aspects. Soit 13.169 participantes de différents pays: Brésil, Chine, France, Allemagne, Hongrie, Mexique, Turquie, Grande-Bretagne, Etats-Unis. Les résultats in extenso sont disponibles ici mais un blog de Wall Street journal a compilé certaines données.

On apprend ainsi que sur la question de l'allaitement en public, aux Etats-Unis, elles sont  57% à trouver cela naturel et 18% à estimer que c'est embarrassant. Seul 3% des femmes trouvent que c'est mal.

Les résultats du Mexique, du Brésil et de l'Allemagne sont relativement équivalents. A chaque fois, une majorité de femmes estime qu'il est normal d'allaiter en public.

Mais la France obtient un résultat radicalement différent: 41% des Françaises trouvent cela embarrassant et seulement 34% estiment que c'est normal. Quant à celles qui rejettent totalement cette pratique, elles sont tout de même 9%. Seule la Chine obtient des résultats assez proches: 47% des femmes trouvent que donner le sein en public est embarrassant et seulement 19% trouvent cela naturel.

Il faut rappeler qu'en Chine, seules 30% des femmes allaitent (contre 70% en moyenne dans les pays développées). Les scandales du lait frelaté n'ont pas ou peu entamé ces statistiques. Ce résultat s'explique aussi par le fait qu'en Chine, la nudité reste un tabou. Le naturisme y est interdit par la loi, Dans la majorité des entreprises, les salariées doivent impérativement se couvrir les épaules. Bien sûr, quand on allaite son bébé en public on ne dévoile quasiment rien de son coprs et de sa poitrine, mais on comprend tout de même comment cela peut-être jugé inconvenant.

Plus étonnant, l'étude révèle qu'à l'inverse la Turquie semble davantage ouverte à l'allaitement en public que la France.

17% des femmes trouvent cela embarrassant, et 20% trouvent que c'est mal. Mais elles sont tout de même 38% à estimer qu'il s'agit d'une pratique parfaitement naturelle. Des résultats complexes qui là aussi s'expliquent par les spécificités du pays. Le corps de la femme y est aussi tabou et on lui ordonne d'être «décente» quand elle est en public. On se souvient du vice-premier ministre qui voulait forcer les femmes à «garder une droiture morale en leur interdisant de rire en public. Pourtant, il faut préciser aussi que 95% des bébés turcs sont allaités au sein.  Si les mères interrogées sont si nombreuses à ne pas être gênées par l'allaitement en public, c'est probablement parce le corps de la mère allaitante n'y est pas sexualisé comme cela peut-être le cas en France.

Une bonne nouvelle pour la France

L'enquête a bien sûr posé d'autres questions aux femmes mais on ne trouve pas dans ces réponses de différences aussi flagrantes que pour l'allaitement en public. Seul un autre item montre une France qui se distingue à nouveau, mais cette fois, il s'agit d'une bonne nouvelle.

Quand on a demandé à ces femmes si «l'allaitement maternel était le meilleur moyen de nourrir un bébé», elles ont toutes majoritairement répondu «oui» (93% aux Etats-Unis, 98% au Mexique, 95% en Allemagne). Les françaises sont celles qui sont le moins affirmatives sur la question: elles ne sont «que» 81%.

Cette tendance se confirme avec le résultat d'une autre question posée aux mères et futures mères. Quand on leur demande si elles se sentiraient coupables de ne pas allaiter, les Françaises ne sont que 58% a répondre par l'affirmative quand, dans les autres pays (en dehors de l'allemagne) les femmes répondent majoritairement que c'est une décision qu'elles auraient du mal à assumer. 

Et s'il s'agit d'une bonne nouvelle, c'est parce que cela signifie que les Françaises plus que les autres ont une vision moins tranchée: elles sont plus nombreuses à estimer qu'il n'y a pas de bonne manière de nourrir son enfant, l'essentiel étant de subvenir à ses besoins. 

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