Double XScience & santé

Faire pipi assis, la solution pour les garçons

Jean-Marc Proust, mis à jour le 19.09.2014 à 13 h 43

Mon fils a un peu plus de 9 ans et fait pipi debout. C'est ce qui lui a été appris quand il était petit. De leur côté, ses sœurs font pipi assises. Rien de plus normal. En tout cas, c’est plus propre.

Un petit garçon dans des toilettes pour hommes à Pékin, en 2013. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Un petit garçon dans des toilettes pour hommes à Pékin, en 2013. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Suis-je un militant du pipi assis? Depuis quelque temps et pour des raisons ménagères, oui. Un jour, nettoyant les toilettes dans cette position qui parvient à vous bousiller à la fois le dos et les genoux, tout en vous collant le nez dans la cuvette, je me suis dit que ce serait bien que mon fils fasse pipi assis.

Le rêve: pisser à l’horizontale

«Pas moi, je fais attention.» Maintes fois entendu, cet argument du mâle tranquille ne tient pas la route. Quand on pisse debout, on en fout partout. Sur la lunette que, parfois, on néglige de relever. Sur le carrelage, lorsque la direction empruntée par notre jet urinaire échappe au rationnel (un peu comme ces arrosages automatiques à la Tinguely). Ou quand quelques gouttes (au début ou à la fin de la miction –parlons pro), s’écartent de l’itinéraire souhaité.

Bien sûr, certains mecs visent consciencieusement le fond de la cuvette (et, en Allemagne, on les y aide avec des cibles dans certains urinoirs). Mais ce n’est pas suffisant. En pissant debout, on envoie un jet de gouttelettes qui explosent, se transforment en micro-gouttelettes et rebondissent, échappant à tout contrôle. Bien sûr, des scientifiques (de l’Université Brigham Young) se sont penchés sur la question.

«Avant d’atteindre les parois de l’urinoir, le jet d’urine se décompose en gouttelettes individuelles. "Les gouttelettes impactent la surface, en s’écrasant avec des parties du flux qui sont propulsées en arrière, ce qui fait éclater les gouttelettes", explique le chercheur.»

 

Chercheur qui préconise, pour limiter les dégâts, un angle le plus petit possible. Si je comprends bien, il faudrait pouvoir léviter pour pisser à l’horizontale au-dessus des WC.

Comme ce n’est pas possible, la plupart des mecs s’aspergent donc chaque jour avec leur urine. Murs, sol, pantalon, chaussures... rien n’est donc à l’abri.

«C’est une expérience bien connue des études de médecine, s’amuse Anne Béguin, pédiatre à Lyon. On donne du bleu de méthylène aux garçons et on retrouve des tâches partout.»

Show de pisse

La solution est donc de faire pipi assis. J’excepte bien sûr les cas extrêmes où la position assise est formellement déconseillée, c’est-à-dire dans les toilettes publiques.

{Parenthèse: depuis très longtemps, j’envie secrètement les toilettes pour femmes que je sais être d’un blanc éclatant, parfumées de senteurs de rose, où la douceur des jets urinaires évoque l’adagio d’Albinoni, ce qui explique qu’à l’entracte, elles attendent deux à trois fois plus longtemps que nous. Puis, après avoir fait pipi, elles se lavent les mains avec des bulles de savon.}

Rien à voir avec le tas de fumier dans lequel il faut parfois se vautrer pour se soulager, nous les hommes.

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Dans de tels cas, la position assise présente évidemment quelques menus problèmes. Les toilettes (un problème de salubrité) publiques. S’y ajoute la crainte, qui ne connaît pas de sexe, de choper des bestioles.

 

Pipi debout, manque de pot

Reprenons au début. Tous les enfants se retrouvent sur le pot pour faire l’apprentissage du manger de caca de la propreté. Puis les garçons se lèvent pour uriner tandis que les filles restaient sagement assises.

En fait, les garçons apprennent à faire pipi assis, puis, ensuite ils le désapprennent. Absurde? Ce n’est pas l’avis de Véronique Desvignes, pédiatre à Chamalières, et secrétaire générale de l’Association française de pédiatrie ambulatoire.

«Pour un petit garçon, c’est très bien de faire pipi debout! A priori, cette position permet de mieux vider la vessie. C’est donc plus pratique pour eux mais il y en a beaucoup qui font pipi assis…»

A quel moment, cela arrive-t-il? Pour Anne Béguin, outre le mimétisme par rapport au père, c’est la rue qui différencie les sexes:

«Dans la rue, les parents leur font faire pipi debout, alors qu’ils portent les petites filles… dans une position pas très confortable, d’ailleurs. Je n’ai jamais vu personne porter un garçon pour qu’il fasse pipi!»

Pourtant, et pour des questions de propreté ménagère, beaucoup de «mères leur apprennent à faire pipi assis». A l’école maternelle, la question ne se pose pas. C’est plus tard, au primaire, que le changement s’opère.

«A l’école, les petits sont confrontés à plusieurs problèmes, détaille Véronique Desvignes. A partir du CP, les enfants deviennent assez pudiques. Or, ils ont très souvent des toilettes dont les portes ne ferment pas, qui sont sales, et où il n’y a pas de papier… Conséquence: ils se retiennent d’uriner.»

Ah, là, il faut oublier les garçons un moment, car cela concerne surtout les filles.

«Les mamans disent aux petites filles de ne pas poser leurs fesses sur les toilettes car c’est sale, souligne Anne Béguin. Mais, quand les toilettes sont trop hautes, comment font-elles pour faire pipi sans s’asseoir ni poser les pieds par terre? Je ne sais pas. Ou plutôt je sais: elles ne font pas. Et, quand l’urine stagne, les germes peuvent s’installer. Comme l’urètre est plus court chez les filles, ce sont les premières concernées par les infections urinaires.»

{Ah les toilettes trop hautes… Parenthèse sanglante, celle du souvenir d’un petit garçon posant sa verge sur le rebord des toilettes pour contrôler son jet et qui se retrouva aux urgences, lorsque l’abattant lui tomba dessus.}

Pause pipi

Du coup, je ne sais plus trop où j’en suis avec mon sujet initial du pipi assis pour les garçons. Le docteur Desvignes s’en inquiète:

«Il est long votre article? Ce n’est pas vraiment un sujet… En vingt-cinq ans de consultations, aucun parent ne m’a posé la question…»

C’est vrai que ça n’intéresse personne? «Avant votre appel, j’ai regardé les articles sur le sujet. Il n’y en a pas beaucoup», constate le Docteur Béguin. Et le docteur Bernard Boillot (urologie pédiatrique et constructive au CHU de Grenoble) douche mes espoirs.

«Si c’est mieux de pisser assis ou debout? Il y a très peu d’études sur le sujet. Et la médecine n’en sait rien. Il n’a jamais été prouvé que c’était mieux ou moins bien.»

Il m’envoie vers le site Pubmed.gov, en m’invitant à chercher avec des mots-clefs comme «micturition AND position» (318 résultats, mais peu d’études effectivement).

Le pipi, c’est culturel?

Surtout, poursuit ce membre de l’Association française d’urologie, la différence entre hommes et femmes serait culturelle et non physiologique.

«Au Nigéria, ça dépend des régions. Au Soudan, les femmes pissent debout et les hommes assis. Peut-être à cause des djellabas, trop compliquées à relever? En Europe, les femmes ne s’assoient que depuis peu. Lors des siècles précédents, elles portaient des robes pour se soulager debout. Les femmes pauvres, la majorité de la population, avaient des culottes fendues voire pas de culotte du tout. Elles pissaient debout, dans les champs ou au fond du jardin! Les vases de nuit, où l’on s’assoit, étaient réservés à la bourgeoisie.»

Et les exemples historiques sont nombreux (sans oublier les pays d’Europe du Nord où la position assise est très partagée). Je ne sais plus trop où j’en suis de mon sujet initial. Heureusement, la pédiatrie vient à mon secours.

«Pour un petit garçon, faire pipi debout est plus facile, estime Anne Béguin. Assis, il peut confondre avec la défécation. Or, pour bien pisser, il faut se relâcher, ne surtout pas pousser.»

Ce que confirme Véronique Desvignes:

«Il faut qu’ils baissent bien leur pantalon, fléchissent un peu les jambes, soient à l’aise et prennent leur temps! Regardez le Manneken-Pis, c’est la bonne position!»

Manneken-Pis / Markus Koljonen via Wikimedia Commons

On me parle aussi de «bilan urodynamique», mais je perds pied. D’où mon objection désespérée: euh… en 2014, il ne vaudrait pas mieux pisser en consultant son smartphone assis?

Mes interlocuteurs observent un silence poli. La miction n’est pas favorisée par la position assise, à quelques exceptions près.

«Dans certains cas, lorsque les personnes ont du mal à s’ouvrir, la position assise est plus facile, admet le docteur Boillot. Cela concerne les personnes qui ont été violées toute leur enfance, ont subi des radios très douloureuses ou des infections urinaires répétées… Ils se ferment et uriner leur est difficile. Ce sont ces personnes que l’on soigne. Des gens qui en ont plein le cul, au sens argotique du terme: plein le cul, ça veut dire que ça ne va vraiment pas. Mais, pour 95%, de la population, il n’y a aucun problème.»

Hip hip hip urée

Il n’empêche, et j’insiste: assis, ce serait plus propre! Je tente un autre argument. Les petits garçons qui font pipi à la dernière minute. Inutile de s’inquiéter pour ça, tempère Véronique Desvignes.

«Jusque vers 5 ans, certains ont en effet une hyperactivité vésicale. Ce sont ces petits garçons qui semblent attendre le dernier moment pour aller aux WC, serrent les fesses, se tortillent… En fait, ils ont une vessie très active. Même avec un faible remplissage, l’information remonte très vite au cerveau et ils doivent aller se soulager. C’est un besoin impérieux, ce qui explique qu’ils aient un jet assez explosif! Et en mettent parfois à côté ou s’oublient dans la culotte. Avec les années, la vessie devient moins active. Il ne faut surtout pas inquiéter les parents avec ça! Ils sont déjà tellement angoissés...»

La science m’a vaincu. Presque. Je sors mon dernier atout. Si pisser assis ou debout, c’est pareil, autant opter pour la position la moins éclaboussante, non? L’urine, ça pue, c’est sale. Ce qui amuse le docteur Boillot:

«L’urine? Mais c’est très propre! Regardez la composition des crèmes de beauté: vous y trouverez souvent de l’urée. C’est excellent pour la peau, ça a un effet gommant.»

Et là, devant mes yeux incrédules, Google me confirme que, oui, on se tartine régulièrement de pisse pour se sentir moins moches (notez comment j’évite habilement l’accord genré de l’adjectif). De l’urée sans doute synthétique, me rassure-t-il, mais semblable à la nôtre. J’en suis presque à imaginer un service public de la douche dorée.

Tirez la chasse et fermez le ban

Mon fils, si tu me lis, réfléchis-y encore un peu. Certes, ta miction ne dépend pas de ta position. Mais ta vie ne peut pas être qu’une réponse médicale. Rien ne t’oblige à faire pipi assis (une motion en Suède fit croire le contraire), de même que rien n’interdit le féminisme vertical du pipi debout.

Par-delà les questions juridiques ou physiologiques, pense à ceux qui nettoient derrière toi (et tu le feras toi-même d’ici peu). Pense que tu vivras sans doute en couple un jour et que la position assise (aux WC) te rendra bien plus fréquentable. Au passage, je précise que tu peux aussi t’essuyer après. D’ailleurs, je cesse de râler après toi, car désormais tu t’assois et j’en suis très fier.

Jean-Marc Proust
Jean-Marc Proust (173 articles)
Journaliste
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