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Les banquiers n'ont peur ni de l'opinion, ni des politiques

Les menaces et les rodomontades n'effraient personne dans le monde de la finance. L'impunité et l'arrogance règnent.

Le retour des bonus dans les banques: tout le monde en parle.  La nouvelle a fait mouche des deux côtés de l'atlantique.  Dans les milieux politiques, les médias, le monde industriel, un consensus est né, il faut dénoncer ces pratiques immorales.

Mais rappelez vous, il y a à peine quelques mois de cela, les financiers brandissaient le spectre de la dépression de 1929, il fallait à tout prix éviter que le même scénario se reproduise. Un seul mot d'ordre émergeait: sauver le système bancaire indispensable au financement global de notre économie. C'était avec des trémolos dans la voix et la prose enflammée que les financiers et autres experts de la place ont réussi à tous nous convaincre.

Qui aurait pu croire à l'époque que les injections massives de la manne publique allaient servir six mois plus tard à financer les bonus des traders et des dirigeants de ces groupes bancaires. Personne n'aurait osé invoquer une telle issue!  D'ailleurs, les politiques avaient averti, la finance se devait de se montrer irréprochable. Après les versements des aides publiques, plus question de voir des rémunérations excessives. En France, Nicolas Sarkozy avait annoncé la fin des bonus exorbitants et des parachutes dorés. En même temps, il nommait René Ricol, médiateur du crédit pour s'assurer que l'aide publique aux banques servait bien au financement de l'économie. Et on s'acheminait, croyait-on vers une ère nouvelle : la moralisation du capitalisme...

Mais, preuve que les menaces n'effraient personne dans le monde de la finance. Les grandes banques à peine sorties de leurs soi-disant marasme financier reprennent leur train de vie d'antan, mais cette fois-ci avec une nouvelle donne: les rémunérations de leurs cadres sont désormais déconnectés de leurs résultas financiers.

Ainsi, Merrill Lynch qui avait enregistré 28 milliards de dollars de pertes a versé 3,6 milliards de dollars de bonus à ses cadres dirigeants. Même chose pour Citigroup qui a versé 5,3 milliards de dollars de primes pour près de 27 milliards de pertes. Autre cas, Goldman Sachs a déjà mis de côté depuis le début de l'année 11,3 milliards de dollars en prévision des bonus à verser à ses traders. L'année dernière, la banque avait distribué 4,8 milliards de dollars de primes soit plus du double de son bénéfice (2,3 milliards de dollars). En France, BNP Paribas a provisionné pour payer ses «élites» un milliard d'euros après avoir été renfloué par l'Etat à hauteur de 5,1 milliards d'euros.

Les banquiers sont, sans aucun doute, les grands gagnants de cette crise alors que c'est pourtant leur exubérance (comprendre leur «rapacité» et leur «stupidité») qui ont fait péricliter le système financier et avec lui l'ensemble de la sphère économique. Contrairement à la crise de 1929, les Etats ont payé les erreurs des financiers de suite, sans contrepartie. C'est pourquoi, aujourd'hui les dirigeants de banques se considèrent désormais «irremplaçables», perdent pied avec la réalité, et se rémunèrent en conséquence avec le plus grand des cynismes. Responsables mais pas coupables, ils affichent désormais leur ambition en matière de rémunération. Ils n'ont plus rien à craindre, aucune épée de Damoclès, à peine quelques conseils proférés par les pouvoirs publiques à entendre et quelques articles irritants à lire. Alors pourquoi s'en priver ?

Mais, pour tous ceux qui ne travaillent pas dans la finance (nous sommes assez nombreux), quelques incompréhensions subsistent. On nous annonçait une crise sans précédent, un système financier qui allait devoir se réformer pour se reconstruire sur des bases plus saines. On nous expliquait la fin d'un monde, celui des excès. Depuis lors, on entendait parler de ci de là, de finance socialement responsable, d'investissement durable, etc...

Et puis soudain, les beaux slogans sont remballés, les marchés repartent à la hausse, les financiers reprennent  les bons vieux principes du passé. Plus aucune envie finalement de changer quoi que ce soit. La belle époque n'est pas si loin, le souvenir reste encore trop palpable de cette période bénie où les bonus coulaient à flots, difficile d'y échapper. On ne change pas un système qui rapporte si facilement. Le principe de la finance de marché est imparable: les banquiers placent l'argent des autres et se rémunèrent grassement sur les bénéfices engendrés par ces placements.  Et si les marchés reculent ? et bien in fine, c'est le client qui perd.

Reste que les dégâts dans notre économie sont bien présents eux aussi, le chômage est reparti de plus belle, le niveau de vie global se dégrade, les perspectives économiques sont moroses.  Alors tout ça... pour ça? Difficile de se dire que les banquiers sont sortis d'affaire aussi facilement et rapidement, alors que la facture qui se présente à l'économie réelle commence par être bien pesante. Si les recommandations du G20 n'ont servi à rien, peut-on espérer l'émergence d'une nouvelle prise de conscience internationale avec des mesures concrètes? A ce stade, seule la pression citoyenne pourra faire bouger les lignes et encore, il est clair que la volonté politique, si elle existe, n'y suffit plus.

Oriane Claire

Image de Une: Les banquiers américains convoqués à la Maison Blanche par Barack Obama   Reuters

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