France

La nouvelle figure de style récurrente de François Hollande s'appelle la dislocation à gauche

Temps de lecture : 2 min

François Hollande lors de sa conférence de presse du 18 septembre 2014. REUTERS/Christian Hartmann.
François Hollande lors de sa conférence de presse du 18 septembre 2014. REUTERS/Christian Hartmann.

Il y a deux ans et demi, lors du débat de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle, François Hollande nous avait fait redécouvrir l'anaphore. (Nicolas Sarkozy n'avait pas été en reste en dégainant une épiphore.) Depuis, la presse traque les anaphores dans les discours présidentiels, et c'est un travail à plein temps.

Mais une autre figure de style récurrente frappe dans le discours présidentiel: l'habitude d'ajouter un pronom personnel juste après un sujet dans une phrase. Voici quelques exemples relevés notamment par l'AFP et Libération lors de la conférence de presse organisée ce jeudi 18 septembre:

«La France, elle va faire 50 milliards d’économie et ce n’est pas si facile. [...] La France, elle ne fera pas davantage parce que ce serait mettre en cause la croissance.»

«L’Europe, elle a besoin de la France parce que nous sommes la deuxième économie de l’Europe. [...] Alors la France, elle compte.»

«Les résultats, ils tardent à venir, je le sais, je le vois.»

«Le scepticisme, bien sûr qu'il est grand»

Sa récurrence (en juin, François Hollande lâchait, sur France Info: «La France, elle a des atouts, il faut montrer ce qu'est la France») peut irriter. En témoignent ces quelques tweets excédés, dont un signé de notre pointilleux collaborateur Laurent Bouvet.

Amoureuse de la grammaire, la rédaction de Slate.fr a cherché à savoir à quelle figure de style correspondait cet emploi immodéré du double sujet: il s'agit d'une dislocation.

Voilà la définition qu'en donne le Bescherelle:

«La dislocation détache un élément et le reprend ou l'annonce par un pronom personnel ou démonstratif.»

Exemple:

«Marie, elle commence son stage de voile en août.»

Comme le pronom vient renforcer le sujet, donnant de l'emphase à la phrase, on parle d'une dislocation anaphorique (on y revient). Une tournure qu'il vaut mieux n'employer qu'à l'oral: le Bescherelle précise que «l'usage soigné évite les dislocations familières. On dit souvent, mais on évite d'écrire des phrases du type Pierre, il vous a déjà transmis les dossiers».

Le fait d'employer cette formulation en début de phrase est plus précisément qualifié de «dislocation à gauche», par opposition à la dislocation à droite, ou le sujet précis est rejeté en fin de phrase («Elle va faire 50 milliards d'économie, la France»).

Le président, il a une grammaire frondeuse.

Merci à Jean-Marc Proust et Philippe Bottini pour leur aide grammaticale

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

Newsletters

Mort de Charles Aznavour: «Il avait des carrières différentes dans chaque langue»

Mort de Charles Aznavour: «Il avait des carrières différentes dans chaque langue»

Charles Aznavour est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 94 ans. Après Edith Piaf, il était sûrement le chanteur français le plus connu à l’étranger. Pour Slate.fr, Bertrand Dicale, auteur de Tout Aznavour (First Editions) ...

Pourquoi déteste-t-on les supporters de football?*

Pourquoi déteste-t-on les supporters de football?*

*Et les supportrices.

Non, je ne crois pas que le voile soit compatible avec le féminisme

Non, je ne crois pas que le voile soit compatible avec le féminisme

Prétendre que le voile islamique est compatible avec le féminisme est pour le moins hasardeux. Comment un marqueur religieux établissant une différence entre les sexes pourrait-il porter des idées d'émancipation, de liberté et d'égalité?

Newsletters