En Israël, les sionistes religieux à l'assaut du pouvoir

Naftali Bennett, en janvier 2013. REUTERS/Sebastian Scheiner/Pool.

Naftali Bennett, en janvier 2013. REUTERS/Sebastian Scheiner/Pool.

Leur leader, Naftali Bennett, croit en ses chances en cas d'élections anticipées, alors que la coalition dont il fait partie se déchire sur ses choix économiques.

En Israël, le scénario de 2013 pourrait se reproduire, voyant le gouvernement tomber, non pas sur la stratégie utilisée pendant la guerre de Gaza mais sur les divergences à propos du budget 2015.

Pendant que Benjamin Netanyahou et le centriste Yaïr Lapid se déchirent sur les choix économiques du pays, Naftali Bennett, chef du parti religieux sioniste «Foyer juif», peaufine sa stature de Premier ministre. Il considère que la chute brutale du chef du gouvernement dans les sondages signifie que son heure politique est arrivée, alors que bruissent de toutes parts des rumeurs d’élections anticipées sur fond de lutte au sein de la coalition au pouvoir. Celui dont le parti est actuellement donné par les sondages à 19 sièges sur 120 à la Knesset pense arriver en tête d'élections anticipées, ce qui lui confèrerait automatiquement le droit de constituer le nouveau gouvernement, ou, au pire, arriver second pour peser sur l’avenir de la prochaine coalition.

La tâche va lui être facilitée par la démission du numéro 2 du gouvernement, le ministre de l’Intérieur Guidéon Saar (Likoud), qui a décidé de quitter la politique, écœuré par le comportement du Premier ministre, qui ne laisse aucun espace aux étoiles montantes du parti. Son départ va affaiblir le gouvernement, mais surtout Benjamin Netanyahou.

La guerre de Gaza a recomposé le paysage politique israélien, entre ceux qui critiquent l’arrêt des combats avant l’éradication complète du Hamas et ceux qui pensent qu’Israël n’aurait jamais dû entrer à Gaza et aurait dû se contenter uniquement de frappes militaires. Esquivant ce débat, Naftali Bennett est déjà entré en campagne et délaisse son bureau au ministère de l’Économie pour faire la tournée des bastions laïcs, comme l’Université de Tel-Aviv, car il veut ratisser large pour amener à lui les mécontents de gauche.

Cet adepte d’un État binational, excluant la création d’un État palestinien, commence à faire recette. Il a peaufiné son image de marque au sein du pays, mais aussi auprès de l’opinion internationale avec qui il devra peut-être un jour composer. Pendant l’opération «Bordure de protection» il s’est affiché sur tous les écrans des télévisions étrangères dans sa langue natale, l’anglais, pour défendre le droit d’Israël de frapper le Hamas. Son personnage s’est alors révélé face à des parlementaires israéliens écrasés par sa personnalité.

Comme un entrepreneur

Inconnu il y a à peine deux ans, Bennett détient à présent les clefs du calendrier électoral car il décidera du jour et de l’heure où il quittera la coalition pour forcer des élections anticipées. Il dispose du fort appui des habitants des implantations de Cisjordanie, dont il a été le chef durant quelques années.

Il a réussi à phagocyter un parti qui a une longue histoire depuis la création de l’État d'Israël, et en a modifié les statuts pour devenir le leader suprême en écartant toute concurrence. En vue des prochaines élections législatives, il s’est donné le droit de désigner son candidat personnel pour chaque tranche de cinq candidats sur la liste et, en cas d’entrée dans une coalition, sera seul à désigner les ministres et vice-ministres qui intégreront le gouvernement. En fait, ce millionnaire, après la vente de sa start-up, se comporte comme s’il était encore à la tête de sa propre entreprise.

Mais en marginalisant certains de ses amis, il risque de susciter la mauvaise humeur de quelques étoiles montantes de son parti, qui n’accepteront pas ses diktats et qui risquent d’être attirés par des cieux plus accueillants.

Alors qu’il avait été allié à Yaïr Lapid en 2013, il s’en éloigne à l’heure actuelle pour prendre seul son envol, sachant que Lapid, bloqué dans ses promesses de campagne, s’est déconsidéré dans le rôle difficile de ministre des Finances. Mais l’image de leader religieux d’extrême-droite, avec sa kippa, colle à la peau de Bennett et pourrait lui coûter le poste suprême. Alors, il n’hésite plus à prendre ses distances avec les rabbins qui l’ont fait roi pour se donner l’image d’un jeune chef d’entreprise ayant bien réussi.

Netanyahou avait, aux élections de 2013, fait liste commune avec le parti nationaliste d’Avigdor Lieberman, qui a décidé de reprendre sa liberté. Pour sauver sa place, il n’est pas impossible que le Premier ministre renoue avec son ancien chef de cabinet, Bennett, dans le cadre d’une alliance politique, lui permettant de garder le pouvoir à condition que ce dernier accepte la place de second comme titulaire d'un grand ministère qui lui ouvrirait les portes internationales: les Affaires étrangères ou la Défense. Bennett qui, à 42 ans, peut être jugé trop inexpérimenté pour postuler au poste de Premier ministre, pourrait imposer ses vues nationalistes.

Conflit sur les impôts

Pendant ce temps, Netanyahou freine l’élan de son ministre des Finances pour lui savonner la planche. Yaïr Lapid avait misé sa campagne de 2013 sur l’aide aux classes défavorisées et à la classe moyenne, qui avait manifesté durant la révolution des tentes en 2011. Or, son projet de supprimer la TVA pour l’achat du premier appartement par les jeunes couples a été refusé par Netanyahou au nom de l’augmentation du budget de la défense (dans un pays où celles-ci atteignent déjà 6% du PIB) et face à la situation sécuritaire du pays. Une fin de non-recevoir humiliante pour Lapid qui juge que le procédé est «un recul par rapport aux accords de coalition. Si le projet de loi est en effet gelé, cela conduira à une grave crise dans la coalition».

Cette menace ouverte sur le vote du budget de 2015, qui doit être approuvé d'ici la fin mars, n’est pas la seule source de conflit. Lapid refuse en effet de toucher aux impôts et préfère augmenter le déficit pour stimuler l'activité économique:

«D'une part, nous devons donner aux forces combatives un financement supplémentaire, et préparer l'armée israélienne pour les défis à venir, mais nous devons aussi prendre en considération les besoins des citoyens israéliens et ajouter des fonds pour les questions sociales. Il n'y a donc aucune raison d’augmenter les impôts et autres charges de nos citoyens.»

Le député et bras droit de Lapid, Ofer Shelah, a donc été chargé de sonner la charge: «Le comportement de Netanyahou entourant le budget qui se profile pourrait conduire Israël à une élection anticipée.» Le ministre des Finances a encore récemment déclaré qu’il maintenait sa position sur le fait que le taux d’imposition en Israël ne connaitra pas de hausse tant qu’il restera en poste et a lancé un message virulent au Premier ministre. Si le budget n’est pas approuvé par la Knesset d'ici la fin de mars, alors de nouvelles élections devront être convoquées.

Et pendant que les leaders de droite se querellent, la gauche israélienne reste inaudible. Yitzhak Herzog, le leader travailliste, a déçu car on l’entend peu et on le voit peu. C’est un mauvais orateur, à la voix nasillarde, qui n’a aucun charisme. Durant la guerre de Gaza, il a évité, par solidarité nationale en temps de guerre, de contredire le Premier ministre mais a enterré son parti au bas des sondages. Il n’y a aucune chance qu’il figure en bonne place lors d’éventuelles élections anticipées. La radicalisation à l’extrême-droite de l’opinion israélienne ouvre donc de grands horizons à Naftali Bennett avec, à la clef, l’abandon du processus de paix avec les Palestiniens.

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