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Etat islamique, Gaza, Syrie, Ebola... Mais que s'est-il passé d’autre cet été?

Thaïlande, 2010. REUTERS/Damir Sagolj

Thaïlande, 2010. REUTERS/Damir Sagolj

La liste des catastrophes de cet été 2014 est longue. Mais d’autres événements, éclipsés par les gros titres tragiques et les infos de dernière minute, n’ont pas fait la une des journaux alors qu’ils pourraient bien avoir autant de répercussions sur la situation mondiale. Voici donc cinq affaires à suivre.

1.La chute des prix du pétroleUn nouvel ordre énergétique

 Au cours de l’été, les prix du pétrole sont tombés à leur niveau le plus bas en un an. Cette fluctuation en elle-même n’a rien de particulier. Ce qu’il faut remarquer, cependant, est que cette baisse s’est produite alors que la Russie fait l’objet de sanctions sévères et que la guerre fait rage au Moyen-Orient ainsi qu’en Ukraine. En d’autres termes, à un moment où les prix du pétrole brut devraient flamber.

Seulement voilà, la révolution énergétique en cours aux Etats-Unis a atteint un stade où elle commence à modifier la dynamique internationale.

Les Etats-Unis ont dépassé l’Arabie saoudite et la Russie, devenant ainsi le principal pays producteur de pétrole du monde. En août, la production pétrolière mensuelle américaine était à son plus haut niveau depuis 1986.

Pendant ce temps, l’économie mondiale anémique est incapable de générer une demande énergétique aussi importante que pendant les années fastes qui ont précédé le début de la grande récession, en 2008. La croissance de l’offre et le fléchissement simultané de la demande tirent les prix vers le bas, produisant un effet bien plus fort que la tendance haussière qui résulte de l’instabilité géopolitique actuelle.

Cet été, nous avons assisté à la manifestation évidente d’un ordre énergétique naissant qui pourrait changer la donne.

2.La pire sécheresse en Amérique depuis plus d'un siècle

L’ouest des Etats-Unis, le Mexique et l’Amérique centrale ont connu trois années de pluie déficitaire et cet été, la situation est devenue alarmante. Les 60% du territoire californien sont à présent frappés par une «sécheresse exceptionnelle», la catégorie la plus grave selon le U.S. Drought Monitor, une étude du Centre national de lutte contre la sécheresse. La quantité de pluie et de neige qui n’est pas tombée pourrait couvrir toute la région qui s’étend des Rocheuses à la côte du Pacifique de plus de dix centimètres d’eau. Les trois grands réservoirs de Californie ne sont remplis qu’à environ 30% de leur capacité. De plus, une nouvelle étude de l’Université de Californie estime que la sécheresse actuelle coûtera à cet Etat 2,2 milliards de dollars (plus d’un milliard et demi d’euros) de dommages et 17.000 emplois.

Cette grave sécheresse dont l’Ouest américain est victime n’a pas été la seule mauvaise surprise climatique de cet été.

«L’année 2014 n’a pas été typique, annonce l’Administration américaine des espaces océaniques et atmosphériques. Au premier semestre de cette année, c’est la première fois qu’une aussi grande partie du pays a subi des canicules et des vagues de froid si extrêmes.»

(La carte ci-dessous indique clairement à quel point l’évolution des températures s’est écartée de la norme d’un bout à l’autre des Etats-Unis entre janvier et juillet 2014.)

Janvier-juillet 2014 | Classement des températures minimales aux Etats-Unis | National Climatic Data Center       

Cet été, des accidents climatiques se sont également produits dans d’autres pays: l’Inde et le Pakistan, par exemple, ont été ravagés par les pluies torrentielles les plus violentes depuis un demi-siècle. Elles ont fait au moins 420 morts et 47.000 sinistrés.

3.Le ralentissement de l’économie européenneLe spectre de la déflation plane

La laborieuse reprise économique en Europe s’essouffle, nous en avons eu la confirmation cet été. Au premier semestre 2014, l’activité économique a stagné en France et baissé en Allemagne ainsi qu’en Italie, a-t-on appris.

Certains points positifs méritent tout de même d’être soulignés: l’Espagne renoue avec la croissance économique et la Banque centrale européenne adopte une politique que son président, Mario Draghi, résume ainsi: «Tout faire [pour préserver l’euro].»

Autrement dit, il est disposé à employer tous les outils monétaires dont il dispose pour stimuler les économies de la zone euro. Mais il ne peut guère y parvenir tout seul, et une politique monétaire ne suffira pas à relancer les économies européennes en difficulté. Il faut pour cela des réformes structurelles et des politiques fiscales qui redynamiseront la consommation et l’investissement. On en parle beaucoup, mais rien n’a été fait jusqu’ici.

En attendant, l’économie allemande, qui est cruciale, piétine. Et les analystes sont partagés quand on leur demande laquelle des principales économies d’Europe –française ou italienne– est susceptible d’imploser la première.

Cet été, le spectre de la déflation a également plané sur l’Europe, étant donné qu’une baisse chronique des prix s’ajoute à un niveau de la dette qui devient dangereusement élevé. La déflation est un piège dont on se sort difficilement: le Japon lutte depuis plus de vingt ans pour s’en libérer.

On pourrait se souvenir de l’été 2014 comme du moment où l’Europe a été pour la première fois victime de la déflation.

4.L’ascension de Federica MogheriniL'UE ne veut toujours pas de politique étrangère commune 

En novembre, Federica Mogherini, 41 ans, succédera à Catherine Ashton en tant que Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, le poste diplomatique le plus important de ce continent.

C’est en cette qualité que Federica Mogherini, qui a été nommée au mois d’août, mènera les négociations concernant les situations explosives de divers pays et régions: Russie, Ukraine, Iran, Afrique du Nord, Moyen-Orient et Chine. A ce titre, elle présidera le Conseil des affaires étrangères, composé des 27 ministres européens des Affaires étrangères, et dirigera le Service européen pour l’action extérieure, une bureaucratie diaboliquement complexe composée de 3.500 diplomates en poste dans le monde entier.

Et quelle est la principale qualification de Federica Mogherini pour ces fonctions? Six mois en tant que ministre des Affaires étrangères de l’Italie. La grande majorité des experts s’accordent à dire qu’elle n’est absolument pas préparée à assumer un poste aux responsabilités si lourdes. Voici par exemple ce que Paola Subacchi, du Royal Institute of International Affairs de Londres, écrit à son sujet:

«Personne ne doute que Federica Mogherini fera de son mieux pour maîtriser les tenants et aboutissants son nouveau poste, mais ce sera comme si elle apprenait à voler en pilotant un avion gros porteur. Généralement, un pilote sans expérience peut éviter les problèmes graves en se fiant à son équipage plus expérimenté ainsi qu’à différentes technologies. Mais en cas de fortes turbulences, seul un pilote suffisamment compétent et entraîné est capable de garder le contrôle de son appareil et d’éviter la panique générale à bord.

Il est donc pour le moins inquiétant que face à la guerre russo-ukrainienne et à la crise du Moyen-Orient, où le fanatisme monte en flèche, les leaders européens n’aient pas cherché un candidat qui a fait ses preuves et sache dégager une politique étrangère efficace à partir de positions différentes, pour ne pas dire conflictuelles. C’est une apprentie qui conduit aujourd’hui la politique étrangère de l’Union européenne.»

La majorité des observateurs estime en outre qu’en confiant ce rôle à Federica Mogherini, l’Europe exprime clairement son manque d’intérêt pour une politique étrangère commune et, au lieu de cela, sa préférence pour une personnalité dont le poids sera trop faible pour dissuader chaque ministre des Affaires étrangères de favoriser les intérêts de son propre pays.

Les leaders européens, semble-t-il, ne prennent pas au sérieux l’idée que l’influence internationale de leur continent dépend de la capacité d’action commune des nations qui le composent.

5.L'autre accident d'avionL'avenir du Brésil peut changer, et avec lui bien celui de bien d'autres

La tragédie du vol MH 17 de la Malaysia Airlines n’a pas été la seule cet été à revêtir une signification géopolitique.

Le 13 août, le Brésilien Eduardo Campos, candidat à l’élection présidentielle, se trouvait dans le jet privé qui s’est écrasé en atterrissant dans de mauvaises conditions météo sur un aéroport voisin de São Paulo.

Jusque-là, la victoire de la présidente Dilma Rousseff au scrutin d’octobre semblait presque certaine, permettant ainsi à l’élite politique qui gouverne le Brésil depuis 2003 de rester encore quatre ans aux affaires. Mais son avance s’est amenuisée dans les sondages depuis que Marina Silva, qui était candidate à la vice-présidence et colistière de Campos, le remplace.

Désormais, elle a une véritable chance de battre Dilma Rousseff. Si c’est le cas, beaucoup de choses pourraient changer au Brésil, y compris la solidarité automatique de ses dirigeants avec les gouvernements d’Amérique latine dont le bilan est affligeant en matière de droits humains.

La démocratie pourrait réapparaître dans des pays comme la Bolivie, l’Equateur, le Nicaragua et le Venezuela, qui ont gravement et systématiquement bafoué au cours des dix dernières années les droits de l’homme, la liberté d’expression et les libertés politiques. Avec le consentement tacite du plus grand pays de la région.

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