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C'est la confiance des entreprises que Manuel Valls doit vraiment obtenir

Manuel Valls, le 16 septembre 2014 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Manuel Valls, le 16 septembre 2014 à l'Assemblée nationale. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Sans croissance, il ne peut rien. Pour la retrouver, il faut que les patrons reprennent goût à investir puis à embaucher. Vont-ils jouer le jeu? Y croire? Ne pas se laisser tenter par un choix politique «contre la gauche»?

Le Premier ministre aime les deux, les entreprises et les socialistes. Mais il dépend maintenant beaucoup plus des premières que des seconds.

Le vote de confiance obtenu, qu’importe le nombre, il va pouvoir mettre en œuvre la politique de la «Troisième voie» (ou politique de l’offre ou politique sociale-libérale, comme on veut) qu’il prône depuis toujours –depuis la primaire de 2011 en tout cas.

Il va pouvoir... autant que les contraintes économiques le lui permettent.

Enclencher le cercle vertueux

Aujourd’hui, avec une croissance à 0,4%, il ne peut rien, ou très peu. C’est à lui de les desserrer, ces contraintes, au fil des mois, et pour cela il a besoin que les entreprises reprennent goût à investir puis à embaucher, en clair à y croire, à sortir du glacis actuel, et à retrouver peu à peu «confiance».  Alors la croissance remontera et les marges de manœuvres grandiront, redonnant la possibilité de financer des réformes, qui elles-mêmes apporteront du carburant à la croissance et ainsi de suite dans une spirale positive.

Telle est la stratégie de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron. Passer par le trou de souris, creuser pour en faire une vraie fenêtre et espérer que l’exercice ira assez vite pour que les premières lumières apparaissent avant 2017.

Ce n’est pas gagné.

Tout dépend des entreprises. Vont-elles jouer le jeu? Y croire? Ne pas se laisser tenter par un choix politique «contre la gauche», contre cette gauche décidément rétive à l’économie de marché?

Il faut souligner ici combien le débat interne au PS est assassin. Il laisse vivante la possibilité que les mesures en faveur des entreprises puissent ne pas être pérennes, que le pacte de responsabilité puisse être dénoncé. L’évocation la pire étant celle par voie de presse d’amis de Martine Aubry, du départ de Valls et de la nomination d’un nouveau Premier ministre avant la présidentielle. Il n’y a pas meilleur moyen que de tels propos pour saboter la stratégie de séduire  les chefs d’entreprises et, in fine, pour couler la croissance française. Le PS, par les ambitions personnelles et les haines recuites, est devenu une machine assassine et irresponsable.

D'abord, les simplifications administratives

Mais si Manuel Valls a l’assurance de la durée, c’est à François Hollande de la dire publiquement, alors il peut engager sa politique.

Une révision des Prud'hommes est en cours

 

Le plus facile, au début, c'est de choisir des réformes qui ne coûtent rien. Les simplifications administratives, l’apprentissage, les modifications des seuils sociaux, le travail le dimanche et, scoop de Slate, une révision des Prud'hommes est en cours (en août, un rapport de la Cour de cassation le préconisait). Ce n’est pas négligeable.

Il en faudra plus et ne pas abandonner de modifier le droit du travail ou de revenir sérieusement sur la formation permanente. Sur ce dernier chapitre, il s’agit de s’en prendre à une vache à lait des syndicats, c’est risqué. Mais l’enveloppe est si grosse, 35 milliards d’euros, qu’il faut s’y attaquer.

Ensuite, la fiscalité

Ensuite, si la croissance 2015 est un peu meilleure, il faudra passer à des mesures qui coûtent, en clair fiscales.

L’objectif devrait être de libérer les créateurs, les start-up, les PME. Que la France, qui est fiscalement intéressante pour la recherche-développement, le devienne aussi pour la création d’entreprises. Le patronat ne sera sans doute pas entièrement satisfait de voir privilégier les «petites» entreprises, tandis que la fiscalité restera lourde sur les plus grosses, continuant de comprimer les marges.

Mais c’est un combat politique auprès des Français pour Manuel Valls et Emmanuel Macron que d’expliquer que la création d’emplois passe par ces «petites» et que c’est là qu’il faut placer le maigre argent dont dispose l’Etat.

Ensuite, en cas de succès, l’assiette pourra s’élargir. Le Medef réclame que le CICE soit transformé en baisse des charges, cette demande légitime (le CICE est complexe) devrait être mise à l’étude.

Ce trou de souris peut-il être emprunté et ouvert en fenêtre?

Le Medef doit être plus malin

L’attitude du Medef n’est pas l’essentiel, l’essentiel est dans l’image directe que le gouvernement Valls peut construire auprès des chefs d’entreprises. Mais à tout le moins, pour que la stratégie réussisse, il faudra que les instances patronales ne la combattent pas.

Le Premier ministre a parlé de «surenchères» pour évoquer les demandes de Pierre Gattaz parues dans les Echos. Il n’a pas raison sur le fond, Pierre Gattaz a le droit de demander un assouplissement du temps et du coût du travail. Il faudra bien y arriver.

Mais la fuite du document juste avant le difficile débat sur la confiance qu’allait livrer le Premier ministre à l’Assemblée a été d’une grande maladresse. Il a forcé ce dernier à gauchir son discours et il a remisé, pour quelques mois, les sujets en question.

Le Medef devra lui aussi être plus malin s’il veut que trouver un dialogue constructif avec le gouvernement.

Quoi qu’il en soit, Manuel Valls dépend des entreprises. Les résultats actuellement catastrophiques ne pourront s’améliorer que si l’amour de Valls pour elles trouve un peu de retour.

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