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Coupe Davis: Federer, l’ennemi impossible

Yannick Cochennec, mis à jour le 14.09.2014 à 14 h 17

France-Suisse, ce sera donc le sommet de la finale de la coupe Davis du 21 au 23 novembre. Et il n'y aura que des vainqueurs: si la France s'impose, cela flattera notre ego national. Et si la Suisse remporte enfin le Saladier d'argent, beaucoup seront ravis de partager le bonheur de Roger Federer.

Roger Federer au service, le 12 septembre 2014 à Genève. REUTERS/Denis Balibouse

Roger Federer au service, le 12 septembre 2014 à Genève. REUTERS/Denis Balibouse

Ce que le tableau de coupe Davis laissait présager dès l’issue du premier tour du groupe mondial s’est concrétisé ce week-end lors des deux demi-finales remportées par la France contre la République Tchèque à Roland-Garros et par la Suisse face à l’Italie à Genève. En finale, comme espéré depuis février, la France accueillera la Suisse lors de ce match au sommet qui se déroulera très certainement au Stade Pierre-Mauroy de Lille du 21 au 23 novembre.

En effet, cette enceinte dédiée au football est munie d’un toit rétractable et s’adapte à d’autres types de spectacles. En dépit de quelques soucis techniques et notamment de problèmes de chauffage liés à l’endroit, une «salle» d’environ 20.000 places devrait donc être le théâtre de cette finale dont la coupe Davis avait cruellement besoin après quelques années de finales «moyennes» qui n’avaient vraiment intéressé que les deux pays concernés par le match.

Avec la présence de Roger Federer, ce France-Suisse prendra une dimension mondiale et bénéficiera d’une très large couverture médiatique internationale car l’ancien n°1 mondial aura l’occasion de combler un rare «petit» vide dans son palmarès pléthorique en triomphant avec la Suisse pour la première fois.

Les «nouveaux mousquetaires» ne partiront pas favoris

Pour la France, il s’agira de la 17e finale de son histoire, la première à domicile depuis 2002, avec l’espoir d’un 10e sacre, le premier depuis 2001. Pour la Suisse, ce sera seulement la deuxième occasion de mettre la main sur le Saladier d’argent vingt-deux ans après l’échec de Marc Rosset et Jakob Hlasek face aux Etats-Unis à Fort Worth, au Texas.

L’avantage du terrain, qui offre le choix de la surface (terre battue à Lille?) est loin d’être déterminant lors de ce type d’affrontement. La France a perdu les deux dernières finales qu’elle a organisées sur son sol, à Nice en 1999 contre l’Australie et à Bercy en 2002 contre la Russie. A l’inverse, elle a remporté ses deux derniers trophées à l’étranger, à Malmö, en Suède, en 1996, et à Melbourne, en Australie, en 2001.

Les nouveaux mousquetaires français, comme avaient été surnommés il y a quelques années, Richard Gasquet, Gaël Monfils, Gilles Simon et Jo-Wilfried Tsonga auxquels il faut associer Julien Benneteau lors de cette campagne de coupe Davis 2014, ont donc une chance de laisser à leur tour une trace dans l’histoire du tennis national après leurs glorieux aînés consacrés de 1927 à 1932, en 1991, 1996 et 2001.

Face à Roger Federer et Stan Wawrinka, actuels 3e et 4e mondiaux, ils ne partiront pas favoris, puisque les deux champions suisses sont très compétitifs sur toutes les surfaces. Si la terre battue est retenue, elle posera néanmoins un problème d’adaptation à leurs prestigieux adversaires. En effet, la semaine précédant la finale de coupe Davis, Federer et Wawrinka joueront sur surface rapide lors du Masters de Londres réunissant les huit meilleurs joueurs mondiaux au terme du BNP Paribas Masters à Bercy.

Pour le moment, il est peu probable que Jo-Wilfried Tsonga, 12e dans la course à la qualification, puisse être du voyage en Angleterre. Paradoxalement, il aurait même presque intérêt à ne pas en être. Dans les deux équipes, de toute façon, des choix nécessaires en termes de programmation devront être faits afin que chacun puisse se ménager dans la perspective de cet ultime défi de la saison 2014.

On l’a dit: cette finale France-Suisse ne sera pas comme les autres en raison du statut de Roger Federer.

En coupe Davis, les ambiances sont toujours très chaudes, voire brûlantes, et c’est le seul moment de l’année où il est possible pour un joueur de se retrouver face à une vraie hostilité du public, acteur héritant d’un premier rôle dans un match comme celui-là. La foule en coupe Davis peut être vociférante et même parfois méchante quand elle se met à applaudir une première balle manquée pour mettre la pression sur l’«opposant».

Le public français aime Federer

Est-il possible de réserver pareil traitement à Federer, que les spectateurs français se mettraient soudain à voir comme un ennemi? Question d’autant plus compliquée que de nombreux supporters français du Bâlois (et ils sont légion) aimeraient bien qu’il s’offre enfin cette coupe Davis, histoire de le voir atteindre un nouveau sommet dans son illustre carrière. Histoire également pour eux de mettre les fans de Rafael Nadal en rage (dans cette rivalité au couteau, il n’y a pas de petit plaisir) qui ne pourraient plus dire qu’il manque un joyau à la couronne du Suisse avec la coupe Davis déjà gagnée trois fois par le Majorquin.

Comment ne pas être charmé par le sourire et le jeu de Federer?

 

Le tennis est un sport où généralement la nationalité du joueur importe peu.

A Roland-Garros, lorsqu’il affronte Jo-Wilfried Tsonga, Roger Federer est autant (plus) encouragé que le n°1 français. En 2013, lorsqu’il avait mené deux sets à un contre Federer sur le central en huitièmes de finale des Internationaux de France, Gilles Simon avait vu le stade se retourner contre lui, tant le public de Roland-Garros se refusait à l’idée de voir disparaître l’icône.

«Qu’est-ce que ça fait de voir le public partagé dans un match comme ça?, s’était ensuite interrogé le Niçois. Ben, c’est “Rodge” quand même! J’aurais aimé plus de soutien, parce que si je ne l’ai pas là, je ne l’aurai jamais

En coupe Davis, les hymnes retentissent et les drapeaux se déploient. Un joueur français bénéficiera donc d’un soutien plus actif contre Roger Federer, mais la sympathie liée à la personnalité et à la carrière du septuple vainqueur de Wimbledon calmera à coup sûr certaines ardeurs et gommera en partie quelques excès liés à l’épreuve compte tenu de ce statut d’idole. 

Allez Federer? Allez Federer!

Comment, pour le grand public ou les plus avertis des choses du tennis, ne pas être charmé par son sourire et son français toujours rigolard et ne pas manifester le respect qui va de soi? De surcroît, Stan Wawrinka, francophone, jouit aussi dans nos frontières d’une bonne cote d’amour, notamment depuis son succès au dernier Open d’Australie et sa victoire à Monte-Carlo.

A Lille (si c'est bien le lieu retenu) –c’est une belle perspective– il n’y aura en fait que des vainqueurs. Si la France s’impose, ce sera l’opportunité d’un joli moment pour flatter notre ego national un peu malmené ces derniers temps. Si la Suisse devient la 14e nation à gagner le Saladier d’argent depuis la création de l’épreuve en 1900, beaucoup ici seront ravis de partager ce bonheur qui sera avant tout celui de Roger Federer et donc de ceux tous ceux qui aiment le tennis à travers le monde.

Allez Federer?! A vous de choisir la bonne ponctuation d’ici au 21 novembre…

 

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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