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Ancien otage en Syrie, le journaliste Pierre Torres considère «avoir commis une erreur en collaborant» avec l'antiterrorisme français

Temps de lecture : 2 min

Pierre Torres, à droite de l'image, aux côtés d'Edouard Elias, Didier Francois et Nicolas Henin, à leur retour en France. Villacoublay, 20 avril 2014 | REUTERS/Gonzalo Fuentes
Pierre Torres, à droite de l'image, aux côtés d'Edouard Elias, Didier Francois et Nicolas Henin, à leur retour en France. Villacoublay, 20 avril 2014 | REUTERS/Gonzalo Fuentes

Alors que le projet de loi censé combattre le terrorisme s'apprête à être voté d'ici le 18 septembre, l'ancien otage en Syrie Pierre Torres livre un témoignage percutant dans Le Monde.

Le journaliste y affirme sans détour «avoir commis une erreur en collaborant avec le service de police politique qu'est l'antiterrorisme». Et d'ajouter:

«Cela va à l'opposé des positions et des combats que représente mon engagement de journaliste. Je m'en excuse auprès des familles de ceux que cette négligence a mis en danger.»

Un constat qui fait suite à son expérience, en tant qu'ancien otage, des méthodes du renseignement et de l'antiterrorisme français.

Il raconte ainsi comment il a été entendu, en juin 2014, par des agents de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) qui pensaient que Mehdi Nemmouche, accusé d'avoir tué quatre personnes au musée juif de Bruxelles le 24 mai dernier, «était peut-être l'un de [leurs] geôliers en Syrie». Et comment sa déposition, comme celle de ses compagnons, a fuité trois mois plus tard dans la presse. Le Monde annonçait ainsi le 6 septembre: «Mehdi Nemmouche, geôlier d'otages occidentaux en Syrie».

Une fuite qui intervient alors même que la procureure à la tête du parquet antiterroriste, Camille Hennetier, avait garanti aux anciens détenus une entière discrétion, se remémore Pierre Torres, «tant qu'un danger pèsera sur les otages occidentaux».

Pour le journaliste, ça ne fait pas de doute:

«Cela relève évidemment de l'opération de promotion.»

Promotion de quoi? De «la nouvelle loi antiterroriste en discussion au Parlement». Et de poursuivre:

«Du point de vue des organisateurs de cette fuite, l'opération a bien fonctionné. “Jeune-délinquant-Arabe-Syrie-attentat-France-terrorisme-antiterrorisme”, toute l'artillerie sémantique est déballée afin de finir de nous convaincre que nous avons toutes les raisons d'avoir peur.»

Pour le journaliste, les motivations de Mehdi Nemmouche renvoient davantage aux adolescents coupables de tueries aux Etats-Unis, «qu'à une quelconque lecture du Coran». Mais le discours antiterroriste français le transforme en tout autre chose... et étoffe, au passage, les moyens à la disposition des institutions policières:

«Sans cela, il aurait été considéré pour ce qu'il est, un pauvre type qui assassine des gens pour passer à la télé. En retour, on peut donner toujours plus de pouvoirs aux policiers et aux juges de l'antiterrorisme. Pouvoirs qui ne permettront évidemment pas d'arrêter plus de Nemmouche mais qui, en revanche, resserrent encore un peu plus le maillage policier et le contrôle de la population.»

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