Allemagne / Histoire

En ex-RDA, tout le monde croyait être sur écoutes

Temps de lecture : 2 min

Le bureau de Erich Mielke, patron de la Stasi de 1957 à 1989. Via Wikimedia Commons.
Le bureau de Erich Mielke, patron de la Stasi de 1957 à 1989. Via Wikimedia Commons.

Malgré le travail extraordinaire mené par les Archives de la Stasi pour rendre publics les millions de documents secrets retrouvés dans les administrations de la RDA à la Réunification, des milliers de retranscriptions d'écoutes téléphoniques étaient restées sous le sceau du secret durant toutes ces années.

Pour des raisons de protection des données personnelles, comme l'explique Der Spiegel, il est en effet impossible de consulter les retranscriptions de conversations téléphoniques espionnées par la Stasi sans l'accord des deux interlocuteurs.

Il aura fallu attendre 2014 et le travail patient de deux chercheurs des Archives de la Stasi, Ilko-Sascha Kowalczuk et Arno Polzin, qui sont parvenus à obtenir l'accord de plus de 250 anciens opposants au régime communiste d'Allemagne de l'Est, pour pouvoir avoir accès à ces documents qui offrent un précieux témoignage sur les méthodes utilisées par la Stasi pour espionner les citoyens d'ex-RDA. Dans l'extrait suivant, enregistré le 30 octobre 1988, l'opposant politique Werner Fischer raconte à sa mère Erna, directrice d'une crèche et membre du SED, le parti communiste au pouvoir en RDA, comment il a été arrêté sans aucun motif par la police:

Werner Fischer: «Alors, ne me dis pas à moi quand est-ce que je serai adulte! Ça c'est à ton gouvernement et à ton parti de merde qu'il faut que tu le dises, vraiment.»

Erna Fischer: «Werner… tu sais!»

Werner Fischer: «Je n'ai pas besoin d'entendre ce genre de choses. Ces connards m'attrapent dans la rue comme un dangereux criminel, me laissent ensuite enfermé pendant huit heures à la Sécurité d'État pour rien, absolument pour rien! Ces cochons s'octroient tout simplement ce droit. Alors là ne me dis pas quand est-ce que tu seras adulte? Il faut que je m'agenouille devant eux ou quoi?»

Erna Fischer: «Ma foi, mais tu dois donc pouvoir rentrer dans le droit chemin.»

Werner Fischer: «Hé bien, quel chemin ! Dans ce pays, ça pue jusqu'au ciel, sur quel chemin veux-tu aller ici?»

Dans sa quête d'informations paranoïde, la Stasi avait mis en place de grands moyens humains pour espionner les citoyens: rien qu'à Berlin-Est, 436 employés des services de renseignement étaient affectés à l'écoute des appels téléphoniques. Mais les moyens techniques de la Stasi étaient toutefois limités, ce qu'ignoraient les citoyens, comme l'explique le chercheur Ilko-Sascha Kowalczuk à la station de radio MDR:

«Bien que 4.000 conversations téléphoniques pouvaient être écoutées simultanément en RDA, ce qui est très peu, la plupart des gens se comportaient pourtant comme s'ils étaient sur écoute lorsqu'ils téléphonaient.»

Pensant qu'ils étaient sur écoute, la majorité des citoyens de l'ex-RDA mesuraient leurs propos quand ils téléphonaient. Les opposants au régime, eux, ne cachaient souvent pas leurs opinions politiques au téléphone par volonté de narguer la Stasi, comme s'en souvient la militante des droits humains Ulrike Poppe dans une interview vidéo donnée au Spiegel Online:

«On utilisait le téléphone, on s'est toujours douté que les conversations étaient enregistrées. Mais dans les années 1980, nous ne voulions pas cacher nos convictions, et savions que de toute façon il fallait partir du principe que la Stasi était à notre table chaque fois que nous parlions de quoi que ce soit. Il n'y avait que très peu de sujets, comme par exemple où est cachée la photocopieuse, ou bien lorsque quelqu'un prévoyait de passer la frontière muni d'un faux passeport, dont nous ne parlions bien sûr ni à la maison, ni en compagnie de plusieurs personnes, ni au téléphone.»

Slate.fr

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