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Il faut ramener les anti-vaccins à la raison

Un enfant recevant un vaccin anti-polio à Saana au Yemen, 30 juin 2013. REUTERS/Khaled Abdullah

Un enfant recevant un vaccin anti-polio à Saana au Yemen, 30 juin 2013. REUTERS/Khaled Abdullah

Les parents qui refusent de vacciner leurs enfants sont de plus en plus nombreux et de plus en plus influents. Il est vraiment temps de déconstruire leurs discours pour les affaiblir. Un documentaire qui vient de sortir s'y attèle.

«Tu n'as aucune raison de passer pour une mère indigne, je dirais même au risque de choquer certains que tu sauves ton enfant de l'empoisonnement en ne le faisant pas vacciner!» ou«Je suis naturopathe Holistique et bien sûr il n’est pas question de faire vacciner mon enfant avec des vaccins qui ne sont pas obligatoires» ou encore «la plupart des maladies pour lesquelles on vaccine n'entraînent pas ou peu de graves conséquences, à part peut-être la polyo ou la diphthérie» et:

«Bonjour, je suis maman de clément 2 mois et je ne suis pas pour les vaccinations!!
j'aimerai
[sic]trouver un médecin dans le 84 qui note les vaccins sans les effectuer car crèche ou nounou oblige!!!
merci d avance»

Voilà ce qu'on peut lire, aujourd'hui sur des dizaines de forums «traditionnels» de parents, sur des sites animés par des complotistes, ou sur des blogs autoproclamés «éco-bio».

Pour autant, les antivaccins ne sont pas l'apanage du XXIe siècle. En 1802, peu après l’introduction du premier vaccin (contre la variole) les premiers mouvements anti-vaccin propageaient la rumeur selon laquelle toute personne à laquelle on inoculerait le vaccin se transformerait en vache.

Certes, aujourd'hui, la peur d'être métamorphosé en ruminant après s'être vu administrer une dose de vaccin n'existe plus (à ma connaissance en tout cas), mais la haine et le rejet total des vaccins existe, se développe, et s'érige sur un monceau de croyances et d'études qui ont pourtant largement été discréditées.

Et ces rumeurs ont aujourd'hui des conséquences concrètes: les Etats-Unis connaissent actuellement une recrudescence de la coqueluche inédite depuis cinquante ans directement liée au lobbying des activistes anti-vaccination. En mars 2014, des dizaines de cas de rougeole ont été découverts à New York, en Californie et au Texas. La baisse de la vaccination touche aussi la France: la période 2008-2012 a enregistré une diminution de 12% (en unités), toutes les catégories de vaccins étant concernées, y compris les vaccins pédiatriques. Par ailleurs, d'après un sondage BVA pour l’Assurance maladie, une personne interrogée sur cinq considère que le vaccin contre la grippe est plus dangereux que d'attraper la grippe.

Cette vague inquiète donc les autorités de santé qui tentent de contrer les discours des «anti-vaxxers» à grand renfort de publications de chiffres et d'études, jusqu'ici sans grand succès; le propre des anti-vaccins étant d'être persuadés que tout message incitant à vacciner les enfants est biaisé et financé par les laboratoires. Par ailleurs, ces populations peuvent s'appuyer sur des alliés qu'ils jugent fiables: de nombreux médecins ont publié des ouvrages anti-vaccinations et des célébrités n'hésitent pas à proférer publiquement des discours farouchement sceptiques à la vaccination.

La déconstruction des arguments anti-vaccins doit donc s'opérer par un autre biais, et avec les mêmes canaux que ceux utilisés par les antis. On peut donc espérer beaucoup de Vaccines, calling the shot, un documentaire diffusé sur la chaîne PBS, disponible sur Internet et qui fait déjà grand bruit. Dans ce documentaire, pas ou peu de blouses blanches, des chiffres, mais avec parcimonie. Il s'appuie surtout sur des témoignages saisissants.

On y entend notamment la voix d'Alison Singer, présidente d'une fondation de lutte contre l'autisme (pour les anti-vaccins, l'autisme est une conséquence du vaccin contre la rougeole, les oreilles et la rubéole) et qui martèle: 

«Il y a un moment où il y a tant de preuves dont aucune n'établit de liens entre vaccins et autisme qu'il est temps de dire stop.»

On entend aussi le récit d'une mère qui a perdu sa fille, morte d'un cancer du col de l'utérus, qui aurait tant aimé que le vaccin existe plus tôt.

Bien sûr, et comme le rappelle le pédiatre Russel Sanders sur le Daily beast, on ne peut espérer non plus que ce documentaire réduise à néant la communauté toujours grandissante des anti-vaccins. La plupart y verront sûrement une nouvelle tentative de désinformation des pouvoirs publics inféodés aux grands méchants laboratoires tueurs d'enfants.

Mais il pourrait tout de même avoir une influence sur l'opinion de parents ni complotistes, ni illuminés, ni stakhanovistes du 100%naturel mais qui commençaient à se faire à l'idée que oui, peut-être, les risques liés à la non-vaccination sont inférieurs à ceux liés à la maladie. Peut-être réaliseront-ils que ce ne sont pas les vaccins qui tuent nos enfants, mais la désinformation, la bêtise, la défiance irrationnelle qui tuent et tueront encore davantage si ces mouvements insensés ne sont pas rapidement circonscrits. 

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