Culture

Netflix ne va pas révolutionner votre vie (ni même votre consommation de séries)

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 15.09.2014 à 9 h 22

On s'est beaucoup enthousiasmé ou inquiété de l'arrivée de la plateforme. En réalité, elle ne changera pas grand chose pour l'instant.

A Los Angeles, en Californie, le 10 juin 2013. REUTERS/David McNew.

A Los Angeles, en Californie, le 10 juin 2013. REUTERS/David McNew.

Depuis plus d’un an que la venue de Netflix est envisagée, l’intérêt de la part des médias –nous compris– a été tel que c’est tout juste si la plateforme de vidéo par abonnement a eu besoin de faire de la publicité. Pendant des mois (dans la dernière ligne droite, une campagne massive a été orchestrée), elle n’avait pas déboursé un centime en marketing direct qu’elle bénéficiait déjà d’une couverture simplement due à la curiosité et l’attrait de la nouveauté, notamment nourris par le mode de diffusion original de House of Cards: enfin une plate-forme qui correspondrait à nos usages modernes…

Mais en fait? En fait, l’arrivée de Netflix ne changera sans doute pas grand chose; en tous cas, pas tout de suite.

L’intérêt que présentait l'entreprise américaine, à nos yeux de Français éblouis, était la possibilité de voir en streaming des contenus récents voire inédits, pour des prix modiques, et dans des quantités astronomiques. Pouvoir consacrer nos nuits à s’exorbiter devant l’intégrale de Breaking Bad, de The Wire, voire de séries françaises –les rares qui le méritent, comme Engrenages ou Les Revenants. La beauté de Netflix, c’était la possibilité d’échapper à l’épuisante chronologie des médias qui, dans une certaine mesure, a l’immense avantage de financier la chaîne de création, mais qui dans son état actuel est surtout un frein et une absurdité au regard des nouveaux modes de consommation. Netflix donc, c’était le paradis pour enfants de Collodi appliqué aux contenus vidéo.

Netflix arrive enfin. Mais manquent au paradis les fontaines de chocolat et les cannes à sucre. Un paradis où l’on se nourrirait de lentilles. Super.

Car Netflix devra se plier à la loi française, et celle-ci n’a pas encore changé: il faut donc toujours attendre trois ans avant de voir un film en SVOD.

Vodkaster (qui se veut concurrent de Netflix, avec un système assez intéressant d’échange de DVD qui parvient à respecter la loi française tout en facilitant l’accès à certains films) a ainsi pris un malin plaisir à référencer tous les films qu’on ne pourra pas trouver sur Netflix (mais que l’on pourra éventuellement trouver chez eux) sur leur site Notflix. Au hasard, quelques uns des meilleurs films de ces derniers mois:

Her de Spike Jonze

The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson

Django de Quentin Tarantino

La Vie d’Adèle d’Abellatif Kechiche,

Blue Jasmine de Woody Allen…

Netflix aura toujours le grand avantage d’avoir attiré l’attention sur quelques blocages de notre système français et d’avoir incité les grands groupes comme Canal+ à se dépêcher de se moderniser pour ne pas être à la traîne. Eventuellement, par le simple effet de la nouveauté, il arrachera peut-être quelques abonnés à la chaîne cryptée ou motivera certains qui depuis longtemps ne payaient plus pour aucun contenu.

La plateforme enrichira aussi l'offre de séries françaises: elle a notamment déjà annoncé la production de Marseille, qui se déroulera dans la ville du même nom et est scénarisée par Dan Franck; étant données les réussites qu'ont été House of Cards ou Orange is the New Black, on peut espérer un succès. 

Mais n’attendez pas de Netflix qu’il révolutionne vos nuits – ou le reste. Il n'y est pas encore prêt. 

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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