Otages exécutés: Obama reproche à la France de payer des rançons aux terroristes

Barack Obama, le 11 septembre 2014. REUTERS/Saul Loeb/Pool

Barack Obama, le 11 septembre 2014. REUTERS/Saul Loeb/Pool

Une vidéo montrant la décapitation de David Haines a été mis en ligne, samedi 13 septembre. L'homme, un humanitaire écossais qui travaillait pour l'ONG française Acted, avait été enlevé en Syrie en mars 2013. Dans la vidéo mettant en scène l'exécution du journaliste américain Steven Sotloff, les djihadistes de l'Etat islamique l'avait désigné comme la prochaine victime.

Dans un article publié le 13 septembre, avant que la nouvelle de l'exécution de David Haines n'ait été connue, The New York Times rend compte d'un long entretien avec Barack Obama dans lequel le président des Etats-Unis revient sur le débat qui ressurgit à chaque prise d'otages et en particulier lorsque des otages sont exécutés: le paiement de rançon. 

«Il a exprimé sa frustration vis-à-vis du fait que les Français paient des rançons aux terroristes, affirmant que les Américains enlevés ont une valeur inférieure parce que les Etats-Unis ne le font pas (...)

Il a noté que les Etats-Unis ne paient de rançons aux terroristes, mais a remarqué avec irritation que le président français François Hollande dit que son pays ne paie pas, alors qu'en fait, oui.»

Comme nous l'avons souvent relevé ici, le discours de la France est toujours le même: officiellement, aucune rançon n'est versée aux terroristes en échange de la libération des otages. Mais, immuablement, la question revient et des «informations» fuitent ensuite sur le montant de la rançon possiblement versée.

Joshua Keating le relevait sur Slate.com au moment de l'exécution de James Foley, en réaction à un texte de David Rohde, journaliste de Reuters qui avait été enlevé et avait réussi à s'échapper: 

«La politique américaine consistant à ne pas verser de rançon contraste avec celle de gouvernements européens, qui font souvent des accords sous le manteau pour ramener leurs citoyens à la maison. La conséquence, c'est que alors que des dizaines de citoyens européens ont été libérés par des groupes terroristes ces cinq dernières années, très peu d'Américains ou de citoyens britanniques –dont le gouvernement ne paie également généralement pas de rançon– en sont sortis vivants. »

Il continuait: 

«Pourquoi les Etats-Unis refusent-ils de payer des rançons? Parce que l'argent versé aux terroristes a provoqué des dommages indéniables, procurant aux groupes liés à al-Qaida un revenu estimé à 125 millions de dollars depuis 2008.»

Il relevait également: 

«Mais encore, ce n'est pas aussi simple que cela. “Nous ne négocions pas avec les terroristes” est un mantra de dur à cuire qui sonne bien, mais presque tous les gouvernements le font par moment. Les Etats-Unis ont libéré cinq talibans détenus à Guantanamo plus tôt cet été en échange du Sergent Bowe Bergdahl. L'argument du secrétaire de la Défense Chuck Hagel selon lequel les Etats-Unis “n'avaient pas négocié avec des terroristes” puisque le deal avait été facilité par des intermédiaires qatariens est un peu tiré par les cheveux.»

Joshua Keating concluait sur l'idée que payer des rançons pouvait permettre d'obtenir la libération d'otages, mais que, vu que les relations entre les Etats-Unis et les groupes terroristes n'allaient pas s'améliorer, la politique de non-versement était sûrement la bonne, puisqu'il vaut mieux éviter de financer ses ennemis. Tout en relevant, à l'instar de David Rohde, qu'il serait mieux que l'ensemble des gouvernements s'accorde pour faire la même chose. 

 

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