Boire & manger

Moins on a apprécié un restaurant, plus notre langage pour l’exprimer est riche

Repéré par Léa Bucci, mis à jour le 18.09.2014 à 14 h 26

Repéré sur New York Times, Financial Express

 star5112 via Flickr CC License by

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Un estomac satisfait ne donne pas forcément un poète sur le papier. Le linguiste Dan Jurafsky vient de sortir à ce propos un livre intitulé The Language of Food: a linguist reads the menu («Le langage de la nourriture: un linguiste lit le menu»), rapporte The New York Times.

Le chercheur et son équipe ont épluché plus d’un million de critiques de restaurants sur le site Yelp, qui propose des adresses et des avis sur différents services et types d’enseignes. Et plus ceux-ci sont mauvais, plus les utilisateurs mettent les mots pour le dire. Les internautes qui n’attribuent qu’une étoile à un restaurant (la note la plus basse) ont tendance à utiliser un vocabulaire plus varié que ceux qui lui en donnent quatre, font un usage plus intensif des temps du passé et des pronoms.

D’après Dan Jurafsky, inconsciemment, les clients insatisfaits se serviraient de la langue comme le font les victimes d’un traumatisme collectif :

«Ils utilisent le mot “nous” bien plus que le “je”, comme s’ils trouvaient du réconfort dans le fait que cette mauvaise chose est arrivée, mais nous est arrivée ensemble.»

Le prix du repas semble aussi influer sur les sensations que procure sa dégustation. Les chercheurs ont constaté que les critiques des restaurants les plus coûteux avaient tendance à employer des métaphores sexuelles pour parler de leur expérience. De leur côté, les enseignes plus abordables se voient flanquées de comparaisons moins flatteuses avec des médicaments.

Pour limiter l’influence des mauvaises critiques sur le collectif, certaines entreprises aux Etats-Unis ont tenté d’ajouter à leurs conditions une clause de «non-dénigrement», qui empêcherait les clients de poster en ligne des avis négatifs sur des sites comme Yelp et TripAdvisor.

En Californie, une loi a été signée en septembre pour interdire l’ajout de cette clause, d’après The Verge. Selon le SFGate, un restaurant de San Francisco incite volontairement ses clients à ne lui attribuer qu’une étoile sur Yelp, afin de lutter contre la pression des critiques qu’il qualifie de «manipulation».

Les clients ne sont d’ailleurs pas les seuls à peser leurs mots. L’équipe de Dan Jurafsky a aussi décrypté plus de 6.500 menus en ligne, soit l’équivalent plus de 650.000 plats. Dans les restos les moins chers, la description des mets a tendance à être plus alambiquée. Les menus les plus chers utilisent eux des mots plus longs, et chaque lettre supplémentaire s’accompagne d’une hausse du prix de 18 cents.

 
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