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Vacances: comment survivre sans son psy l'été?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 15.08.2009 à 19 h 02

Si votre psy est parti en vacances, c'est sûrement pour votre bien.

Vous avez déjà remarqué, l'été, ces gens qui marchent sans but dans les grandes villes, pendant des heures? Peut-être que non, parce que vous ne les suivez pas — ou parce que vous ignorez qu'ils sont sans but. Mais ce sont des Forrest Gump (s'il court la problématique est la même): ils font des voyages thérapeutiques ou pathologiques.

Le voyage pathologique n'est pas une fugue, pas une errance non plus. C'est le déplacement d'une personne, sans but objectif et sans autre raison que psychopathologique. Ca peut être dû à des états de confusions, de névroses. Il peut s'agir de patients relevant de psychiatrie. Mais il peut aussi s'agir de patients suivant des psychanalyses toute l'année. Et le problème de ces patients là, c'est que leur psy est en vacances. Parce que oui, même les psys prennent des vacances.

En France, près de 500 000 Français (souvent Françaises) voient des psychologues ou des psychanalystes. Et l'été, ces patients se retrouvent seuls. Il est possible d'appeler un psy de rechange (tous les psychanalystes de France ne prennent pas leurs vacances au même moment), de prendre rendez-vous dans des hôpitaux. Parfois, on peut téléphoner à son analyste. Certains patients leur écrivent même des lettres, mais c'est peu orthodoxe voire peu professionnel. Des thérapeutes laissent en revanche leur numéro; les patients subissant une crise d'angoisse les appellent, leur médecin les rassure: ça va mieux (plus la peine de longer la Seine pendant des heures).

Mais les «séances» par téléphone ne sont pas de véritables séances. Tous ces trucs de psy: le fait de s'allonger sur un divan ou de leur faire face dans un fauteuil (mais à trois mètres d'eux), ou de les payer en liquide (la douleur de débourser 60 euros en une demie-heure fait partie de la thérapie), tout ça ne fonctionne plus par téléphone.

Les vacances d'un psy sont bonnes pour son patient.

Surtout, les vacances des psys font partie de votre thérapie. Une analyse ne se fait pas que pendant les séances, mais aussi entre les séances. Sur le divan un patient apprend d'abord à s'en remettre totalement à son analyste, ses rêves comme ses pensées lui sont adressées. L'analyste est celui qui permet de comprendre et de s'ouvrir à soi-même en s'ouvrant à un autre (l'analyste); mais le but à terme, c'est quand même de «s'ouvrir à soi-même» tout seul. Les périodes de vacances du psychanalyste permettent à l'analysant d'essayer de le faire. Ce sont un peu comme des périodes d'essai à la vraie vie sans béquille.

S'il n'y avait pas les vacances, le patient ne pourrait jamais se rendre compte de ses progrès, et les affirmer encore, ou évaluer les avancées de l'analyse. Ce sont un peu les silences d'une partition de musique, essentiels pour bien faire entendre les notes. Les périodes d'absence font partie de tous les cycles de la vie: sommeil, appétit, appétence sexuelle.

Bien sûr les symptômes du patient peuvent s'aggraver pendant le mois d'août. La souffrance naît de ce que le patient n'est plus en mesure de faire jouer la fonction de lecture qu'a normalement l'analyste. Elle naît aussi d'un sentiment d'abandon. Il faut plusieurs mois avant de parvenir à faire confiance à cette personne qui vous écoute en silence dans son fauteuil, à lui déballer toute votre vie, des accusations à tort d'avoir cassé des peignes à vos obsessions sexuelles, pas évident, ensuite, de se retrouver pendant un mois ou deux sans personne pour vous écouter. Les symptômes peuvent aussi s'agraver parce que la famille est un milieu pathogène. Derrière les moments nutella, à regarder votre mère donner la plus belle tartine à votre frère et servir un peu plus de café à votre soeur, se cachent de dangereuses sources d'angoisses.

Mais si le mal augmente parfois, il peut aussi être l'occasion de se poser d'avantage de questions et de les poser à sa famille, cette famille si coupable qui a certaines réponses. Et les symptômes (non ce n'est pas du masochisme!) sont un bien en analyse puisque qu'ils permettent de comprendre la douleur et de progresser.

A la rentrée, si vous avez souffert, vous comprendrez que c'est toujours la peine d'aller voir votre psy en septembre. Si vous vous sentez bien, cela peut être illusoire, ou signifier que vous en êtes au stade où vous vous dites que vous n'avez plus besoin de ces étranges êtres qui gagnent leur vie en écoutant le malheur des autres toute la journée, que vous payez en liquide parce que c'est bon pour vous, et qui partent en vacances parce que c'est bon pour vous!

En attendant, pensez à interroger votre famille, à vous interroger, à appeler un autre psy que vous ne connaissez pas si vraiment ça va mal, ah oui et à oublier que vous avez des problèmes! C'est ce que votre psy est probablement en train de faire.

Merci aux psychanalystes Frédéric Dahan et German Arce Ross.

Charlotte Pudlowski

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Image de une: Woody Allen dans Annie Hall

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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