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Pourquoi tant de noyades en France?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 14.08.2009 à 12 h 18

On recense trois morts par jour en moyenne depuis le 1er juin.

La veille sanitaire est, décidément, un métier à plein temps. Un œil sur le front mouvant de la pandémie grippale; un autre sur la mer, les piscines publiques et privées, les rivières et les étangs de France. Or si aucun décès directement dû au A(H1N1) n'a été observé il n'en va pas de même des noyades accidentelles. Jeudi 13 août, l'Institut de veille sanitaire (InVS) a lancé un appel pour mettre en garde les vacanciers qui goûtent aux joies multiples de la natation.

Cette année, entre le 1er juin et le 9 août, l'InVS a d'ores et déjà recensé 657 noyades accidentelles, dont 217 sont à l'origine d'un décès soit en moyenne 3 morts par jour. Depuis le début du mois de juin, 61 jeunes de moins de 20 ans sont morts, et parmi eux 21 enfants de moins de 6 ans, dont 13 en piscine privée familiale, précise l'InVS. Quant à la proportion de morts parmi les noyés elle reste stable de l'ordre de 33%. La veille sanitaire étant ce qu'elle est nous savons que parmi les 657 cas de noyades 51% se sont produits en mer, 21% en piscine (tous types confondus), 11% en plan d'eau, 12% en cours d'eau et 4% dans des baignoires ou des bassins.

Pour l'ensemble de l'année 2006 la même enquête avait dénombré au total 1207 noyades accidentelles dont 401 décès (33%). Les enfants de moins de 6 ans représentaient 15% des victimes (178 noyades, dont 38 suivies de décès). Les plus de 45 ans ont représentaient quant à eux 44% des victimes  (528) et ont contribué pour 59% aux décès (233). Les noyés étaient alors de sexe masculin dans 65% des cas.

Or pour l'InVS comme pour l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), il ne faut voir dans ces chiffres aucune fatalité mais bien la traduction d'une absence de vigilance et d'un méconnaissance des mesures simples de prévention; des mesures qui presque toujours permettent d'éviter le drame. Ainsi donc faut-il une nouvelle fois redire l'essentiel tant aux nageurs qu'à leur proches et tout particulièrement aux parents des enfants qui découvrent la natation.

D'abord faire la part entre se baigner en zone surveillée ou pas. La zone surveillée signifie, par définition, la présence de professionnels du sauvetage et donc la certitude être secouru plus rapidement en cas de problème. Mais choisir de se baigner  dans des zones surveillées ne doit pas faire l'économie de se renseigner sur la nature des vagues, des courants et des marées dans le secteur où l'on se trouve.

Ensuite, bien évidemment, il est impératif de respecter les consignes de sécurité signalées par les trois couleurs des drapeaux de baignade: vert (baignade surveillée et absence de danger particulier); jaune (baignade dangereuse mais surveillée); rouge (interdiction de se baigner).

Enfin, bien prendre conscience de son état, de son âge et de sa forme physique. Pas d'eau après une consommation d'alcool, un repas copieux, une exposition inconsidérée au soleil. Ne  pas se baigner non plus en surestimant avantageusement son niveau réel de natation: il est toujours plus difficile de nager en milieu naturel (mer, lac, rivière) qu'en piscine.

Pour finir. Entrer progressivement dans l'eau; prendre garde aux vagues de forte amplitude et au phénomène dit de «machine à laver»). En cas de danger, ne cherchez pas à lutter contre le courant et les vagues jusqu'à l'épuisement. En cas de fatigue, nager sur le dos, position permet de dégager les voies aériennes et de respirer normalement pour pouvoir appeler de l'aide.

Vis-à-vis des enfants milieu naturel ou piscine, être toujours à leur côté quand ils jouent au bord de l'eau et se baigner en même temps qu'eux. «S'ils ne savent pas nager, équipez-les de brassards adaptés à leur taille et portant la norme NF 1311138-1, conseille l'Inpes. Attention, les bouées et autres matelas pneumatiques ne protègent pas de la noyade.» Les piscines privées en plein air doivent être équipées d'un dispositif de sécurité: barrière, couverture, abri de piscine ou alarme sonore. Ces dispositifs ne remplacent pas la surveillance active et permanente des enfants et ils sont loin d'être tous véritablement esthétiquement adaptés à des piscines de rêve. Mais a-t-on le choix entre la quête de l'esthétique et la prévention de la mort d'un enfant retrouvé noyé dans une piscine?

Jean-Yves Nau

Image de Une: Drapeau rouge sur une plage d'Honolulu  Reuters

 


 

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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