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Ce que l'on conseillait aux soldats américains qui se rendaient en Syrie en 1942

Chris A. Smith, traduit par Fanny Arlandis, mis à jour le 18.09.2014 à 14 h 48

Une brochure était distribuée.

Détail de la brochure du département de la guerre.

Détail de la brochure du département de la guerre.

En 1942, l'effort de guerre battait son plein et les soldats ont été expédiés à travers le monde –souvent dans des endroits qui leur été inconnus. Cette brochure (un des nombreux guides qui couvrent des pays de la Grande-Bretagne à la Nouvelle Guinée) offrait aux soldats des cours intensifs sur la langue, la géographie et la culture du Levant.

La Syrie, alors une possession coloniale française qui incluait aussi le Liban moderne, avait été calme depuis le milieu de l'année 1941 lorsque les Alliés l'ont libérée de l'Allemagne et de ses collaborateurs français. La mission américaine serait défensive –et s'étendrait du quartier général au Caire à l'Iran, où les troupes alliées gardaient les puits de pétrole et fournissaient les Russes sur le front est.

Un article historique paru dans le magazine Life en 1940 avait désigné la Syrie comme un carrefour stratégique, «arrosé par le sang des hommes pour plus longtemps encore que la Flandre».

Beaucoup d'Américains se sont cependant forgés une idée du Moyen-Orient en regardant des films comme En route vers le Maroc [The Road to Morocco], une farce de 1942 avec Bob Hope, pleine de harems, de danseuses du ventre et de cheikh cruels –«probablement l'un des films les plus stéréotypés jamais sortis à Hollywood», comme le critique Jack Shaheen le dit lui-même.

Parfois, la brochure du département de la guerre proposait une vision orientaliste semblable, évoquant la capacité des Syriens à manier le couteau et s'extasiant de façon romantique sur le «peuple du désert qui donne la saveur à la terre». Mais surtout, elle s'en tenait aux aspects pratiques –ne mangez pas avec votre main gauche, ne regardez pas fixement les femmes, essayez de parler quelques mots d'arabe

Le livret avertit: des agents allemands pourraient tenter de semer l'agitation, mais leurs chances sont faibles. Comme le constate l'historien Fawaz Gerges, la plupart des arabes de cette époque avaient une vision positive de l'Amérique en raison de son soutien à l'indépendance du monde arabe après la Première Guerre mondiale. 

Pour son époque, la recommandation de la brochure pour une mission réussie semble très moderne:

«Une grande partie de votre travail consiste à faire adhérer les gens à votre cause –parce que ceci est une guerre des idées, autant qu'une guerre de tanks, d'avions et d'armes à feu.»

Chris A. Smith
Chris A. Smith (1 article)
Ecrivain et professeur de journalisme
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