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Grand Prix de Singapour: Nico Rosberg et Lewis Hamilton prêts à jouer la nuit des longs couteaux

Yannick Cochennec, mis à jour le 20.09.2014 à 12 h 10

La Formule 1 connaît l’un de ses petits drames habituels: deux pilotes d’une même équipe se battent pour le titre de champion du monde dans une lutte désormais sans merci.

Nico Rosberg et Lewis Hamilton, le 23 août 2014. REUTERS/Yves Herman.

Nico Rosberg et Lewis Hamilton, le 23 août 2014. REUTERS/Yves Herman.

Dans l’histoire tumultueuse de la Formule 1, le récent Grand Prix de Belgique nous a rappelé à quel point ce sport, parfois terrifiant d’ennui, pouvait brutalement se réveiller à la faveur d’une polémique dont il a le secret et qui lui permet de redevenir aussitôt un objet captivant d’attention.

Sur le circuit de Spa-Francorchamps, en éperonnant son coéquipier Lewis Hamilton dès le deuxième tour, Nico Rosberg a craqué l’allumette qui a fait exploser le paddock ou au moins la zone de stands dédiée à l’équipe Mercedes qui emploie les deux pilotes. «Rosberg l’a fait exprès», a déclaré, ulcéré, Hamilton qui n’avait déjà pas digéré que Rosberg lui coupe volontairement la route lors des qualifications du Grand Prix de Monaco, en mai.

D’une rivalité policée entre deux champions concurrents pour le titre mondial, nous sommes passés brutalement à une guerre sans merci que plus rien n’arrêtera jusqu’au terme de la saison.

L’Allemand Rosberg et le Britannique Hamilton, en retard de 22 points au championnat du monde sur son «ennemi», ne se feront plus aucun cadeau malgré les admonestations de Toto Wolff, le patron de l’écurie Mercedes, qui a tenté de les ramener à la raison. Trop tard. «En Belgique, j’ai été plus que surpris car ce n’est pas cela que j’attendais de mes deux coureurs», a-t-il avoué à la BBC en craignant qu’un troisième pilote venu d’une écurie différente, l’Australien Daniel Ricciardo de Red Bull, ne finisse par mettre tout le monde d’accord à l’issue du championnat qui s’achèvera le 23 novembre au Grand Prix d’Abu Dhabi.

Le Grand Prix de Singapour, qui se court ce dimanche 21 septembre, est la scène propice à de nouvelles escarmouches. En effet, il s’agit probablement du Grand Prix le plus éprouvant de la saison pour quatre raisons.

• Il est le plus long de l’année et atteint la limite des deux heures de course.

• Il se dispute sur un tracé urbain tortueux comme Monaco et exige un maximum de concentration.

• Il est lié à des conditions météorologiques difficiles en raison de la très chaude humidité locale qui étouffe les pilotes (30 degrés pour 70% d’humidité).

• Et il a lieu de nuit, à la lumière des projecteurs, au pied des immeubles spectaculaires de l’endroit (c’est le seul Grand Prix nocturne avec celui de Bahrein et celui d’Abu Dhabi qui est, lui, organisé entre le jour et la nuit), ce qui implique une adaptation visuelle compliquée.

Dans ce contexte d’intense rivalité, les nerfs, déjà à vif, seront donc mis à rude épreuve encore plus que d’ordinaire au cœur du sauna singapourien. Et comme tout se joue désormais sur le fil du rasoir, il faudra savoir garder son sang-froid –si c’est encore possible. Rappelons qu’une victoire en Grand Prix rapporte 25 points et qu’un abandon a d’immédiates graves conséquences.

Ce n’est évidemment pas la première fois que deux pilotes se combattent au sein d’une même écurie. La saga de la Formule 1 est riche de ces luttes à couteaux tirés. Lewis Hamilton a expérimenté l'une d'entre elles avec Fernando Alonso lorsqu’il était chez McLaren qui, Mercedes le sait, a perdu en 2007 le titre de champion du monde à cause de leurs bisbilles. Las de ces querelles, Alonso avait fini par jeter l’éponge en rompant son contrat pour aller voir ailleurs.

Toujours prompt à user de son influence auprès de la presse britannique, Hamilton, champion du monde en 2008, est tout sauf innocent lorsqu’il s’agit de mettre son coéquipier sous pression. Peut-être trop naïf parce que, dans sa carrière, il n’a jamais été en position de devenir le meilleur pilote du monde, Nico Rosberg a paru marqué par l’incident qu’il a provoqué par maladresse ou impatience en Belgique.

Au Grand Prix d’Italie, dernière course en date, il a commis une grosse faute de pilotage qui a ouvert la voie à Lewis Hamilton qui ne s’est pas fait prier pour aller chercher la victoire.

Mais heureusement, le paroxysme n’a pas été encore atteint dans ce duel qui n’a pas encore la saveur salée ou poivrée de l’opposition Senna-Prost que personne n’a oubliée. On se souvient évidemment du Grand Prix du Japon 1989, avant-dernière course de la saison, quand Alain Prost et Ayrton Senna, coéquipiers en guerre chez McLaren et en lutte pour le titre mondial, s’étaient tous les deux accrochés.

D’autres incidents entre coéquipiers ont été répertoriés au fil du temps. En 1977, le Britannique James Hunt, champion du monde en titre, avait dû abandonner au Grand Prix du Canada alors que son n°2 chez McLaren, l’Allemand Jochen Mass, lui avait malencontreusement fermé la porte au nez entraînant une collision. En 2010, au Grand Prix de Turquie, Sebastian Vettel et Mark Webber, portant tous les deux les couleurs de Red Bull, n’avaient pu éviter de mettre leurs différends au grand jour sur la piste par le biais d’un accrochage plein de bruit et de fureur.

GP Japon 1990

En dehors de ces duels internes, la Formule 1 a connu sinon son lot de débordements liés à des rivalités d’hommes et d’écuries. En 1990, dès le premier virage du Grand Prix du Japon, la McLaren d’Ayrton Senna et la Ferrari d’Alain Prost s’étaient rentrées dedans et ce crash avait mis un terme au suspense du championnat du monde remporté de facto par le Brésilien.

Michael Schumacher s’était aussi débarrassé avec fracas de Damon Hill au Grand Prix d’Australie en 1994 lors de la dernière course de l’année pour devenir champion du monde et avait tenté d’agir de la même façon déloyale en 1997 aux dépens de Jacques Villeneuve au Grand Prix d’Europe en Espagne (l’Allemand avait été déclassé du championnat du monde).

Dans leur bras de fer, Lewis Hamilton paraît avoir au moins un avantage psychologique sur Nico Rosberg, comme l’ont montré le Grand Prix d’Italie et l’erreur de l’Allemand.

Et voilà qu’une nouveauté réglementaire, sortie du cerveau machiavélique de Bernie Ecclestone, l’argentier de la F1, épice le contexte actuel lors du Grand Prix de Singapour. En effet, à partir de cette course, les liaisons entre le stand et le pilote seront désormais encadrées et limitées, ce qui ne permettra plus à l’équipe de tenir complètement le volant de la course depuis le bord de la piste.

A l’heure où plus personne ne se fait vraiment confiance chez Mercedes, ce nouveau saut dans l’inconnu est plein d’incertitudes. La parole est, en quelque sorte, redonnée aux pilotes. Et entre Hamilton et Rosberg lors des six derniers Grands Prix de l’année, il ne sera plus question de s’en priver, quitte à faire trop de bruit comme en Belgique.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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