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Pourquoi les dirigeants français ne disent plus «Etat islamique» mais «Da'ech»

Des membres d'une milice chiite en Irak brandissent le drapeau de l'Etat islamique après avoir pénétré l'une des bases de l'organisation. 1er septembre 2014 | REUTERS/Youssef Boudlal

Des membres d'une milice chiite en Irak brandissent le drapeau de l'Etat islamique après avoir pénétré l'une des bases de l'organisation. 1er septembre 2014 | REUTERS/Youssef Boudlal

Depuis le début, nommer l'organisation islamiste contre qui les Etats-Unis, notamment suivis de la France, viennent d'officiellement lancer une offensive en Irak et en Syrie, a été un cauchemar.

D'Etat islamique en Irak et au Levant (et ses acronymes EIIL ou Isis en anglais), le groupe a ensuite annoncé vouloir se faire appeler «Etat islamique», «une référence, écrit le Washington Post, à l'idée selon laquelle le groupe casse les frontières étatiques pour former un nouveau califat».

Une appellation adoptée en masse par les médias, aux Etats-Unis, poursuit le Washington Post, comme ici, en France.

Depuis quelques jours, nouveau retournement de situation: l'ensemble de la classe politique française met un point d'honneur à employer un autre vocable: «Daesh». Un terme qui n'est pas nouveau en soi, puisque c'est l'acronyme arabe du nom de l'organisation. Comme nous l'expliquions en juin dernier la formule, «Daesh» ou «Da'ech» (là encore, plusieurs orthographes sont possibles) est la version courte de la formule «ad Dawla al Islamiya fi al ‘Iraq wa ash Sham».

Pourquoi alors subitement privilégier ce terme? Et pourquoi des députés, à l'instar de Jacques Myard lors de la discussion ce 15 septembre sur le projet de loi contre le terrorisme, veillent à ce point à corriger leurs semblables qui osent revenir à l'«Etat islamique»?

Tout simplement parce que la confrontation est aussi histoire de mots, et de légitimation par les mots.

Comme le rappelle France 24, «Daesh» a d'abord été employé «par des médias qui sont hostiles [à l'organisation islamiste] dont al-Arabiya et plusieurs autres chaînes d’information iraniennes et libanaises». C'était en avril 2013 et le but était «d’occulter les mots "État" et "Islamique", pour minimiser l’influence de l’organisation au sein des populations de la région et empêcher toute adhésion à son idéologie».

Un objectif que Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, reconnaît d'ailleurs aussi. «C'est un groupe terroriste et non un Etat», aurait-il affirmé devant des journalistes, à en croire France 24. Et d'ajouter par ailleurs:

«Je ne recommande pas d'utiliser le terme Etat islamique parce qu'il brouille les frontières entre l'islam, les musulmans et les islamistes.»

Même constat du côté de l'AFP, qui explique sur son blog Making of juger l'expression «inappropriée pour deux raisons: un, il ne s’agit pas d’un véritable Etat, avec des frontières et une reconnaissance internationale. Et deux, pour de nombreux musulmans, les valeurs dont se réclame cette organisation ne sont en rien "islamiques"».

Néanmoins, l'agence se refuse à utiliser «Daesh», qu'elle estime peu compréhensible pour le plus grand nombre.

Ceux qui l'utilisent, néanmoins, ne plaisent pas à l'organisation djihadiste qui a «d’emblée rejeté l’acronyme "Daech"», poursuit France 24.

Sans compter que cette expression a une connotation péjorative, poursuit le site d'actualités internationales, notamment parce qu'il se rapproche de termes, «proches phonétiquement», peu flatteurs:

«A l’instar de "Daes" –celui qui écrase avec son pied– ou de "Dahes" –celui qui sème la discorde ou la zizanie.»

A en croire Myriam Benraad néanmoins, politologue spécialiste de l'Irak que nous interrogions en juin, le terme Da'ech est surtout devenu péjoratif au fil du temps, «en raison du contenu qu'on lui associe: les exactions, les exécutions, les offensives, etc.».

Reste que le groupe djihadiste qu'il désigne n'apprécie vraiment, vraiment pas cette appellation. Et promet, à en croire l'agence The Associated Press, «de couper la langue de quiconque utiliserait ce mot en public».

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