France

Pour son retour, Nicolas Sarkozy préfère Facebook aux médias. Avant de les «sauver»?

Mélissa Bounoua, mis à jour le 19.09.2014 à 16 h 34

Capture d'écran de la page Facebook de Nicolas Sarkozy.

Capture d'écran de la page Facebook de Nicolas Sarkozy.

Ce vendredi 19 septembre au matin, il m'a fallu «liker» la page de Nicolas Sarkozy sur Facebook. En tant que journaliste, j’aurais pu le faire avant mais ce n’était pas le cas pour différentes raisons –peut-être parce qu'il était supposé se retirer la vie politique il y a deux ans.

L’ancien président de la République a en effet décidé d’annoncer, ce vendredi 19 septembre, sa candidature à la présidence de l'UMP via l’un des réseaux sociaux les plus puissants de la planète: 28 millions d’utilisateurs en France, 292 en Europe. RTL affirmait dès jeudi soir que le texte était prêt et en publiait certains éléments

Voici le message publié à 16h15 ce vendredi 18 septembre:

 

 

Quelques minutes plus tard, il enchaîne avec une série de tweets sur son compte @NicolasSarkozy, reprenant une bonne partie du texte. Le premier tweet est posté à 16h24: 

Si plus personne ne doutait de son retour, pourquoi avoir choisi de donner la primeur à Facebook? L’ex-chef de l’Etat semble y avoir pris ses habitudes pour s'exprimer directement et transmettre des messages à ses supporters (les pages Facebook étaient auparavant des pages fan). Le public est là, il a près d'un million de personnes qui reçoivent ses publications (546.000 sur son compte Twitter). Pas d'intermédiaires donc entre lui et les Français.

Rappelez-vous, en mai 2012, au soir de sa défaite face à François Hollande.

 

 

Puis, quelques mois après, il fallait fêter Noël.

 

 

Puis justifier sa première mise en examen en 2013.

 

 

Il fallait encore se féliciter sur Facebook de sa relaxe dans l'affaire Bettencourt en octobre 2013, et de nouveau fêter Noël fin 2013.

L'ancien chef de l'Etat a aussi profité de cette page pour poster des textes d'abord parus dans les médias: d'abord, juste avant les municipales et en pleine «affaires des écoutes», un long texte publié par Le Figaro.

 

 

Puis, avant les européennes, une longue tribune parue dans Le Point.

 

 

Après sa mise en examen dans une affaire de trafic d'influence supposée, il s'est aussi servi de sa page Facebook pour teaser, une demi-heure avant, une interview réalisée par Gilles Bouleau et Jean-Pierre Elkabbach, critiquée pour les questions jugées complaisantes du journaliste d'Europe 1.

En annonçant son retour sur Facebook et Twitter, Nicolas Sarkozy se donne, à peu de frais, un vernis de modernité (ce choix est-il encore vraiment original en 2014?) et limite les possibilités de fuites de l'intégralité du texte, toujours possibles avec la presse écrite –en 2006, l'entretien avec la PQR où il devait annoncer sa candidature avait fuité en entier dans Libération. Un entretien dans la presse régionale est d'ailleurs évoqué et l'interview au JT de 20 heures de France 2 déjà prévue: une manière de revenir en longueur, dans un deuxième temps, sur les raisons de son retour.

Car si le Sarkozy nouveau préfère, dans un premier temps, les réseaux sociaux aux médias traditionnels, ceux-ci ne se priveront donc pas de l'accueillir ensuite: dans les rédactions, on sait que «Sarko» fait vendre. Dans le documentaire Les Gens du Monde d'Yves Jeuland, fraîchement sorti en salles, on entend ainsi Érik Izraelewicz, directeur de la rédaction du quotidien du soir (décédé fin 2012), expliquer lors de la campagne présidentielle qu'une réélection du président sortant ferait vendre davantage:

 «On a largement intérêt à la victoire de Sarkozy, un homme imprévisible, un acteur extraordinaire, qui fait vendre la presse. Je ne suis pas certain que le candidat en face aura le même sexe-appeal! Un directeur de magazine m’a dit que quand on met Hollande en une, on ne vend pas.»

L'intéressé le sait lui-même –il l'affirmait au JDD quand il a publié son texte dans Le Figaro en mars dernier:

«Voilà au moins une tribune que tout le monde aura lue. Il n'y avait plus un Figaro dans les kiosques. Je fais vendre.»

Les médias se battent donc pour le faire parler. Comme Paris-Match qui l'interviewait à propos de littérature au mois de juillet quelques jours seulement après sa garde à vue. L'hebdomadaire, propriété d'un de ses proches, Arnaud Lagardère, a multiplié les couvertures sur lui depuis octobre 2013

Pourtant, en 2010, en milieu de mandat (comme le président socialiste aujourd'hui), les magazines qui le mettaient en une voyaient leurs ventes stagner –«l'usure» disaient les directeurs de rédaction à l'époque.

En 2014, la concurrence est faible et Nicolas Sarkozy le sait. Comment comprendre, sinon, cette publication au lendemain de la prise de parole du chef de l'Etat et pour occuper le week-end? Légèrement décalée pour optimiser l'audience, la dernière conférence de presse de François Hollande n'a été regardée que par 1,4 million de téléspectateurs, moitié moins que celle de janvier. Si le contexte n'est évidemment pas le même, Nicolas Sarkozy parviendra-t-il lui à battre sa précédente performance? Pour son interview post-mise en examen du début juillet, il avait «attiré» plus de 9 millions de téléspectateurs en moyenne

C'est sans doute plus, pour le coup, que le nombre de «like» qu'il obtiendra pour ce qu'il a écrit sur Facebook. Mais le message lui-même risque d'être plus vu que son passage télévisé.

Mélissa Bounoua
Mélissa Bounoua (93 articles)
Rédactrice en chef adjointe de Slate.fr
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