Santé

Il vaudrait peut-être mieux mourir à 75 ans qu'appartenir à une génération de centenaires

Temps de lecture : 2 min

Little girl holding a kitten outside / simpleinsomnia via FlickrCC License by
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Il y a ceux qui veulent mourir sur scène, et ceux qui veulent décéder jeunes, ou du moins, qui ne souhaitent pas jouer les prolongations. Sur The Atlantic, Ezekiel Emanuel, célèbre spécialiste de la bioéthique américain et inspirateur de l'Obamacare, explique pourquoi il ne souhaite pas vivre au-delà de 75 ans.

Il distingue sa volonté de mettre fin à ses jours de celle des malades qui réclament l’euthanasie légalisée et le suicide médicalement assisté, auxquels il s’est toujours opposé. Pour lui, ces patients ne veulent pas tant mettre fin à une douleur physique qu’échapper à la dépression et à la solitude, l’opération étant ressentie par les proches comme un échec.

Alors que son propre entourage envisage l’angle tragique de la mort, le bioéthicien considère qu’elle permet de préserver la dignité des personnes vieillissantes:

«Vivre trop longtemps est aussi une perte. Cela rend beaucoup d’entre nous, si ce n’est handicapés, chancelants et déclinants, un état qui ne peut pas être pire que la mort, mais qui est néanmoins privatif. Il nous vole notre créativité et notre capacité à contribuer au travail, à la société, au monde. Il transforme la façon dont les gens nous perçoivent, sont liés à nous [...] On ne se souvient plus de nous comme dynamique et engagé mais comme faible, inefficace, voire pathétique.»

Ezekiel Emanuel s’attaque à ce qu'il appelle l'«immortel américain»: une tendance à adopter des habitudes de vie qui se veulent plus saines, dans le but plus ou moins avoué de ralentir l’inévitable. Les Américains se voileraient la face avec la «compression de la morbidité», une théorie des années 1980 selon laquelle l’augmentation de l’espérance de vie dans les années suivantes ira de pair avec un vieillissement sans souffrances.

Aucun lien n’aurait pu être établi avec certitude entre le fait de vivre plus vieux et les progrès de la médecine, rapporte The Atlantic.

Plusieurs universités des Etats-Unis, notamment en Californie, travaillent sur l’allongement de la vie humaine. Différents facteurs peuvent jouer: l’éducation, l’environnement, le niveau de vie etc. Pour l’instant, aucune des méthodes testées par les chercheurs ne permet d’assurer les prolongations dans de bonnes conditions physiques.

Breitbart avance que la volonté d’Ezekiel Emanuel de mourir à 75 ans n’est pas étrangère au système de santé américain. L’Obamacare insiste sur le fait que les soins de santé pour les personnes âgées pourraient être rationnés. En septembre, un panel de 21 membres de l’Institut de médecine a annoncé que les soins de fin de vie devaient être révisés: la prolongation à tout prix ne serait pas en accord avec les désirs des patients, et surtout, elle coûterait trop cher.

Depuis 1840, l’espérance de vie à la naissance augmente d’environ trois mois chaque année. En 2050, le nombre d'Américains de 65 ans et plus pourrait atteindre 108 millions, contre 43 millions actuellement. Les plus de 85 ans représenteraient jusqu’à 6% de la population. Autrement dit, l’âge de l’espérance de vie serait de trois à huit ans supérieur à celui utilisé par l’administration américaine de la sécurité sociale pour évaluer sa solvabilité, selon le chercheur Jay Olshansky. Ce qui pose bien évidemment des problèmes de financement.

Cette population qui n’en finit plus de vieillir pourrait changer l’urbanisation, les modes de consommation, et modifier le concept de cellule familiale, avance The Atlantic. Toutes ces conséquences ne sont pas forcément négatives. Mais l’allongement de l’espérance de vie pèserait aussi sur le pouvoir politique:

«On attendrait d’un Congrès grisonnant qu’il soit concerné en priorité par la protection du statut quo. Le gouvernement pourrait devenir sclérosé au moment précis où le vieillissement de la population demande de nouvelles idées.»

Slate.fr

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