France

Rien n'a changé: Nicolas Sarkozy risque de vous dire qu'il a changé

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 19.09.2014 à 10 h 37

Retour sur un classique de la communication politique, qui devrait resservir.

Nicolas Sarkozy, le 1er mai 2012 au Trocadéro. REUTERS/Philippe Wojazer.

Nicolas Sarkozy, le 1er mai 2012 au Trocadéro. REUTERS/Philippe Wojazer.

C’est un retour cousu de fil blanc. Plutôt que de fanfaronner lors de son retour en politique, Nicolas Sarkozy va la jouer profil bas, expliquer qu'il a pris de la hauteur sur le cours des événements. Il confiera peut-être même avoir commis des erreurs. On sera attendris. Émus. C’est un piège.

Avant que l’UMP n’ose enfin émettre des réserves sur le bilan de la présidence 2007-2012, Nicolas Sarkozy avait ouvert la voix à l’autocritique, et pas qu’une fois. Ce président qu’on prend habituellement pour quelqu'un d'autosatisfait a en réalité lancé des mea culpa en série. Et ce dès 2008, pour expliquer sa première année de mandat: «Sans doute on n'a pas assez expliqué. Sans doute j'ai fait des erreurs», se livrait-il à la télé!

Rebelote en 2009 lors d’une interview au Nouvel Obs à propos de ses deux premières années de présidence: «J’ai commis des erreurs.» «Et si erreur il y a, ce n'est pas la peine de la recommencer», admet-il alors dans la foulée à propos de l’épisode du Fouquet’s, faux pas des premiers moments présidentiels.

La nomination de Jean Sarkozy, son fils, à la tête de l’Epad, annoncée la même année avant que le président ne fasse machine arrière?

«C'était sans doute une erreur.»

Mais ça n’est pas fini. L’autoflagellation continue. En 2012, lors du premier grand meeting de campagne pour sa réélection à Annecy, Nicolas Sarkozy admet, devinez quoi… avoir «commis des erreurs».

Mais on peut remonter avant sa présidence pour percevoir des signes de ce goût pour l’erreur/correction dans le récit que fait Nicolas Sarkozy de lui-même.

«Si la fougue du "jeune loup" du RPR s'est quelque peu estompée avec les années, le propos, lui, y a gagné en profondeur»: c’est ce qu’écrit en 2001 un critique à propos du livre de Nicolas Sarkozy, Libre, qu’il écrit pendant sa traversée du désert politique et qui annonce son grand retour au premier plan –il rejoindra le gouvernement Raffarin en 2002. Ne pas ou ne plus être celui qu’il a été est une figure narrative qu’apprécie l’ancien chef de l’Etat, au point d’en faire un usage trop généreux.

Comme l’a analysé le spécialiste des médias François Jost des années plus tard, «"changer" n'est malheureusement pas un verbe performatif: il ne suffit pas de l'énoncer pour être exécuté». Jost voyait dans cette affirmation perpétuelle du candidat qu’il avait changé une «stratégie marketing» ou encore «une ardoise magique»: «les changements de Sarkozy vis[ant] moins à promettre un homme nouveau qu’à effacer celui qu’il fut.»

Cet été, il aurait annoncé à ses visiteurs, évoquant l'UMP et la manière de faire de la politique: 

«Il faut tout changer»

Peut-être y croit-il lui-même. On ne se refait pas.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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