Monde

La nouvelle guerre menée par Obama contre l'Etat islamique est-elle légale?

Repéré par Fanny Arlandis, mis à jour le 12.09.2014 à 15 h 26

Repéré sur Washington Post, Time, The Daily Beast, The Atlantic

Barack Obama lors de son discours télévisé sur les plans d'action militaire contre l'Etat Islamique, à Washington, le 10 septembre. REUTERS/Saul Loeb/Pool

Barack Obama lors de son discours télévisé sur les plans d'action militaire contre l'Etat Islamique, à Washington, le 10 septembre. REUTERS/Saul Loeb/Pool

Le 10 septembre, Barack Obama prononçait une allocution télévisée dans laquelle il présentait ses plans d'action militaire contre l'Etat islamique. Il a notamment déclaré qu'il allait mener «une campagne systématique de raids aériens contre ces terroristes», en Irak et en Syrie.

Or, il est spécifié dans l'article 1 de la constitution américaine que seul le Congrès, et non le président, dispose du pouvoir d'initier une guerre, explique le Washington Post. L'administration d'Obama a alors invoqué la loi sur l'Autorisation de l'usage de la force militaire (AUMF) votée il y a treize ans, quelques jours après les attentats du 11-Septembre. Elle permet l’utilisation de la force contre «ces nations, organisations ou personnes», désignées par le président américain, qui auraient «planifié, autorisé, commis ou facilité» les attaques du 11 septembre 2001. Une loi que Barack Obama voulait, en mai dernier, «affiner et finalement abroger»

Si l'Etat islamique est issu, à l'origine, d'al-Qaida, ces deux groupes entretiennent aujourd'hui une hostilité partagée. Ils ne sont ni alliés, ni associés. Invoquer cette loi signifie alors trois choses.

Barack Obama demande au Congrès d'approuver sa nouvelle guerre, tout en soulignant qu'il n'a cependant besoin ni de sa permission ni de son approbation. Ainsi, «le président a, tout seul, considérablement élargi le mandat de 2001», pense Jack Goldsmith, professeur à l'école de droit d'Harvard. Cela signifie aussi qu'à plus long terme cette loi pourrait être invoquée contre n'importe quel groupe djihadiste qui se dit antiaméricain. Cela peut enfin vouloir dire que l'exécutif voit en l'Etat Islamique l'héritier d'al-Qaida, «dans les idées, les troupes, la force», expliqueSteve Vladeck, professeur de droit à l'université américaine de Washington.

Dans son discours, Barack Obama a tenté de faire comprendre qu'il ne s'agissait pas ici d'une «vraie» guerre qui nécessite l'approbation du Congrès car les attaques sont censées se limiter à des frappes aériennes et qu'aucune troupe américaine ne combattra «sur un sol étranger»

Pour Ilya Somin, professeur de droit à l'université George Mason, cette distinction (la même qui fut utilisée en 2011 pour justifier l'intervention en Libye) n'a pas de sens: les marines et les pilotes sont des combattants. De plus, si des raisons humanitaires avaient été invoquées pour déclencher l'opération libyenne, il n'est nullement question, dans cette nouvelle guerre, de protéger ses alliés au Moyen-Orient et d'endiguer l'expansion du groupe islamiste, explique The Atlantic. Il s'agit de protéger les Etats-Unis.

C'est justement pour cette raison, qu'au-delà de toutes ces questions juridiques et sémantiques, il est une interrogation bien plus importante, formulée par Steve Vladeck:

«Quelle est, exactement, la menace posée par l'Etat Islamique aux Etats-Unis, et pourquoi cette menace est-elle suffisante pour justifier l'usage de la force au-delà de la défense conventionnelle?»

Tous les groupes djihadistes ne s'en prennent pas aux Etats-Unis par essence. Al-Qaida a organisé le 11-Septembre dans un but stratégique, peut-on lire dans The Atlantic. Selon le journal américain, c'est parce qu'al-Qaida a échoué dans ses opérations contre l'Egypte et l'Arabie saoudite, deux pays qu'elle considérait comme «oppresseurs, corrompus et non-islamiques», que l'organisation a décidé de frapper leurs «patrons», les Etats-Unis, il y a treize ans. Aujourd'hui, la plus grande menace demeure les combattants occidentaux en Syrie ou en Irak qui organisent des opérations en «loups solitaires». Certains pensent donc que les discussions autour du danger de l'Etat islamique pour l'Amérique sont injustifées

Tha Atlantic conclut:

«Beaucoup de choses pourraient menacer les Etats-Unis. La question cruciale, alors que les Etats-Unis débutent une guerre contre l'Etat Islamique qui durera probablement des années et aura des conséquences imprévues innombrables, est ce que "pourrait" signifie en réalité. Cette fois, la presse doit faire un meilleur travail pour le découvrir.»

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