Slatissime

La guerre des palaces parisiens aura lieu. En 2015

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 21.09.2014 à 15 h 21

La capitale aura en 2014-2015 seize palaces ou grands hôtels de classe internationale, soit près de 3.000 chambres à 500 euros la nuit, au minimum.

Restaurant Alain Ducasse au Plaza Athenee © Pierre Monetta

Restaurant Alain Ducasse au Plaza Athenee © Pierre Monetta

Le jour même où le Peninsula ouvrait ses portes (le 2 août), le Plaza Athénée accueillait ses clients dans le grand hôtel rénové, agrandi de dix-sept suites sur l’avenue Montaigne, en prolongement de l’édifice d’origine. Un mois plus tard, le Plaza affichait complet. L’effet Biennale des Antiquaires jouait à fond, en même temps que le Relais Plaza et le Restaurant Alain Ducasse flambant neuf –futur trois étoiles?– recevaient les gourmets et autres foodistes habitués de ces deux tables chics et chères de l’avenue Montaigne, «le meilleur emplacement de Paris avec la place Vendôme pour le Ritz», selon François Delahaye, directeur général du Dorchester Group, propriété du sultan de Brunei.

Le prix moyen au Plaza est, pour l’heure, de 1.300 euros par jour, ce qui place le palace cher à Elizabeth Taylor et Arthur Rubinstein à la première place aux côtés du Four Seasons George V qui a su profiter au mieux des fermetures temporaires du Plaza, du Ritz et du Crillon dont les travaux pour ces deux hôtels ne sont pas près d’être achevés avant la fin 2015. Au Ritz, il ne reste plus que les façades classées, les intérieurs: chambres, suites, salons, bars, restaurants, spa, piscine seront refaits de fond en comble. Au Crillon, il s’agit d’ajouter un spa et des dépendances (suites avec vue sur la place de la Concorde) en plus du gros œuvre: deux métamorphoses qui restent mystérieuses au bas des Champs-Elysées.

En injectant 200 millions d’euros dans le rajeunissement du Plaza, le Dorchester Group, propriétaire du Meurice à Paris, entend préserver son leadership parisien face à la déferlante des grandes et belles adresses à venir. Il y a une magie du Plaza, liée à l’emplacement dans le Triangle d’Or, c’est pourquoi le «brain trust» du sultan à Londres a accepté l’extension de l’hôtel aux stores rouges sur l’avenue Montaigne: c’est de l’investissement immobilier avant tout. Combien vaut le mètre carré dans l’avenue : 20.000 euros?

N’en doutez pas, la profitabilité de ces monuments de l’hôtellerie «high class» est toute relative: le Ritz va employer 500 personnes et plus, le Peninsula 600 en 2015 et le Plaza 550 avec 2.500 fournisseurs.

Certes Paris reste la destination la plus attractive du monde grâce à la gastronomie, la mode, les musées, le shopping, les bateaux-mouches, les balades à Versailles, à Giverny, à Deauville –c’est la ville de tous les plaisirs et d’un art de (bien) vivre inégalable. La fréquentation des tables étoilées aux additions proches de 400 euros et plus par couvert est le fait de la clientèle étrangère en priorité. Au Plaza et au Meurice qui ont deux restaurants de prestige dotés de trois étoiles, la réservation des chambres et suites se conjugue avec des places à table. Et des commandes de vins de rêve (Pétrus, Romanée Conti…).

Cela dit, la compétition entre cette quinzaine de grands hôtels, certains légendaires, n’existe vraiment que lors d’évènements spécifiques comme la Biennale, les fashion weeks, le Salon de l’Auto, le Salon de l’Aviation du Bourget, le musée Picasso (qui devrait ouvrir le 27 octobre), la Fondation Vuitton-Arnault au Bois de Boulogne (à venir), bref, tout ce qui polarise l’attention et crée le désir de venir à Paris.

La guerre des palaces n’est pas quotidienne, et il faut rechercher de la belle clientèle pour les périodes creuses, avant Noël par exemple. C’est là où les prix des nuitées sont plus abordables. Au Ritz, c’était 700 euros.

Les riches Asiatiques qui font la queue des heures durant devant le magasin Vuitton aux Champs-Elysées (les prix affichés sont le tiers de ceux de Pékin et Shanghai) dépensent plus de 1.000 euros par jour aux Galeries Lafayette pour s’offrir des marques de luxe, ils n’ignorent rien de la présence à Paris de grands hôtels à consonance connues: le Raffles de Singapour au Royal Monceau, le Mandarin Oriental de Hong Kong rue Saint-Honoré, le Shangri-La de Hong Kong avenue d’Iéna et le Peninsula de Hong Kong à deux pas de l’Arc de Triomphe dont l’ouverture à Paris a fait les manchettes des journaux de la ville. Ces nouvelles destinations font la promotion du tourisme à Paris, tout comme le Cheval Blanc de Courchevel créé par LVMH prépare l’inauguration en fanfare de l’hôtel éponyme à la Samaritaine en 2016, sur les quais de la Seine.

Cela dit, ces hôteliers de prestige sont hostiles à l’augmentation jugée inique de la taxe de séjour à 20 euros qu’il faut multiplier par le nombre de chambres et de jours passés à Paris. Laurent Fabius s’est impliqué personnellement dans le développement du tourisme hôtelier en France, il a même nommé un secrétaire d’Etat à la Promotion du Tourisme –du jamais vu. Le ministre des Affaires étrangères qui est venu présider l’inauguration du nouveau Plaza a reconnu publiquement l’importance dans les comptes de la Nation du secteur tourisme –100 millions de visiteurs espérés en 2020 contre 80 millions en 2014.

La cible majeure reste les pays émergents: l'Indes, le Brésil, la Russie et le continent asiatique.

«La France et Paris ont plusieurs atouts de poids: l’Histoire, l’attractivité, la sécurité, la propreté des villes et la paix», confie François Delahaye, en sortant de la nouvelle salle à manger en bois et acier du Plaza. «Aucun groupe hôtelier ne cherche à investir à Beyrouth, au Caire, à Caracas, à Dakar, à Istanbul. Paris a été choisi par le Peninsula de Hong Kong pour cette raison majeure: la tranquillité des clients n’a pas de prix.»

Un grand hôtel, c’est aussi une clientèle. Qui prend la peine de réserver chez vous? Pour quelles prestations? Au Meurice à cause du Jardin des Tuileries et du restaurant étoilé? Au Bristol, à cause de la modernité élégante des salons, du jardin, de la cuisine raffinée d’Eric Fréchon, à cause de la piscine sous les toits, du faubourg Saint-Honoré? Au Four Seasons George V pour le site majestueux, la cour-jardin, la cave de 60.000 bouteilles, les soins sophistiqués du spa?

«Un grand hôtel, c’est aussi le service accordé aux clients, la qualité des hommes et des femmes, maîtres d’hôtels, barmen, voituriers au contact de nos visiteurs», souligne Franka Holtmann, directrice générale du Meurice, très chargée en délégations officielles et chefs d’Etat.

Au Plaza, durant la fermeture de dix mois, les salariés ont été payés intégralement. Certains ont été délégués au Meurice, envoyés à Londres pour perfectionner leur anglais, d’autres à Courchevel aux Airelles, le super chalet haut de gamme, d’autres ont voyagé pour s’ouvrir l’esprit, si bien qu’à la réouverture, tout le monde était à son poste pour s’occuper des clients, la plupart connus ou reconnus, et leurs manies et caprices enregistrés (pas de gluten, pas de viandes rouges, confitures sans sucre, massages à huit heures du matin…).

Cette kyrielle de palaces ou cinq étoiles doit atteindre 60% de taux d’occupation pour équilibrer les comptes et 70% à 80% pour gagner de l’argent. La barre est haute, c’est pourquoi la quasi-totalité de ces enseignes de luxe a été acquise par des groupes étrangers à l’exception du Fouquet’s Barrière, du Raphaël avenue Kléber, un palace à l’ancienne, boiseries, bar cosy et terrasse-restaurant au 7e étage, propriété de la famille Baverez toujours aux commandes de ce bijou au charme suranné.

L’autre défi français, c’est le Lotti rue de Castiglione, à deux pas de la place Vendôme, racheté à la fin 2013 par Jean-Louis Costes, le créateur du groupe de restauration et d’hôtellerie qui porte son nom en plein essor. Ancien chef de rang au Plaza Athénée dans les années 1970, cet homme d’affaires auvergnat a fait fortune en rachetant des fonds de commerce parisiens, transformés en restaurants dans le vent (la Société, l’Avenue, le Georges…) et en hôtels de charme dont le porte-étendard reste l’Hôtel Costes rue Saint-Honoré, décoré par Jacques Garcia, le rendez-vous des mannequins, des rockers et des duchesses qui a réussi à concurrencer le Ritz et tous les palaces de la capitale –une réussite phénoménale, une clientèle ultra-sélect et de 600 à 1.000 couverts par jour au restaurant, un snack de luxe, beaux produits, recettes simplissimes et additions à 100 euros minimum.

Véritable hôtelier dans l’âme, obsédé par les détails, la propreté, les salles de bains, les fauteuils de velours, Jean-Louis Costes, inconnu des médias, s’est offert l’Hôtel Lotti (115 millions d’euros), mitoyen de l’Hôtel Costes, dans lequel il ouvrira en 2015 160 chambres et suites cinq étoiles. L’entrée du Lotti sera couplée avec celle du Costes: un ensemble immobilier qui précèdera le nouveau Ritz, une énigme totale.

Et puis viendra le Cheval Blanc 2016 logé dans l’ex-Samaritaine dont le chef sera, sans doute, Yannick Alleno, nouveau responsable en cuisine de Ledoyen, choisi par Bernard Arnault lui-même: ce sera le second Cheval Blanc de l’Hexagone avec celui du beau chalet de LVMH à Courchevel, ouvert de décembre à avril.

A Paris, la saga des palaces en concurrence frontale n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière.

Hôtel Plaza Athénée

25 avenue Montaigne 75008 Paris. Tél. : 01 53 67 66 65. 154 chambres et 54 suites à partir de 825 euros.

Four Seasons George V

21 avenue George V 75008 Paris. Tél. : 01 49 52 70 00. 244 chambres dont 59 suites à partir de 930 euros.

Mandarin Oriental

251 rue Saint-Honoré 75001 Paris. Tél. : 01 70 98 78 88. 99 chambres et 39 suites à partir de 945 euros.

Hôtel Meurice

228 rue de Rivoli 75001 Paris. Tél. : 01 44 58 10 10. 160 chambres dont 23 suites à partir de 880 euros.

Hôtel Fouquet’s Barrière

46 avenue George V 75008 Paris. Tél. : 01 40 69 60 00. 48 chambres et 33 suites à partir de 500 euros.

Hôtel Shangri-La

10 avenue d’Iéna 75016 Paris. Tél. : 01 53 67 59 98. 65 chambres et 36 suites à partir de 650 euros.

Hôtel Raphaël

17 avenue Kléber 75016 Paris. Tél. : 01 53 64 32 00. 73 chambres et 10 suites à partir de 419 euros.

Hôtel Costes

239-241 rue Saint-Honoré 75001 Paris. Tél. : 01 42 44 50 00. 83 chambres et 2 suites à partir de 500 euros.

 

Nicolas de Rabaudy
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