Science & santé

«Ma soeur n'a plus de vie sexuelle, elle écrit des fanfictions»

Lucile Bellan, mis à jour le 16.09.2014 à 7 h 28

Voici notre nouveau courrier du coeur —et du corps.

Avril 2014. REUTERS/Eduard Korniyenko

Avril 2014. REUTERS/Eduard Korniyenko

Sur le modèle de notre grand frère américain Slate.com, qui propose chaque semaine dans sa chronique «Dear Prudence» des conseils aux lecteurs sur le sexe, les relations, la vie en général, nous avons décidé de lancer «C'est compliqué», une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous raconterez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répondra. 

 

Ce type de rubrique, appelé advice column en anglais, est très fréquent aux Etats-Unis. La chronique de Dear Prudence est publiée dans quantité de journaux en plus de Slate.com. L'éditorialiste Dan Savage publie de la même manière, depuis 1991, une chronique reprise dans des dizaines de journaux dans laquelle il donne des conseils amoureux. Sous une autre forme –pas de conseils, seulement le récit amoureux–, le New York Times propose la rubrique Modern Love, dans laquelle des lecteurs racontent leurs histoires. 

 

Ce type de format est beaucoup moins fréquent dans la presse française, mais nous estimons qu'il nous ressemble, en tant que site français à l'héritage américain. Qu'il raconte notre époque et notre société: comment c'est de tomber amoureux aujourd'hui, de faire l'amour, d'avoir des problèmes de couple, d'amitié, de famille...

La personne qui répondra à ce courrier particulier est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

 

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

 

Voici les premiers récits.

Ma sœur n’a plus de vie sexuelle, elle écrit des fanfictions

Je vous écris parce que je suis inquiète pour ma sœur. En effet, célibataire depuis un moment déjà, elle s’est complètement enfermée dans le monde de la fanfiction. Elle ne cherche plus à séduire mais passe ses soirées et ses week-ends à écrire des épisodes coquins dérivés de l’univers des films Pirates des Caraïbes. Cela semble lui suffire et même la combler, elle ne pense plus qu’à ça et ne parle plus que de ça. J’ai du mal à imaginer qu’un homme puisse s’intéresser à elle dans cet état. Sans parler du fait que je ne comprends pas son attirance malsaine pour Jack Sparrow. Cette passion l’éloigne peu à peu de la réalité et ça ne semble plus la déranger. À moins qu’elle n’espère attirer un jour l’attention d’un homme qui porte de l’eye liner? Ma question est donc la suivante: pensez-vous que j’ai raison de m’inquiéter? Et si oui, comment la tirer de l’emprise de cette passion dévorante? 

Une sœur soucieuse 

Chère sœur soucieuse

L’inquiétude que cette situation vous procure est tout à fait légitime et n’est que le reflet de l’amour que vous portez à votre sœur. Écrire des fanfictions n’est pas une activité malsaine mais parfois le reflet d’une frustration et d’une angoisse - voire un genre littéraire. Votre sœur ne semble pas prête à reprendre sa vie sentimentale en main et transporte son désir sexuel dans un univers complètement inoffensif qui la rassure. C’est une attitude constructive et créative qu’il convient de ne pas critiquer. Essayez de la pousser à sortir, à chercher de nouvelles façons de se sentir belle et désirable. La séduction commence déjà par soi-même. En parallèle, intéressez-vous à ce qu’elle écrit. Vous y trouverez peut-être des indices de ce qui la tracasse vraiment et pourrez alors la rassurer. De mon coté, permettez moi d’en faire de même: le monde de la fanfiction n’est pas synonyme de mort de la vie sociale. Ces textes sont souvent partagés sur des sites dédiés ou des forums, les membres échangent et se rencontrent parfois dans des salons. Vous seriez surprise du nombre de rencontres que l’on peut faire dans ce milieu. Le moins que l’on puisse souhaiter à votre sœur serait de se trouver un compagnon avec qui elle a des intérêts et des goûts en commun... même s’il s’agit d’un personnage à tentacules ou d’un pirate trop maquillé.

***

Je me suis brûlée avec du lubrifiant périmé

Je suis une jeune femme à l’aise avec sa sexualité et en couple depuis un petit moment. Parce que ça me faisait envie, j’ai proposé à mon compagnon de tester la sodomie. Le soir-même, j’ai pris toutes les dispositions nécessaires (lavement et tout) et nous avons commencé à nous y mettre. Pour faciliter le passage, j’ai mis à sa disposition une bouteille de lubrifiant chauffant qui trainait dans ma table de chevet. Mais quand il m’a pénétrée, j’ai ressenti une intense douleur. Je l’ai repoussé brusquement, littéralement, le derrière en feu. Convaincue que la douleur n’était pas uniquement due à notre inexpérience, j’ai vérifié la bouteille de lubrifiant et celui-ci était périmé depuis 6 mois. Depuis, j’ai peur de m’être abimée à l’intérieur et j’ai du mal à imaginer un deuxième essai.

Curieuse échaudée

Chère «curieuse échaudée»,

Il n’y a aucune raison que ce lubrifiant, même périmé depuis 6 mois ait causé des dégâts irrémédiables à votre anus: la date de péremption est surtout indiquée pour maintenir l'efficacité du produit. Vous êtes curieuse de votre corps et de vos envies et vous avez raison. C’est avec ce genre d’attitude conquérante qu’on trouve le plaisir. Malgré les recherches que vous semblez avoir faites, il y a un détail que vous avez négligé. La douleur que vous avez ressentie est certainement en partie due à l’utilisation d’un lubrifiant non adapté, pas parce qu’il était périmé mais parce qu’il était chauffant, et donc formulé à base d’épices ou de produits chimiques qui ont effectivement brûlé superficiellement les muqueuses de cette zone très sensible. C’est une erreur d’inattention et un petit incident de parcours. À l’avenir, peut-être y réfléchirez vous deux fois avant de faire l’acquisition de ce genre de gadgets, qui, malgré leurs couleurs et leurs noms attractifs, contribuent à la désinformation du consommateur sur le sujet. Je vous conseille de les éviter et de réitérer plutôt l’expérience avec un lubrifiant spécifique composé à base d’eau (compatible avec les préservatifs, totalement hypoallergénique). Ceux qui sont réservés au plaisir anal sont particulièrement épais et facilitent grandement le passage tout en minimisant les éventuelles petites douleurs. N’hésitez pas à demander à votre compagnon beaucoup de douceur, ne lésinez pas non plus sur les préliminaires. Peut-être devriez vous lui demander de se réapproprier cette zone petit à petit. C’est aussi à lui d’être à l’écoute de vos réactions, de s’engager activement dans votre plaisir… et de regarder avec un petit plus d’attention les produits avec lesquels il s’enduit le pénis. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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