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Pourquoi les pauvres ne votent pas forcément moins que les riches

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 12.09.2014 à 12 h 31

Repéré sur American Journal of Political Science

La présidentielle 2012 à Londres, le 6 mai 2012. REUTERS/Luke MacGregor.

La présidentielle 2012 à Londres, le 6 mai 2012. REUTERS/Luke MacGregor.

C’est un fait apparemment entendu: les pauvres votent moins que les riches. Aux Etats-Unis, lors des élections de 2012, l’écart de participation entre les individus gagnant moins de 50.000 dollars par an et ceux gagnant plus de 75.000 dollars par an était ainsi de quinze points. En France, lors des dernières européennes, l'écart était de vingt points entre les électeurs dont le foyer gagne moins de 20.000 euros par an et ceux dont le foyer gagne plus de 50.000 euros par an.

Principale explication: les pauvres font face à un coût supérieur pour s’informer avant de voter, et ensuite pour accomplir l’acte de voter (voter coûte du temps, et parfois de l’argent –en transport, par exemple).

Ce cliché est pourtant remis en cause dans une étude intitulée «Quand est-ce que les riches votent plus que les pauvres, et pourquoi?», que vient de publier l’American Journal of Political Science.

Ses auteurs, Kimuli Kasara et Pavithra Suryanarayan de l’université de Columbia, ont analysé la participation électorale de 76 pays (dont la France) entre 1996 et 2010. Ils ont cartographié les écarts de participation entre les 20% les plus riches et les 20% les moins riches et se sont rendus compte qu’ils variaient fortement selon les pays: parfois les riches votent plus que les pauvres, parfois moins.

Un constat que faisait d’ailleurs déjà l’an dernier l’universitaire espagnole Aina Gallego, qui expliquait dans El Diario que l’Espagne ne connaît pas de taux de participation sensiblement différent selon le diplôme. Un phénomène qui se vérifie aussi au Chili, en Corée du Sud, en Australie ou encore en Egypte où, avant le printemps arabe, le taux de participation des pauvres était le double de celui des plus aisés.

Comment expliquer ces écarts? Les deux auteurs ont construit un modèle avec deux variables: l’importance de l’enjeu de la redistribution des richesses dans chaque pays (le fait que ce soit un sujet clivant ou non) et la capacité de l’Etat à affecter celle-ci (le fait qu’il sache efficacement modifier la fiscalité et recouvrer les impôts).

Quand, dans un pays, l’Etat est puissant et le sujet des inégalités un vrai enjeu, riches comme pauvres ont intérêt à voter (leur vote pourra avoir un impact concret) mais les électeurs riches sont supposés être représentés par des partis plus aisés et être plus facilement mobilisables, et se déplaceraient donc davantage au bureau de vote.

Cela expliquerait donc pourquoi les pays scandinaves ou la France –selon l’Insee, lors de la dernière présidentielle, marquée par le débat sur l'imposition à 75%, 23% des sans-diplômes n’ont voté à aucun des deux tours, contre 7% des titulaires d’un diplôme supérieur au bac–, des Etats puissants et «égalitaristes», connaissent de fortes inégalités de participation, à l'inverse de l'Europe de l'Est ou de l'Amérique du sud.

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