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Faut-il supprimer des jours fériés pour relancer la croissance?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 24.09.2014 à 10 h 32

Des œufs de Pâques. REUTERS/Heinz-Peter Bader.

Des œufs de Pâques. REUTERS/Heinz-Peter Bader.

Cet article a été actualisé le 24 septembre après l'officialisation de la position du Medef sur les jours fériés.

Adieu veaux, vaches, cochons, Ascension, Pâques? Dans son projet pour l'emploi rendu public mercredi 24 septembre, et dont une version de travail avait déjà fuité il y a dix jours dans Les Échos, le Medef propose officiellement la suppression de deux jours fériés, en arguant que cela permettrait «d'allonger la durée annuelle travaillée de 1,2 jour, ce qui représente environ 0,9% de Produit intérieur brut», soit l'équivalent de près de 100.000 emplois.

Définis par l'article L222-1 du Code du travail, les jours fériés sont actuellement au nombre de onze par an: 1er janvier, lundi de Pâques, 1er mai, 8 mai (le plus récent, ajouté par l'une des lois Auroux), Ascension, lundi de Pentecôte (encore très souvent chômé dans les entreprises, même si une loi de 2004 le définit comme «journée de solidarité» par défaut), 14 juillet, Assomption, Toussaint, 11 novembre, Noël.

Quel impact aurait sur la croissance la suppression d'un ou deux de ces jours fériés, qui amènerait la France au niveau de l'Allemagne et de ses neufs jours? L'AFP précise que le calcul du Medef «avait fait sourire des économistes», et les statistiques fournies dans une récente note de l’Insee, intitulée «Les corrections de jours ouvrables dans les comptes trimestriels», sont effectivement très différentes de celle du patronat.

Chaque année, l'institut calcule le nombre de jours ouvrés (jours allant du lundi au vendredi et non fériés) dont a disposé l'économie française, et combien leur variation d'une année sur l'autre coûte ou rapporte à celle-ci. Depuis trente ans, l'économie française compte ainsi chaque année un nombre de jours ouvrés compris entre 251 et 255, et une variation d'un jour en plus ou en moins est évaluée à environ 0,07 ou 0,08 point de croissance dans un sens ou dans l'autre.

Le nombre de jours ouvrés par an en France entre 1978 et 2016, et l'impact sur la croissance de la variation du nombre de jours d'une année sur l'autre (Insee).

Par exemple, en 2013, on comptait 251 jours de semaine ouvrés, compte 253 en 2012, notamment parce que seul un jour férié tombait un dimanche, contre deux l'année précédente: l'impact de ces deux jours en moins sur la croissance a été évalué à -0,1 point. Pour 2014, on compte autant de jours ouvrés mais un samedi d’activité réduite, le 1er novembre, d’où un effet négatif attendu de 0,04 point. Pour 2015 et 2016, années où la France travaillera un puis deux jours de plus (année bissextile oblige), l’Insee s’attend à un effet positif de +0,06 point et +0,1 point.

Depuis le début des années 80, l’impact du fait de travailler une poignée de jours de plus ou de moins a été évalué entre -0,2 et +0,2 point de croissance d’une année sur l’autre. En 2004, par exemple, année où les Français avaient travaillé trois jours de plus que l'année précédente (la «faute» à des jours fériés tombés les week-ends), l'effet statistique du calendrier sur la croissance avait été évalué à +0,2 point.

Un chiffre dont l'impact n'est pas négligeable: comme l'ont illustré les récentes annonces du gouvernement, 0,1 point de croissance en moins, c'est l'équivalent de 2 milliards pour l'économie française. Mais qui est donc très différent de celui avancé par le Medef: l'AFP note d'ailleurs que les économistes critiques des calculs du patronat leur reprochent de ne pas tenir «compte de réalités économiques telles que l'anticipation des jours fériés par les entreprises, qui accélèrent la cadence avant et après, gommant ainsi grandement l'effet du congé, et le fait que les loisirs créent eux aussi de la richesse».

L'effet des jours fériés sur la croissance est un débat récurrent en France, notamment en mai quand s'enchaînent des ponts parfois aux allures de viaducs. L'an dernier, l'économiste Eric Heyer (OFCE) notait ainsi qu'en période de crise, ils permettent d'absorber une baisse de la demande, mais qu'ils peuvent être dommageables en période de reprise. Ils ont par ailleurs un impact positif sur le secteur touristique. Sans oublier qu'un salarié qui a plus de jours de congés peut aussi être en meilleure santé ou plus heureux au travail quand il s'y trouve, donc plus productif... Bref, «calculer l’impact réel d’un jour de congé en plus ou en moins sur l’économie est très difficile», résumait en 2013 Ronan Mahieu de l’Insee.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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