Culture

«The Voices», carton (mérité) de Marjane Satrapi à l'Etrange Festival

Temps de lecture : 2 min

Avec un Ryan Reynolds étonnant en tueur simplet qui parle aux animaux, la réalisatrice de Persepolis a été doublement récompensée lors de la vingtième édition de la manifestation.

«The Voices»: Ryan Reynolds est bien aimable avec la tête de Gemma Arterton.
«The Voices»: Ryan Reynolds est bien aimable avec la tête de Gemma Arterton.

Du 4 au 14 septembre, L'Étrange Festival, le festival «qui te fait connaître des pulsions réparties en toi que tu ne soupçonnais même pas» (dixit Alejandro Jodorowsky) fêtait son vingtième anniversaire au Forum des Images avec plus d'une centaine de projections (inédits, raretés, rétrospectives, etc.).

L'ouverture de l'Etrange Festival était ainsi l'occasion de découvrir en première française –mais toutefois huit mois après sa présentation au festival de Sundance– le nouveau film de Marjane Satrapi, The Voices. Le film a également fait parler de lui en clôture du festival, remportant un joli doublé de distinctions (Prix Nouveau Genre et Prix du Public).

Production germano-américaine, The Voices est une comédie horrifique basée sur un postulat joliment improbable: Ryan Reynolds incarne Jerry, ouvrier un peu simple d'esprit ayant la faculté de converser avec ses deux animaux de compagnie, un gentil chien et un chat psychopathe (avec l'accent écossais). Entraîné dans une spirale meurtrière, Jerry voit son monde s'écrouler peu à peu à mesure que les cadavres commencent à s'entasser dans son frigo.

Bien entouré (Gemma Arterton, Anna Kendrick), Ryan Reynolds livre une triple performance assez jouissive, puisque l'acteur de Buried prête également sa voix aux bestioles citées précédemment –on souhaite d'ores et déjà bon courage au doubleur français pour égaler sa performance. Rien ne presse ceci dit, puisque la distribution en France du film est prévue pour le 11 mars 2015... On espère d'ailleurs pour son distributeur (Le Pacte) que le film ne sortira pas d'ici là en VOD outre-Atlantique, où Lionsgate a acquis les droits du film.

Rappelons au passage que c'est le patron du Pacte, Jean Labadie, qui avait appelé de ses vœux cet été dans une tribune pour Libération «des mesures concrètes» contre le piratage. Sa société venait de subir un regrettable revers, l'excellent The Raid 2 s'étant planté en salles. Le film était depuis des semaines disponible en excellente qualité illégalement sur le Net, sortie antérieure sur d'autres territoires oblige. Conséquence: le 4 septembre dernier, le public de la salle (comble) assistant à l'ouverture de l'Etrange Festival était surveillé pendant toute la séance de The Voices pour débusquer d'éventuels pirates prêts à enregistrer une copie du film! De quoi entériner l'idée que la faute incombe aux spectateurs impatients et hors-la-loi, pas aux stratégies hasardeuses de distribution...

The Voices n'a bien sûr pas été l'unique oeuvre dingue découverte à l'Etrange Festival. Si certains bons films avaient déjà été aperçus du côté de Cannes (It Follows, White God, A Hard Day, Alleluia, The Go-Go Boys...), d'autres métrages recommandables ont été présentés pour la première fois en France à l'occasion de cette vingtième édition. Petite sélection –subjective, forcément.

1.Wetlandsde David Wnendt

Du trash teuton à base de jeunes filles à la conception très particulière de l'hygiène intime. Imaginez Trainspotting et Les Lois de l'Attraction en mode scato, et vous aurez une idée de ce teen movie déviant venu d'outre-Rhin et tiré du best-seller Zone Humides, de Charlotte Roche.


2.Hyenade Gerard Johnson

Un poil trop proche des films de Nicolas Winding Refn (la trilogie Pusher, surtout) pour véritablement convaincre, Hyena n'en reste pas moins un polar british hardcore sur fond de flics corrompus, avec de mémorables interludes violents, à l'image de ce raid de police dans une boîte londonienne.

3.The Canalde Ivan Kavanagh

Le cinéma de genre irlandais se porte bien, et The Canal a été le fournisseur officiel de frissons de cette édition de l'Etrange, avec son archiviste sombrant dans la folie après avoir emménagé dans une maison hantée (et perdu sa femme qui le faisait cocu).

4.Cubde Jonas Govaerts

Une forêt, des petits scouts belges, un enfant sauvage, des pièges meurtriers: Cub (titre international signifiant «louveteau») est un survival belge d'une maîtrise impressionnante, financé en partie via crowdfunding et mis en lumière par le directeur photo de Bullhead.

5.My Blind Heartde Peter Brunner

Avoir Michael Haneke comme prof, ça vous marque un réalisateur. La preuve avec ce premier long métrage de l'autrichien Peter Brunner, de l'expérimental en noir et blanc qui suit un protagoniste atteint d'une maladie génétique rare (comme son interprète). Malaise et choc visuel garantis.

Alexandre Hervaud Journaliste

Newsletters

Silence, on mange!

Silence, on mange!

Le cinéma français n’aime rien tant que casser la croûte. À tel point que la cuisine et la gastronomie sont devenues un élément central de ses chefs-d’œuvre. Ou de ses navets.

«La Fête des Mères», mais pas celle de l'engagement politique

«La Fête des Mères», mais pas celle de l'engagement politique

Le gentil film-catalogue de Marie-Castille Mention-Schaar, qui sort opportunément à quatre jours de la fête des mères, évite avec souplesse toute forme de prise de position politique.

Twin Peaks, le retour: la plus grande série du monde, du cosmos et de l'univers tout entier

Twin Peaks, le retour: la plus grande série du monde, du cosmos et de l'univers tout entier

[BLOG You Will Never Hate Alone] Je n'attendais rien des nouveaux épisodes de la série culte et j'étais un âne de penser de la sorte.

Newsletters