Culture

Un photojournaliste s'enferme dans un jeu vidéo et raconte une guerre virtuelle en images

Temps de lecture : 2 min

 Nestor Carvajal via Flickr CC License by
Nestor Carvajal via Flickr CC License by

Peut-on montrer l’horreur d’une guerre qui n’existe pas? Ashley Gilbertson, photojournaliste, a couvert pendant des années le conflit en Irak pour le New York Times. Cette semaine, il s’est lancé pour Time dans le défi de relater en images une guerre virtuelle.

Le photographe raconte son immersion dans «The Last of Us Remastered», un jeu vidéo sur Playstation 4 qui se déroule dans un univers apocalyptique envahi par les zombies. Outre son synopsis violent, le jeu propose d’incarner des personnages équipés d’appareils photo, qui permettent au joueur de prendre et de partager des clichés de ses exploits.

Très vite, Ashley Robinson a cédé les commandes de son personnage à un collègue, pour se concentrer sur son seul travail photographique:

«[...] Après un court laps de temps à y jouer, j’ai constaté que j’avais des réactions très vives envers mon rôle de protagoniste: je détestais ça. Quand j’ai couvert la vraie guerre, je l’ai fait avec un appareil photo, pas une arme.»

Dans un certain nombre de jeux vidéos, ce dernier est pourtant utilisé en tant que tel, comme l’expliquait en mai le site Ourageis13. Les photographies sont alors un moyen de pression, d’analyser l’ennemi. Elle invitent aussi le joueur à s’approprier l’univers du jeu, avec des possibilités d’autonomie de plus en plus étendues.

Cadrage, lumière, Ashley Robinson s’est attaché à travailler ses prises de vue comme dans la réalité. Pourtant, le résultat de ces séances photos virtuelles, s’il est esthétique, est dépourvu d’âme, selon le site The Verge:

«Les photographies, même à leur point le plus dramatique et bien prises, sont fades.»

Entre l’absence d’émotions de la part des personnages et l’impossibilité de réaliser des images spontanées puisque tout est programmé d’avance par les développeurs, le photojournaliste admet s’être heurté à un mur:

«[...] Ce n’était pas diffficile de faire des images qui rappelaient les posters d’un film de guerre, ou qui pourraient être utilisées dans une campagne de publicité pour le jeu lui-même. C’était trop propre. [...] Alors j’ai essayé de perturber un peu les photos. [...] J’avais besoin de rendre les clichés imparfaits, parce que je pense que les imperfections rendent la photographie humaine.»

Sans surprise, son bilan de l’expérience dénonce la désensibilisation à la violence opérée par les jeux vidéo. De son côté, The Verge conclut:

«Peut-être que la chose la plus subversive que vous puissiez faire dans un jeu est de mettre en lumière les bugs et les fissures dans son humanité, là où la fiction bien rangée s’effondre et où le tour de passe-passe des designers est mis à nu.»

Slate.fr

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